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Culture

Benoît XVI a aussi tenu des propos “polémiques” à propos de la réforme liturgique

Benoît XVI a aussi tenu des propos “polémiques” à propos de la réforme liturgique

Réponse de Cyril Farret d’Astiès à l’abbé Spriet au sujet de sa recension du livre de l’abbé Barthe consacré à la comparaisons des rituels.

 

Cher Monsieur l’abbé,

Permettez-moi de répondre à votre texte consacré au petit ouvrage que l’abbé Barthe a fait paraître il y a peu aux Éditions Contretemps (Les sept sacrements d’hier à aujourd’hui, bref examen critique des nouveaux rituels, 2025).

Il me semble qu’en dépit d’une précaution introductive (« je n’ai rien contre mon confrère l’abbé Claude Barthe. Mes critiques ne visent pas sa personne mais ses idées et le contenu de son livre. Il faut savoir distinguer la personne et sa pensée. Merci de ne pas l’oublier. ») vous émettez tout de même quelques attaques un peu vertes et sentencieuses (votre note [1] est bien salée…) envers un confrère qui n’est tout de même pas un perdreau de l’année et dont les travaux que l’on peut effectivement toujours contester, sont appuyés sur une étude systématique, sérieuse, documentée, ruminée et mûrie. Ceux qui ont la chance de connaître l’abbé Barthe mieux que moi peuvent témoigner de son caractère affable, disponible et toujours prêt à une discussion argumentée et posée ; de son grand amour et sens de l’Église aussi. Sans doute certains mots qu’il utilise peuvent parfois heurter nos oreilles modernes et toujours un peu sentimentales, je crois que l’abbé Barthe les utilise en un sens technique, clinique, qui ne cherche absolument pas à blesser mais à désigner avec le scalpel de son vocabulaire des réalités que floutent trop souvent des positions qui, à force de se vouloir consensuelles prennent le risque d’une certaine approximation.

J’ai l’impression que vous passez à côté de l’idée fondamentale de ce livre, ou bien que vous l’avez trop bien identifiée en y réagissant sous l’aiguillon d’une blessure personnelle à raison de vos choix et pratiques qu’il ne m’appartient d’ailleurs pas de juger. Je crois que ce qu’exprime l’abbé Barthe c’est la nécessité de respecter le « tout cohérent de la liturgie romaine » (titre de l’introduction), c’est-à-dire approfondir le rit romain traditionnel dans sa globalité et sa totalité. Si l’abbé Barthe invite à privilégier l’ancien rituel c’est finalement d‘abord aux habitués de la messe traditionnelle qu’il s’adresse afin de favoriser la cohérence cultuelle et les bénéfices spirituels qui surgisse de sa grande cohérence. Il n’empêche qu’une comparaison et une critique systématiques sont bien au cœur des pages de ce petit opuscule. Critique d’ailleurs nuancée parfois : l’abbé dit bien que la confirmation ou la confession ne sont pas les sacrements dont l’évolution du rituel est la plus notable ni la plus regrettable. En aucun cas et à aucun moment il ne met en cause la réalité sacramentelle du nouveau rituel.

L’abbé Barthe présente effectivement des arguments de natures très différentes, parfois sociologiques vous le notez avec regret ; mais c’est pour constater un amenuisement de la compréhension de la réalité sacramentelle et de la pratique. Or, la réforme liturgique avait deux objectifs majeurs : la pleine efficacité pastorale (Sacrosanctum concilium n°49) et la clarté des réalités saintes qui sont célébrées (Sacrosanctum concilium n°21), est-il réellement illégitime de poser la question du résultat sociologique de cette réforme ?

