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Culture

« Allons-nous vers un christianisme sans religion ? » Le lien entre la foi chrétienne et la soif d’identité

« Allons-nous vers un christianisme sans religion ? » Le lien entre la foi chrétienne et la soif d’identité

Groupe de recherches fondé il y a cinq ans, le Studium Aquinas organise son premier colloque public au mois de novembre. Composé de clercs issus des milieux traditionnels, il s’est donné pour but de poursuivre des études de niveau universitaire dans le prolongement de la pensée du Docteur angélique. Le père Joseph Gilliot, de la Fraternité Saint-Vincent Ferrier, présente cet évènement dans L’Homme Nouveau :

Le Studium Aquinas est né en 2021. C’était une initiative de l’abbé Raffray, prêtre de l’Institut du Bon Pasteur. Il a ensuite été relancé en 2024 par l’abbé Pinoteau, des Missionnaires de la Miséricorde divine. Ce groupe a pour vocation de rassembler des prêtres ou des religieux versés dans les études, et qui appartiennent aux communautés ex-Ecclesia Dei. Nous souhaitons produire un travail théologique propre à cette famille de pensée. En effet, depuis que le milieu traditionaliste existe, nous avons beaucoup insisté sur la défense de la liturgie et sur la transmission de la foi. Mais les questions universitaires ont été moins développées. C’est la mission que nous nous sommes donnée. Les membres de ce groupe ont en commun leur attachement à la doctrine de saint Thomas d’Aquin. Pour la plupart, nous avons eu les mêmes professeurs lors de notre formation initiale. C’est ce qui nous permet de nous retrouver pour avancer ensemble sur différents sujets. […]

Depuis notre création, nous ne nous retrouvions que pour partager les fruits de nos recherches, entre nous. Des réunions avaient lieu environ deux fois par an. Cette année, nous avons souhaité faire partager nos recherches à un plus grand public. C’est ce qui nous a amenés à organiser ce colloque. Pour le thème de cet événement, nous avons souhaité nous interroger : « Allons-nous vers un christianisme sans religion ? » Cette question est volontairement provocatrice. Par « religion », nous comprenons cette vertu qui consiste à régler notre attitude par rapport à Dieu. Nous devons comprendre la dépendance que nous avons vis-à-vis de notre Créateur. Nous lui devons tout. « C’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être », nous rappelle saint Paul dans les Actes des Apôtres (17, 28). Cette dépendance doit nous inciter à nous offrir totalement à Dieu. Aujourd’hui, le phénomène de la sécularisation nous amène à vivre sans parler à Dieu. C’est ce « désenchantement du monde » dont parlait le sociologue Max Weber : l’homme moderne considère que le monde se suffit à lui-même, et n’a pas besoin de Dieu. Dans l’Église, un courant de pensée a pu se développer, affirmant que notre relation avec Dieu était d’abord personnelle, et que tous les gestes extérieurs avaient peu de valeur. C’est ce qui a amené la crise de la liturgie et de la sacralité que nous vivons encore aujourd’hui. Par ce colloque, nous souhaitons réaffirmer la nécessité de cette vertu de religion, qui est d’abord une relation intérieure avec Dieu, mais qui s’exprime aussi extérieurement, notamment par la liturgie. Nous voulons également analyser le retour au sacré que l’on remarque aujourd’hui, dans différents secteurs de la société.

Parmi vos conférences, vous parlerez en particulier de la relation que peut entretenir la foi chrétienne avec le réveil identitaire. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Il est très actuel. Deux livres ont défrayé la chronique, ces derniers temps : La messe n’est pas dite d’Éric Zemmour et La Cause du Christ : l’Évangile contre l’identité chrétienne du père Benoist de Sinety. Dans le premier, Éric Zemmour affirme qu’il faut retrouver l’identité chrétienne de la France pour la sauver. Chez lui, il y a cependant un risque d’instrumentaliser le christianisme pour un projet politique. Le père de Sinety, de son côté, affirme qu’en faisant de la conversion au christianisme un repli identitaire, on en oublie le cœur de l’Évangile, la charité. Par cette conférence, nous souhaitons apporter une réponse nuancée à cette question difficile à résoudre. Nous chercherons à savoir quel lien nous pouvons établir entre la foi chrétienne et la soif d’identité. […]

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