Michel Houellebecq a été interrogé dans le quotidien espagnol ABC. Extraits :
[…] Nous vivons une époque étrange : nombre des sociétés qui veulent interdire le tabac sont les mêmes qui ont approuvé l’euthanasie.
Je pense la même chose [il réfléchit un instant]. C’est dommage, car j’écris des livres, mais je ne me sens pas capable de définir cette époque en un seul mot qui ait suffisamment de force… L’euthanasie a été le point culminant de mon engagement militant. Je garde un souvenir assez amer de ce qui s’est passé en France. Pour des raisons liées à la situation politique française de ces dernières années, avec ses particularités, le projet de loi a mis beaucoup de temps à être adopté. Il s’est passé beaucoup de choses ; le texte a fait de nombreux allers-retours. Il a été soumis au vote à trois reprises à l’Assemblée nationale. Et à chaque vote, le pourcentage de voix favorables à l’euthanasie a diminué. Si cela avait duré deux ans de plus, l’Assemblée aurait rejeté ce projet de loi, qui, soit dit en passant, a également été rejeté par le Sénat par la suite… J’ai échoué dans cette lutte. Les opposants à l’euthanasie ont échoué, mais de justesse.
Vos livres ne sont pas exempts de violence sociale, de violence urbaine : bien au contraire. Comment voyez-vous la situation actuelle en France ?
Cela a peut-être surpris les étrangers, mais les Français s’habituent à la violence. Depuis plusieurs années, dès qu’un événement rassemble un grand nombre de personnes dans la rue – manifestation, fête nationale ou finale de football – des pillages ont lieu. Toujours. À chaque fois. C’est pourquoi ce qui s’est passé ne m’a pas tant choqué. C’est triste à dire, mais nous autres Français nous sommes habitués à la violence.
Comment est-ce arrivé?
Je pense qu’il y a eu une défaillance du système judiciaire : les gens ont de moins en moins peur d’être arrêtés. Il n’est donc pas difficile de comprendre pourquoi ce phénomène se produit de plus en plus souvent.
Mais cette violence découle-t-elle d’un mécontentement ou simplement d’une absence de crainte de la répression ?
Ce n’est pas par mécontentement, c’est parce qu’ils n’ont plus peur de la police. Ni du système judiciaire, surtout. […]