Vous vous appuyez essentiellement dans votre démonstration sur Pie XII (je passe) et surtout sur Benoît XVI, prenant un parti pris qui me semble un peu dogmatique en considérant comme indépassables deux grandes idées du pontife de vénéré mémoire : la réforme de la réforme et l’herméneutique de continuité. Je crois pourtant que ce sont des positions discutables et discutées dans bien des milieux, à droite, à gauche et au centre. Mais à se réfugier derrière Benoît XVI comme arbitre absolu sur cette question liturgique – question liturgique qui est bien une plaie ouverte et malheureusement encore vive – on peut avoir quelques surprises. Convoquons à notre tour Joseph Ratzinger par quelques citations qui me semblent aller dans le sens de l’abbé Barthe ; pas sur le fond de la critique de chaque nouveau rituel certes ! mais dans la forme générale de la critique de cette réforme liturgique totale et inédite :

  • la réforme liturgique, dans sa réalisation concrète, s’est éloignée toujours davantage de cette origine. Le résultat n’a pas été une réanimation, mais une dévastation. D’un côté, on a une liturgie dégénérée en show, où l’on essaie de rendre la religion intéressante à l’aide de bêtises à la mode et de maximes morales aguichantes, avec des succès momentanés dans le groupe des fabricants liturgiques, et une attitude de recul d’autant plus prononcée chez ceux qui cherchent dans la liturgie, non pas le showmaster spirituel, mais la ren­contre avec le Dieu vivant devant qui tout “faire” devient insignifiant, seule cette rencontre étant capable de nous faire accéder aux vraies richesses de l’être.
  • La vérité est que le Concile n’a défini aucun dogme et a voulu consciemment s’exprimer à un niveau plus modeste, simplement comme un concile pastoral. Pourtant, nombreux sont ceux qui l’interprètent comme s’il était presque le superdogme qui ôte toute importance au reste. Cette impression est surtout renforcée par certains faits courants. Ce qui était autrefois considéré comme le plus sacré – la forme transmise de la liturgie – apparaît d’un seul coup comme ce qu’il y a de plus défendu et la seule chose que l’on puisse rejeter en toute sûreté.
  • Il faut constater que le nouveau missel, quels que soient tous ses avantages, a été publié comme un ouvrage réélaboré par des professeurs, et non comme une étape au cours d’une crois­sance continue. Rien de semblable ne s’est jamais produit sous cette forme, cela est contraire au caractère propre de l’évolution liturgique.
  • Ce qui s’est passé après le concile signifie tout autre chose : à la place de la liturgie fruit d’un développement continu, on a mis une liturgie fabriquée. On est sorti du processus vivant de croissance et de devenir pour entrer dans la fabrication. On n’a plus voulu continuer le devenir et la maturation organique du vivant à travers les siècles, et on les a remplacés – à la manière de la production technique – par une fabrication, produit banal de l’instant.
  • La liturgie ne naît pas d’ordonnances, et l’une des insuffisances de la réforme liturgique post-conciliaire est sans aucun doute à chercher dans le zèle de professeurs qui, de leur bureau, ont construit ce qui aurait dû relever d’une croissance organique. Un exemple caractéristique à nos yeux de cette manière de faire est la réforme du calendrier…
  • La prédominance exclusive de la parole, que malheureusement les livres liturgiques officiels eux-mêmes suggèrent quelque peu, est critiquable.
  • Elle était si belle, cette continuité qui faisait que l’on ne dépendait ni du curé ni même des autorités romaines !
  • l’appauvrissement effrayant résultant de la mise à la porte de l’Eglise de la beauté gratuite, remplacée par une soumission exclusive à l’utilitaire », « le froid que fait passer sur nous la morne litur­gie post-conciliaire », « l’ennui que provoque son goût pour le banal et sa médiocrité artistique.
  • La banalité et le rationalisme enfan­tin de liturgies autobricolées, avec leur théâtralité artificielle, laissent de plus en plus apparaître leur grande pauvreté : leur inconsistance saute aux yeux. Le pouvoir du mystère s’est évanoui et les petites autosatisfactions qui prétendent compenser cette perte ne peuvent plus satisfaire à la longue les fonctionnaires eux-mêmes.

Comme le scandait malicieusement en son temps Pierre Desproges dans La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède : Étonnant non ?

Union de prière.

Cyril Farret d’Astiès

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