Lu sur Facebook, à propos du renversement de l’arrêt Roe vs Wade sur l’avortement :
[…] Ce qui a changé, et ce qui a permis à Donald Trump de nommer trois juges qui ont fait la différence, c’est un mouvement intellectuel de fond, une reconquête lente mais obstinée des centres d’influence intellectuelle, qui a engendré une génération de juristes non infectés par les idées progressistes. Le navire amiral de cette reconquête est sans aucun doute la Federalist Society, fondée en 1982. Forte aujourd’hui de plus 60 000 membres et d’un réseau considérable dans les centres décisionnels et juridictionnels américains, la Federalist Society promeut, comme son nom l’indique, un retour à la doctrine américaine constitutionnelle classique, et notamment une lecture dite « originaliste » de la Constitution.
En 2017, Donald Trump a déclaré publiquement que ses choix, pour les nominations à la Cour Suprême, seraient ceux de la Federalist Society, et il s’est tenu à cette promesse, qui était un formidable hommage rendu au travail accompli par cette société savante. En 1982, pourtant, le progressisme dominait totalement les facultés de droit, la cause du conservatisme judiciaire semblait définitivement perdue et, à ses débuts, la Federalist Society était une simple association étudiante. Mais quarante ans plus tard presque exactement, l’arrêt Roe v. Wade, le symbole le plus éclatant et le plus ardemment défendu du progressisme judiciaire, tombait avec fracas.
Dans un régime démocratique comme le nôtre, les victoires électorales sont nécessaires, mais pas suffisantes pour qui veut modifier le cap suivi par la nation. Si ces victoires n’ont pas été préparées suffisamment en amont, par un lent travail de réflexion, d’éducation, de persuasion et de construction de centres d’influence au sein de la société civile, elles risquent fort de se révéler illusoires. Les noms du capitaine et de ses lieutenants changeront, mais la course du vaisseau se poursuivra dans la même direction.
De ce point de vue, la véritable sagesse de Donald Trump dans ses nominations à la Cour Suprême a été de reconnaitre qu’il avait besoin de s’appuyer sur de plus compétents que lui pour bien choisir. Au moment de prendre certaines décisions capitales, le président symbole du populisme a ainsi admis implicitement que redonner la parole au peuple ne suffisait pas et qu’il était nécessaire de s’appuyer sur une élite non élue pour bien le servir. Fort heureusement pour lui, et pour le peuple américain dans son ensemble, cette élite existait au moment où il en a eu besoin. Et elle existait parce qu’elle avait été préparée de longue main.
C’est là certainement la leçon principale que nous, Français, devrions tirer de ces renversements de jurisprudence de l’autre côté de l’Atlantique : la bataille des idées, ou la « métapolitique », comme on voudra, ça paye. Les élections ne sont que la moindre partie de l’activité politique, et pas la plus décisive. Car, comme le dit l’Ecriture, si un aveugle en conduit un autre, ils tomberont tous deux dans le fossé.

Gallia
Ce n’est qu’une parenthèse.
PierreMontamat
Oui, c’est très bien vu, la lecture ‘d’origine’ de la Constitution. Cad une lecture non partisane, mais en revenant à l’esprit des fondateurs. Excellent sur la Federalist Society. Il est évident que pour les questions juridiques, le Président doit s’appuyer sur les meilleurs juristes… C’est la même chose pour tous les autres domaines car c’est le rôle architectonique du politique. Que toutes les sciences subalternes concourent au bien commun sous la houlette du Pdt.
Qu’il y ait eu une ‘reconquête’ est indéniable comme l’explique tout le début du Post. C’est bien là la lucidité du chef de connaître ces mouvements de fonds et d’en tirer le meilleur.
Le premier point sur le ‘droit’ à l’avortement est en effet fondamental. Merci de le dire.
Puis, sur l’évolution plus large de la jurisprudence, c’est tout aussi fondamental de le souligner. Voire les déclarations de Clarence Thomas indiquant qu’il y a une ‘réappropriation’ de la Constitution à engager, la dépouillant des faux droits surajoutés, comme mariage gay, etc… Merci de le dire.
Ces deux points sont le même problème juridique, et la suite du nominalisme qui gangrène le ‘droit’ depuis des siècles. Voire des explications détaillées chez Michel Villey.
