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L'Eglise : L'Eglise en France

Depuis 1793, la France ne trouve plus le repos car elle ne confessa jamais son crime

Depuis 1793, la France ne trouve plus le repos car elle ne confessa jamais son crime

Oraison funèbre pour la Messe solennelle de Requiem pour le repos de l’âme du Roi Louis XVI. Eglise Saint-Eugène-Sainte-Cécile, Paris, 21 janvier 2026, prononcée par le père Jean-François Thomas s.j. :

Requiem pour Louis XVIAu Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Mes chers Frères,

Lorsque le sang de ses fils coule dans un pays par décision de ceux qui le gouvernent, à la tristesse s’ajoutent la malédiction et le malheur. Si le père lui-même est immolé par un régime politique, ce dernier, – à moins de se repentir -, ne pourra plus que laisser derrière lui dévastation et décadence. La Révolution ne fut ni une révolte, ni une rébellion. Elle ne fut point la fièvre mais la maladie. Ce ne sont pas les barricades qui bouleversent une nation mais l’écroulement des puissances spirituelles voulues et programmées par ceux qui saisissent le pouvoir. Louis XVI, dans sa dure montée vers l’échafaud, racheta ses erreurs politiques en s’offrant sans réserve pour le sacrifice, un sacrifice expiatoire. Le 11 juin 1775, au jour de son sacre en la cathédrale de Reims, le jeune roi impressionna les assistants par son attitude recueillie et sa foi sincère, à tel point que le duc de Croÿ, témoin de la cérémonie, rapportera :

« Dans ce moment (de l’intronisation), des larmes de joie coulèrent à chacun, et le saisissement fut tel, que, ce qui n’était jamais arrivé, des claquements de mains sans nombre se joignirent aux cris de « Vive le roi ! » et tout le monde fut transporté hors de lui-même. Je sais bien que je n’ai jamais vu un enthousiasme pareil : je fus tout étonné de me trouver en pleurs et de voir tout le monde de même. »

Tel fut donc le jour des Rameaux, l’entrée triomphale à Jérusalem, de ce lieutenant du Christ qui posa ainsi le pied sur le chemin de la Passion. Sur ce corps oint par le sacre reposa alors la survie de la vocation spirituelle de la France. Quelle est-elle d’ailleurs ? Georges Bernanos la définit ainsi :

« [Elle] ne consiste pas en quelque moyen d’ébranler le monde par des doctrines neuves et surprenantes. Moins encore à exercer par la force ou le prestige, une sorte de dictature des consciences. Il est beaucoup plus juste de dire que sa mission providentielle est de maintenir le monde dans les limites de l’humain, de le circonscrire dans le cercle des valeurs humaines que le christianisme divinise. […] Que signifie maintenir le monde dans l’humain, sinon le défendre contre l’inhumain, contre les grandeurs inhumaines ? Et que peuvent être ces grandeurs inhumaines, sinon des divinités féroces et cupides, implacables, impitoyables ? Il y a des siècles que la France se voit mise en face de ces bêtes redoutables, comme Jeanne d’Arc en face de ses juges. »

Requiem pour Louis XVIComme aussi Louis, fils de Louis, en face de ses juges iniques. L’homme, marqué du sceau de Dieu, est debout devant le tribunal d’hommes qui ont choisi de servir des idoles en sacrifiant l’humain.

Le bourreau Charles Henri Sanson, confiant son témoignage à Théodore de Lameth après la terrible exécution, transmet fidèlement les dernières paroles de Louis XVI sur le point d’être immolé :

« Vous savez tous que je suis innocent, mais si le sacrifice de ma vie peut être utile au repos de mon peuple, je le fais volontiers. »

Il s’agit bien d’un sacrifice, non point pour son salut personnel, mais pour le repos de la France. Cependant la France ne trouva plus le repos depuis car elle ne confessa jamais son crime et elle continue de graver dans le marbre de ses lois tout ce qui offense l’essence de l’homme et la grandeur de Dieu, la sacralité de la vie humaine et l’inviolabilité de la nature et du surnaturel. Tant que le roi vivait, même écrasé par les humiliations, les injures, dépossédé de son nom et de son titre, la mèche fumait encore et le roseau à demi rompu n’était point brisé, pour reprendre l’image utilisée par Notre Seigneur (Evangile selon saint Matthieu XII, 20).

Louis XVI prit au sérieux le fait d’être un fils de saint Louis. Résonne encore la voix de Bossuet prêchant au Louvre devant Louis XIV le dimanche des Rameaux 1662 :

« Rien de plus grand dans les grands, que cette noble obligation de vivre mieux que les autres. Car ce qu’ils feront de bien ou de mal dans une place si haute, étant exposé à la vue de tous, sert de règle à tout leur empire. Et c’est pourquoi, dit saint Ambroise, « le prince doit bien méditer qu’il n’est pas dispensé des lois, mais que lorsqu’il cesse de leur obéir, il semble en dispenser tout le monde par l’autorité de son exemple. »

Quel pontife, en notre temps, ose encore s’adresser de la sorte à ceux qui gouvernent le monde ? Seul un roi très chrétien est capable d’entendre, d’écouter, de mettre en pratique et de se repentir du mal commis si cela est nécessaire.

