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Pays : Etats-Unis

Comment comprendre les déclarations tonitruantes de Donald Trump ?

Comment comprendre les déclarations tonitruantes de Donald Trump ?

Il y a quelques jours, Yves Daoudal estimait que Donald Trump était en roue libre et illustrait cette affirmation avec quelques unes des citations du président américain :

« Une civilisation entière va disparaître ce soir pour ne plus jamais renaître. Je ne souhaite pas que cela arrive, mais c’est probablement ce qui va arriver. Cependant, maintenant que nous assistons à un changement de régime complet et total, où des esprits différents, plus avisés et moins radicalisés prennent le dessus, peut-être qu’un événement révolutionnaire et merveilleux va se produire, QUI SAIT ? Nous le découvrirons ce soir, lors de l’un des moments les plus importants de la longue et complexe histoire du monde. 47 ans d’extorsion, de corruption et de mort vont enfin prendre fin. Que Dieu bénisse le grand peuple iranien ! »

« Détruire leurs ponts et leurs centrales électriques n’est pas un crime de guerre : ce sont des animaux. »

Dans Conflits, Ophélie Roque, journaliste et professeur de français, estime au contraire que

  • Les médias analysent Trump à travers la grille de la cohérence, de la crédibilité et de la moralité politique — un prisme inadapté à un acteur qui a délibérément construit son autorité sur l’intensité de la parole, non sur sa vraisemblance.
  • Chaque déclaration trumpienne — qu’il s’agisse de « déchaîner les enfers » sur l’Iran ou d’ultimatums géopolitiques — est un acte de performance rhétorique destiné à plusieurs publics simultanément, et non une promesse d’action mesurable.
  • Comprendre Trump impose d’abandonner les critères classiques du fait politique rationnel pour saisir la logique interne d’un acteur qui se sait bouffon tout en jouant les rois.

Extrait de son analyse :

[…] En temps normal, un dirigeant politique est vulnérable sur trois points : la cohérence de son discours, la crédibilité de ses menaces, le décalage entre les promesses d’une part et les résultats d’autre part. Mais ce schéma ne fonctionne que si ce dernier fait le serment d’être crédible. Or, Trump n’a jamais construit son autorité sur la vraisemblance. Depuis le temps, ça se saurait et, de ceci, il n’en a cure.

Il se conçoit plutôt en termes d’intensité, ce qui est très différent.

Quand il affirme qu’il va « déchaîner les enfers » et que, finalement, il ne les déchaîne pas, il ne perd strictement rien en crédibilité

Sa phrase se moque éperdument de la véracité, elle n’a existence qu’en tant que sensation produite au moment où elle fut énoncée. Trump est un acteur dans le sens plein du terme. Et ne nous y trompons pas, les mots suffisent à faire bouger les choses, c’est d’ailleurs pour cela que le terme d’acteur provient d’« ago », celui qui fait en latin. Trump est un impressionniste du verbe comme certains le sont de la toile. Il se moque de la notion de vérité, le monde est changeant, flottant et ses mots ont bien plus de pouvoirs que ceux d’un autre.

Une partie des médias semble attendre de lui qu’il se conforme davantage à l’idée même du fait politique : quelque chose d’argumenté, de rationnel et répondant à des normes logiques. Non seulement ceci n’est pas vrai, mais en plus ne l’a jamais été. Disons qu’on nous a souvent montré une façade ripolinée donnant l’illusion que tout ce qui était imprévisible, mesquin ou irrationnel était absent de l’équation, que la politique suivait des voies cohérentes et que les mots dits correspondaient aux actions envisagées.

C’est comme si une boussole interne s’évertuait à vouloir que la moralité soit toujours respectée, que le mensonge finisse par coûter et que la brutalité se retourne contre celui qui l’emploie. La contradiction répétée devrait aboutir à la dislocation de celui qui use et en abuse. Or c’est le contraire qui semble arriver !

Trump a construit un dispositif qui l’affranchit des règles qu’on souhaiterait lui appliquer. Mentir ne lui coûte rien, se contredire non plus, humilier ses alliés encore moins et repousser sans fin l’échéance n’a aucune incidence. Certains aimeraient lui faire payer cette vulgarité qui nous choque, mais force est de constater qu’il nous glisse toujours entre les doigts et finit par se rétablir là où l’on croyait qu’il allait échouer.

C’est ainsi que chaque nouvel « incident » est envisagé à l’aune de celui qui pourra le détrôner. L’imposteur enfin démasqué, un ordre plus rationnel pourrait enfin reprendre ses droits

La chose à faire serait de ne pas se focaliser uniquement sur ce qu’il dit ou sur ce qu’il tweete, mais d’observer comment il le dit, à quel moment et pour quel public. Trump n’est ni versatile ni incohérent. Ses propos, même les plus déstructurés en apparence, correspondent à une logique interne. S’il dit tout et son contraire dans la même journée, c’est qu’il s’adresse — en même temps et sur plusieurs lignes en parallèle — à différents interlocuteurs : sa base Maga, l’électorat américain au sens large, les nations amies et ennemies. Le président refuse de se limiter à un seul message. Il les multiplie et les superpose à l’infini, l’un d’entre eux finira bien par advenir.

Pour comprendre Trump, il faut oublier les questions de moralité, de savoir et d’élégance et accepter de se pencher sur la démesure d’un roi qui se sait bouffon.

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