Dans un entretien croisé avec Philippe de Villiers dans le JDD, Boualem Sansal s’alarme de l’islamisation galopante :
[…] Je sais comment l’islamisme progresse. Je l’ai vu en Algérie. Je le vois en France, en Europe. La ligne rouge est dépassée depuis longtemps : elle s’est effacée. Toujours la même technique, qui marche formidablement : l’islamisme ne surgit pas d’un coup. Il avance par étapes, par petits sauts furtifs, et parfois avec démonstration de force. Il crée des mini-ruptures – par exemple le voile – puis il œuvre à les élargir, à en faire un élément d’ancrage identitaire sur lequel ses militants vont s’arc-bouter et harceler la société. Puis il attaque la langue, en délégitimant le récit national, en répétant des mantras : le français est la langue des kouffars, des colonialistes, et en lui substituant la leur : l’arabe est la langue sacrée du Coran, des ancêtres (les salafs). Puis il s’attaque aux normes, le code génétique de la société, et porte le combat à l’intérieur des institutions les plus sensibles : l’école, l’université, la justice. Bientôt l’Assemblée et l’Armée. Ceux qui refusent ce viol doivent se lever et nommer avec nous cette réalité sans trembler.
Mais cela ne suffit pas : il faut faire front au jour le jour, et défendre son pays et sa vie, pied à pied, avec l’idée que c’est nous qui porterons le dernier coup. La réponse ne peut pas être seulement morale. Elle doit être politique et symbolique. La primauté des lois françaises doit être claire, et à aucun moment discutable ou négociable. Les financements étrangers doivent être contrôlés. Les structures qui travaillent à l’anéantissement doivent être dissoutes, et ceux qui combattent la France de l’intérieur déclarés ennemis et boutés du pays. Une civilisation qui ne se défend pas décline, et finit par se soumettre. Le sursaut est possible, mais il suppose lucidité et décision.
« Les peuples ne meurent que lorsqu’ils consentent à l’oubli… » Comment convaincre les Français ?
Ce ne sont pas les Français qu’il faut convaincre. Eux savent : ils vivent les affres d’une cohabitation impossible ; ils vivent la submersion en maints endroits du pays. Eux sont empêchés d’agir et de reprendre en main leur quartier, les territoires perdus, de soustraire leurs enfants de l’enrôlement sournois. Ce sont les élites qu’il faut convaincre d’assumer leur mission d’éclaireur de la société – et de commencer par se libérer elles-mêmes, d’abord – pour revivifier le sentiment national et la fierté d’être Français, vivant dans une France forte et généreuse. C’est par la vérité que l’on convainc. Il leur faudra donc d’abord cesser de gouverner par le mensonge, le secret et le laxisme. La continuité nationale n’est pas une nostalgie. C’est une condition de la liberté. Un peuple qui ignore son histoire est vulnérable aux récits plus affirmés, soutenus en général par des coercitions impitoyables. Un peuple qui connaît son histoire peut l’assumer, la corriger, la dépasser sans se dissoudre. La clarté est une forme supérieure de courage.