D’accord aussi sur le 3° point (dont la fin est votre premier § cité) sur le long travail de reconstitution d’une élite juridique. L’équivalent en France serait ‘Affectio sociétatis’ ou des juristes comme J. Hautebert ou P. Pichot-Bravard (il y en a d’autres…) qui sont dans une lignée ‘non*partisanne’, car se voulant (explicitement ou non) dans l’optique aristotélicienne du réalisme. Qui connait aujourd’hui la Doctrine du Droit d’E Kant, dont Attali est un affidé ?
Merci à l’auteur de relever la formidable sagacité de Trump dans ses choix. Sur la course du vaisseau, c’est encore un formidable hommage à Trump qui vient d’avoir 76 ans… Qui après lui ? Surement son futur colistier.
L’avant-dernier § est lui aussi remarquable en ce qu’il ‘casse’ cette fameuse dichotomie entre le peuple et ses élites. C’est un beau coup de patte aussi bien aux marxistes qu’aux originaux comme M Maffesoli… Bien sûr que le modeste ouvrier ou employé… doit se faire guider par des élites éprouvées sur leur science et sur leur art, non corrompues et non ‘héréditaires’ comme par népotisme. Ce qui est visé depuis le début par Trump, c’est le vrai sens de sa formule de redonner le pouvoir au Peuple. Regardez aujourd’hui les ravages des Procureurs nommés avec l’argent de Soros.
Sur le dernier §, je reste dubitatif. Même pas du tout d’accord, c’est avoir chaussé de mauvaises lunettes. Il faudrait de meilleures explications, me semble-t-il.
Un texte à lire et à relire en son entier et non pas sur l’extrait cité qui est partisan; dont vous faites dès le titre un combat d’idées, ce qui est un contre-sens complet. Mieux connaitre Trump le prouve tous les jours.
Giacomo
Son futur colistier, M. Pence? Certainement pas, Trump l’a voué aux gémonies pour son attitude après le scrutin du 3 novembre 2020.
Je pense que le gouverneur de Floride, Ron de Santis, tout à fait dans la ligne Trump a toutes ses chances après la présidence ectoplasmique de J. Biden plombée à un niveau historiquement bas probablement parce que, entre autres, les soupçons de fraude électorale en 2020 sont toujours majoritaires dans l’opinion américaine, n’en déplaise aux média occidentaux.
Quoi qu’il en soit, c’est Trump le maître des horloges. Il tient le GOP d’une main de fer.
PierreMontamat
Je voulais bien sûr parler de son futur colistier. Donner un nom aujourd’hui est vaine spéculation. Il le dira en temps voulu.
Je suis moins optimiste sur le GOP, qui doit encore faire le soin d’une bonne épuration…
Giacomo
Disons surtout que D.Trump a eu 3 fois l’opportunité d’avoir à remplacer un juge au SCOTUS durant son mandat, une opportunité que beaucoup de ses prédécesseurs n’ont pas eue par le simple fait du hasard.
Par contre reconnaissons que D.Trump, qui fut un temps dans le camp démocrate, a exprimé des opinions républicaines tranchées que d’aucuns en France eurent vite fait de classer à l’extrême droite, ce qui lui a permis d’être élu, et il n’a pas eu peur d’agir selon ses convictions.
De Gaulle, Pompidou, Chirac ou Sarkozy ont eu en leur temps à nommer des membres du Conseil Constitutionnel: Leur choix ne s’est jamais porté sur des personnalités aussi “nettes” mais disons plutôt plus floues, plus “consensuelles”, dans la “zeitgeist” gauchocentriste, toujours prêtes à à prêter main forte à la gauche pour une politique de “progrès” dont on peut incontestablement relever les dégâts causés en l’espace d’un demi siècle.
PierreMontamat
Trump s’inscrit dans le temps long, il n’y a pas beaucoup de hasard dans son gouvernement.
En un sens, Trump est au-delà du clivage Démocrates / Républicains. La bonne lecture est le clivage Globalistes / Patriotes. Ce qui n’est pas du tout la même chose 1 aux Etats-Unis et 2 dans le monde.
Quant à comparer les nominations de Trump avec celles d’hommes politiques français, se référer au point précédent + les bonnes lunettes.