Le président Donald Trump a annoncé sur les réseaux sociaux que les États-Unis ont mené « une attaque puissante et meurtrière contre la racaille terroriste de Daech dans le nord-ouest du Nigéria », mettant ainsi à exécution la menace qu’il avait faite le mois dernier. Le gouvernement nigérian a confirmé avoir autorisé l’intervention américaine, précisant qu’il s’agissait d’une coopération militaire « limitée et ciblée ».
Le président américain avait annoncé sur le réseau social Truth Social, que, face à la terrible situation au Nigéria, où 52 000 chrétiens ont été assassinés et près de 20 000 églises attaquées et détruites depuis 2009, il allait prendre des mesures fortes. Il avait notamment déclaré :
« J’ai ordonné à notre département de la Guerre de se préparer à une éventuelle intervention. Si nous attaquons, ce sera rapide et violent, tout comme les attaques des terroristes contre nos chers chrétiens. »
C’est ainsi que le département américain de la Guerre a mené une série d’attaques contre les terroristes islamistes nigérians. Les missiles ont été tirés depuis des drones, selon les renseignements fournis. Elles ont visé des cibles présentées comme affiliées à l’État islamique. Il faut toutefois regretter que ces attaques aient eu lieu le jour de Noël.
L’un des points positifs, en dehors de l’élimination – à quel point ? – d’une menace contre les chrétiens, est le projecteur braqué sur la persécution atroce que subissent les chrétiens depuis plus de 15 ans, et qui fait des milliers de morts chaque année dans leurs rangs. Il faut aussi s’interroger sur le résultat obtenu.
Sur le plan militaire, aucun bilan précis n’a été communiqué. Aucun groupe djihadiste n’a revendiqué le fait d’avoir été visé. Et, à ce stade, aucune preuve indépendante ne permet de confirmer l’ampleur des dégâts ni l’identité exacte des combattants tués. De plus, le lieu même de l’attaque est étrange pour qui connaît un peu la réalité du Nigéria.
Contrairement au nord-est du Nigeria, où l’insurrection djihadiste est structurée autour de Boko Haram et de sa dissidence affiliée à l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), la situation dans le nord-ouest est beaucoup plus fragmentée. Plusieurs groupes armés y opèrent : réseaux criminels qualifiés de « bandits », factions djihadistes émergentes, milices locales et groupes transfrontaliers actifs entre le Nigéria et le Niger.
De plus, même si la persécution des chrétiens est indéniable, contrairement au discours du gouvernement nigérian et de la plupart des médias occidentaux, il faut avouer que dans l’État de Sokoto, il y a très peu de chrétiens. Presque toutes les personnes tuées par les groupes djihadistes dans cette zone sont musulmanes.
Il faut ajouter que les frappes aériennes sont bien incapables de détruire des mouvements djihadistes structurés, il faut pour cela une intervention sur le terrain. C’est bien là où les insuffisances criantes – et volontaires ? – du gouvernement nigérian apparaissent.