Requiem pour le Roi 2022 - Le catafalque pour Louis XVI.Louis XVI avait une âme semblable à celle des chrétiens de Rome attachés à l’enseignement de saint Paul, à celle des fidèles soutenus par saint Justin ou Tertullien au cœur des persécutions, une âme sensible à la description de la lutte des deux cités, – celle de Dieu et celle des hommes -, par saint Augustin. Il est habité par une inaltérable douceur, une patience invincible, une inviolable fidélité envers la foi.

Depuis sa prime jeunesse, il avait pris l’habitude d’assister à la sainte messe chaque jour, communiant régulièrement grâce à une confession fréquente. La figure de son dernier confesseur, au temps mauvais, le marquera profondément, guidant ses décisions pour corriger les malheurs spirituels du temps. Le P. François-Louis Hébert, supérieur général des Eudistes, remplaça dans cette tâche Jean-Jacques Poupard, curé de Saint-Eustache qui avait prêté serment à la constitution civile du clergé. Aussitôt, il invita le roi à prêter vœu au Sacré Cœur afin de contrer les méfaits de la Révolution. Aux côtés du monarque jusqu’au 10 août 1792, il mourra martyr à Saint-Joseph-des-Carmes lors du massacre des prêtres le 2 septembre de la même année. Ce sont les journaux jacobins qui relatent le fait que toutes les victimes portaient sur elles une image avec le double cœur, Sacré Cœur de Jésus et Cœur immaculé de Marie, ainsi qu’une prière à la Très Sainte Vierge pour le roi. Le P. Hébert connaissait dans le détail l’âme de son pénitent et la prière qu’il composa ainsi est révélatrice de la haute opinion qu’il avait de Louis XVI. Dans le numéro de septembre 1792 des Révolutions de Paris, organe des persécuteurs, l’intégralité du texte est reproduite, ceci afin de souligner le fanatisme religieux de ces prêtres réfractaires. Il faudrait lire toutes ces lignes si émouvantes. En voici un court extrait :

« Considérez, Mère très pure, Vierge remplie de clémence, que ce bon prince n’a jamais été souillé par celui de tous les vices que vous avez le plus détesté : qu’il n’a été ni un homme de sang, ni le tyran de son peuple. Vierge toute puissante, le canal de tous les dons et de toutes les vertus, c’est par vous que ses mœurs sont pures, qu’il aime la droiture, la probité, et que la bonté de son âme s’est toujours refusée à permettre que l’on répandît le sang d’un seul homme pour mettre sa propre vie à couvert. […] Augmentez et perfectionnez sans cesse ses vertus chrétiennes et ses vertus royales. Sanctifiez surtout ses épreuves et ses sacrifices, et faites-lui mériter une couronne plus brillante et plus solide que les plus belles couronnes de la terre. »

Moins de cinq mois plus tard, les derniers mots adressés à Louis gravissant les marches menant à la guillotine furent, de la bouche de l’abbé Edgeworth de Firmont, – comme rapportés encore par le bourreau Sanson :

« Fils de saint Louis, montez au ciel ! ».

En cette année où nous célébrons le 800ème anniversaire du sacre de saint Louis, nous ne pouvons que nous incliner devant la mémoire de ces deux rois, l’un canonisé par l’Eglise, l’autre martyr de la foi, qui partagèrent tous deux un identique attachement à la mission reçue par l’onction de Reims. Saint Louis prit Louis XVI par la main jusqu’à la décapitation afin de l’introduire dans un Royaume autrement plus lumineux que celui de France et de Navarre. Nous connaissons les dernières paroles de Notre Seigneur en croix, dont

« Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » (Evangile selon saint Luc XXIII, 34).

En écho, Louis XVI, malgré les tambours qui tentèrent de couvrir sa voix, prononça distinctement, avec une voix assurée, à l’adresse des spectateurs de sa mort, et, au-delà d’eux, de tous les peuples de France, ces paroles mémorables, que vous connaissez tous :

« Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France. »

Cette insistance sur le pardon est présente aussi dans le Testament que nous avons de nouveau entendu avec émotion, texte rédigé le jour de Noël 1792, alors que le souverain sait que son sort sera bientôt scellé :

« Je pardonne de tout cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis. […] Je pardonne encore très volontiers à ceux qui me gardaient les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. […] Et à ceux qui par un faux zèle ou par un zèle malentendu m’ont fait beaucoup de mal. » (ses frères qui ont trahi et abandonné et une grande partie de la noblesse)

En ses derniers jours, Louis XVI reçoit des grâces particulières qui, à la fois, le soutiennent dans son sacrifice et qui lui révèlent le sort funeste réservé au pays, comme il le dit, le 20 janvier, à son fidèle valet Cléry :

« Je vois le peuple livré à l’anarchie, devenir la victime de toutes les factions, les crimes se succéder, de longues dissensions déchirer la France. »

Le 18 janvier, il avait confié à Malesherbes :

« La nation est égarée, et je suis prêt à m’immoler pour elle. »

Ajoutant après un silence :

« Le sacrifice de ma vie est peu de chose à côté de sa gloire et de son bonheur (gloire et bonheur de la France). »

Il n’est point angoissé, triste pour lui-même : il souffre pour ses peuples. Au soir du 20 janvier, se préparant à l’exécution, il souffle à Cléry :

« Je suis soulagé de voir s’achever enfin une si longue agonie. »

Requiem pour Louis XVI du 21 janvier 2021.

