Bernard Antony évoque l’ouvrage de Michel Eltchaninoff, agrégé et docteur en philosophie, intitulé Dans la tête de Vladimir Poutine :
Eltchaninoff y analyse magistralement les influences qui ont pesé dans la formation politique et idéologique de celui qui, après avoir mené les différentes annexions (par la force et non par le droit) par la Russie de plusieurs territoires de la Géorgie (Ossétie et Abkhazie), de la Moldavie (Transnistrie), de l’Ukraine (Crimée), a lancé le mois dernier l’armée russe dans une tout autre affaire, l’invasion de l’Ukraine.
Bien des lecteurs découvriront sans doute notamment que Poutine n’est pas seulement le continuateur de l’officier kagébiste qu’il fut, désespéré par la chute de l’URSS, mais l’applicateur d’une déjà vieille idéologie pour l’Europe et pour le monde, « l’eurasisme », devenue une utopie de substitution au marxisme.
Dans la fabrication de ce rêve nécessitant une « réécriture » de l’histoire russe, rentrent très fondamentalement les influences néo-eurasistes d’un Edouard Limonov, (qui a quitté ce monde), et du gourou très actuel, Alexandre Douguine, les fondateurs en 1993 du Parti national bolchevik.
Mais à cela s’ajoute la réhabilitation acharnée non seulement de Staline mais aussi d’un Félix Dzerjinski, le créateur de la Tchéka, sans doute avec un Himmler, parmi les personnages les plus effroyablement démoniaques du XXe siècle.
Selon Eltchaninoff, Poutine, néo-eurasiste et néo-stalinien, se voit dans un rêve impérial comme un nouveau « rassembleur des terres russes » dont, outre Staline, un grand modèle dans le passé est aussi Ivan le Terrible. […]