Le père Jean-Baptiste Edart, doyen de la faculté de théologie de l’Université catholique de l’Ouest, enseignant-chercheur et spécialiste de démonologie, vient de publier un ouvrage sur Le diable dans ses oeuvres afin de comprendre l’action invisible du mal et s’en libérer.
Toute l’oeuvre du Diable consiste à tromper, tenter, blesser l’homme pour qu’il se perde. Si l’enjeu final est manifeste, il est cependant complexe de déterminer et classifier la nature de son pouvoir, surtout lorsqu’on cherche à rendre compte de la frontière entre la tentation, action ordinaire du Démon, et son action extraordinaire – dont la possession est la plus connue. À cette frontière se trouve ce qui est souvent dénommé un « lien ». Quelle réalité ce terme recouvre-t-il ? Comment rendre compte théologiquement de cette métaphore ?
À cette fin, en s’appuyant sur saint Thomas d’Aquin et la psychologie cognitive contemporaine, cette étude expose comment le Démon exploite les émotions et les vulnérabilités mentales (biais cognitifs, schémas dysfonctionnels, etc.) pour influencer la cognition. Ainsi, à la notion de « lien » l’auteur substitue, pour plus de clarté, celle d’emprise cognitive. Ce concept d’emprise permet de définir la nature de cette action démoniaque intermédiaire entre la tentation et la possession, qui agit sur les facultés cognitives via nos blessures psychiques. Par cette emprise, le Diviseur vise à maintenir l’homme dans le péché et l’empêche d’accéder à la vérité et à la conversion.
En explicitant cette forme de l’action démoniaque, l’ouvrage confirme la pertinence et la nécessité d’intégrer la prière de libération comme outil ordinaire du combat spirituel dans une société marquée par l’évolution des troubles psychologiques, comme par le paganisme et l’occultisme.
Il évoque aussi l’importance des prières d’exorcismes, notamment lors du baptême et souligne :
Bien que moins explicite dans le nouveau rituel du baptême des enfants, cette notion demeure présente. Le démon est évoqué à travers les notions de mensonge et d’esclavage. Dans les prières liées au catéchuménat, la référence au mensonge de l’ennemi et aux chaînes de l’esclavage qu’il impose dans la cupidité, la méchanceté, l’angoisse et les désirs de la chair est également présente. Les prières des trois scrutins reprennent la thématique du mensonge et de l’esclavage du péché.
L’auteur souligne aussi la croissance des recours aux thérapeutes liés à l’occulte :
Nous avons eu des témoignages directs au sujet d’ecclésiastiques, diacres, prêtres ou évêques, d’une ignorance totale sur le sujet, conseillant le recours à ces praticiens de l’occulte, quand certains diacres ou prêtres n’exerçaient pas eux-mêmes ces “dons”. Cette croissance exponentielle de la fréquentation de ces praticiens ne peut pas ne pas avoir de conséquence sur la santé spirituelle des chrétiens.