Admirable imitation de Notre Seigneur dont l’âme, triste à en mourir, fut percée pour nous, insensés. Jean de Viguerie parlera de Louis XVI comme du « roi bienfaisant ». Le qualificatif est approprié : un roi faisant le bien pour le bien commun, ceci au-delà et au-dessus de la sphère politique toujours entachée d’imperfections. Il avait parfaitement conscience, à la suite de saint Augustin, que l’Etat avec majuscule n’est qu’immoralité organisée. Louis XVI ne marche pas au martyre pour ce gros animal impitoyable, pour la patrie chantée par les révolutionnaires. Les pharisiens déjà étaient des patriotes prêts à tuer le Messie pour sauver la Nation. Louis XVI, à la suite du Christ, refusa de participer aux guerres de l’iniquité, demandant à tous ceux qui eurent l’intention de le délivrer, de ne point tenter l’utilisation de la violence. Les régénérations, les restaurations, les contre-révolutions ne s’opèrent qu’avec son propre sang, et non point avec le sang des autres. Comment Notre Seigneur a-t-Il « restauré toutes choses au ciel et sur la terre » (Saint Paul, Epître aux Colossiens I, 19-20) ? In proprio sanguine. Il n’a renversé aucune puissance de la terre faisant pacte avec les ténèbres, Il ne s’est appuyé sur aucun instrument temporel. Louis XVI a appliqué à lui-même ce modèle du Maître, sans cesser d’espérer mais en sachant que le combat était d’ordre surnaturel et que ses armées ne serviraient de rien. Parfois tout semble définitivement détruit et désolé, et soudain, il suffit d’un rien, d’une étincelle provenant du Ciel par le canal de la charité, de l’humilité et de la sainteté, pour que la source recommence à jaillir. Dans le Livre de Job, se trouve cette image poétique :

« Un arbre a de l’espoir : si on le coupe, il reverdit, et ses rameaux poussent. Quand sa racine aurait vieilli dans la terre, quand son tronc serait mort dans la poussière, à l’odeur de l’eau, il germera, et portera des feuilles comme auparavant, lorsqu’il fut planté. » (Job XIV, 7-9)

L’odeur de l’eau, voilà quelque chose de bien ténu, impalpable, imprévisible, immatériel, d’un autre ordre que celui du monde. Ainsi la marque d’un vrai chrétien posant ses sandales dans la poussière de la terre. Tout peut reverdir. L’aiguille est la vie politique, quel que soit le régime. Le fil est non seulement le moral mais aussi le spirituel : l’aiguille passe et le fil demeure. Si l’aiguille n’a pas de fil, elle ne peut rien coudre. Parfois elle croit se suffire à elle-même, mais sans le secours du fil, elle est inutile. Certes, en politique, Dieu semble être plus faible que l’Adversaire car les grands édifices chrétiens se sont souvent écroulés. Pourtant le matériel n’est qu’apparence. Louis XVI n’a pas déposé son espérance dans les institutions séculaires de la monarchie. Leur disparition n’a pas ébranlé sa foi parce qu’il savait que le prince de ce monde n’aurait jamais sur lui aucun pouvoir car déjà vaincu, une fois pour toutes, sur la Croix. Il sentait « l’odeur de l’eau » tandis que ses contemporains se laissaient emporter par l’utopie d’un âge nouveau ou bien sombraient dans la terreur des écroulements. Une prière du XIIème siècle exprime magnifiquement et sobrement ce qui soutint Louis, fils de saint Louis jusqu’à cette heure sombre et glacée sur la place Louis XV. Permettez-moi de la lire afin que nous puissions la faire nôtre :

« Ô Dieu tout puissant, qui avez établi l’Empire des Francs pour être l’instrument de votre divine volonté dans le Monde entier, le Porte-Glaive et le Rempart de votre Sainte Eglise, nous vous en supplions, que Votre céleste lumière prévienne partout et toujours les fils des Francs tournés vers Vous, afin que, voyant ce qu’il importerait de faire pour établir votre royaume en ce monde, ils aient le courage de l’accomplir avec une énergie et une charité que rien ne lasse. Ainsi soit-il. »

Il nous incombe de réaliser cette promesse, de poursuivre l’œuvre initiée par nos rois, de travailler au règne de Dieu sur terre et d’aspirer au Royaume des cieux par la pratique d’une intense charité, reliquaire de toutes les autres vertus. Que chacun puisse entendre, en sa dernière heure, une voix céleste l’invitant ainsi : « Fils de France, montez au Ciel ! » Ainsi soit-il.

Au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

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