L’art contre la « biologie heureuse »

« Il devient presque impossible de demeurer dans une expérience sans immédiatement la commenter, la partager ou la convertir en opinion. Ce n’est pas seulement une faiblesse individuelle : c’est une pression structurelle. […] Georges Bernanos parlait d’une “conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure”. L’intuition paraît aujourd’hui vérifiée — non plus seulement par les forces du marché ou de la politique, mais par l’architecture même des outils que nous utilisons, conçus pour capter l’attention plutôt que pour la libérer.

Parler de l’art comme d’un “supplément d’âme” est une erreur de perspective. L’art n’est pas ce qui s’ajoute à l’essentiel : il est ce sans quoi l’âme ne tient pas. […] Toute grande œuvre naît de la tension entre le chaos et la forme. Elle ne supprime pas le vertige d’exister ; elle lui donne une forme traversable. »