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France : Société

11 mars 1963 : sacrifié pour la parole donnée

11 mars 1963 : sacrifié pour la parole donnée

Du Cercle Bastien-Thiry :

Jean BASTIEN-THIRY (1927 – 1963) organisa l’attentat du Petit Clamart du 22 août 1962 contre Charles de Gaulle, alors président de la République. Condamné à mort par une juridiction d’exception1, il fut fusillé le 11 mars 1963.

Ses motivations ? La vérité, l’honneur, la fraternité, l’avenir de la nation française.

Extraits de sa déclaration prononcée en février 1962 lors de son procès :

« Nous avons exercé le droit de légitime défense contre un homme, au nom de ses victimes, au nom de nos concitoyens et au nom de nos enfants »

« nous étions sincèrement partisans de l’Algérie française, parce que nous estimions cette solution réaliste et bénéfique pour tous ; mais nous concevions qu’il y eut d’autres solutions pour l’avenir algérien, solutions pouvant être défendues de façon honnête et sincère ; l’impératif absolu, quelle que fût la solution finalement retenue, était, en tout état de cause, et sous peine de trahison et d’infamie pour le pouvoir politique mettant en œuvre cette solution, de faire respecter la vie, la liberté et les biens des millions de Français de souche et de Français musulmans vivant sur cette terre. »

Photo de la tombe de Bastien-Thiry à Bourg la Reine lors de la célébration de dimanche après midi.

L’abandon de 1962 des populations algériennes qui étaient sous l’autorité régalienne de l’État français constitue un crime d’État, et doit être reconnu comme tel. Nous sommes en 2026, et la France, par la voix de plusieurs présidents de la République successifs a reconnu sa responsabilité dans cet abandon. Mais aucun n’a encore osé le caractériser comme la vérité l’exige. Il s’agit bien d’un crime planifié dans son ensemble par Charles de Gaulle. Ce crime fut :

massif : le massacre des Harkis par les forces du FLN après les accords d’Evian se chiffre en dizaines de milliers de morts (entre 60 000 et 150 000 d’après les historiens), et l’épuration ethnique qui visa les Européens d’Algérie en milliers de victimes.

programmé : Charles de Gaulle avait en tête l’abandon de l’Algérie dès son arrivée au pouvoir en 1958. Son discours, qui au contraire, engageait la France vis à vis de ces populations, lui permettait en réalité de reprendre le pouvoir (tel que le démontre en autres le livre de H.C Giraud, Le piège gaulliste, 2022). Averti des menaces sur ces populations, il les sacrifia pour se dégager au plus vite de l’Algérie en signant les accords d’Evian avec le FLN.

évitable, encore en août 1962 : l’armée française était sur place et aurait très bien pu mettre fin aux massacres si l’ordre d’intervenir avait été donné. Un transfert en France des populations menacées pour un accueil et une intégration dignes aurait pu être organisés par le gouvernement.

Mais « le chef de l’État de fait » Charles de Gaulle, comme le désigne Bastien-Thiry, a voulu se débarrasser du « boulet » algérien en choisissant la facilité. Ce faisant, ce n’est pas seulement toutes ces personnes d’Algérie qui avaient cru en lui qu’il sacrifiait, mais c’était également l’honneur et la parole donnée de la France. Une partie de sa civilisation même, sur laquelle se base le concept de fraternité issu de son héritage chrétien.

Mensonge, enlisement moral, haine. 63 ans après les faits, nous pouvons lister quelques conséquences objectives de la politique algérienne de Charles de Gaulle :

  • Un encouragement au terrorisme barbare qui est parvenu à ses fins politiques ;
  • Une fraternité qui disparaît progressivement du langage social et politique français ;
  • Un régime FLN arabo-musulman toujours en place depuis cette date en Algérie, cultivant un ressentiment anti-Français aux conséquences politiques et sociétales désastreuses sur les deux pays;
  • Aucune perspective de collaboration de confiance entre les deux pays depuis cette date ;
  • Une dénonciation systématique de la colonisation dans le discours dominant, occultant ses bénéfices (hôpitaux, infrastructures, écoles..) et la complexité du conflit. A ce titre et pour rappel : les algériens engagés du coté français, étaient trois plus nombreux que les algériens engagés pour le FLN (155 000 hommes armés contre 50 000 combattants FLN) ;

A quand la justice et la vérité sur ce drame provoqué ? Il est temps d’avancer sur les points de base suivants :

  • Une juste repentance : celle qui viendra du pouvoir algérien envers les Harkis et les pieds-noirs (Européens d’Algérie).
  • La revalorisation de l’image des Harkis en France, qui étaient engagés au coté de la France et qui souffrent actuellement trop souvent d’une image de « collabos»;
  • La reconnaissance par l’État français comme crime de l’abandon des Harkis et des Européens d’Algérie. A cette fin, la France devra s’extraire du culte idolâtre de Charles de Gaulle, qui fut le planificateur de cet abandon programmé.
  • Enfin, la reconnaissance de l’État français envers ceux qui ont donné leur vie en s’opposant à ce drame ;

1 La cour militaire de justice, aux ordres de Gaulle. Un « simulacre de justice », tel que le décrit l’ancien haut magistrat Grégoire Finidori, dans son ouvrage Un formidable système répressif : les juridictions d’exception à la fin de la guerre d’Algérie (2022)

Cercle Jean Bastien-Thiry, 11 mars 2026

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