Extrait du discours du pape prononcé en Turquie lors de la rencontre de prière avec les évêques, les prêtres, les diacres, les hommes et femmes consacrés et les agents pastoraux :
[…] c’est sur votre terre que furent célébrés les huit premiers Conciles Œcuméniques. Cette année marque le 1700e anniversaire du premier Concile de Nicée, « pierre angulaire du cheminement de l’Église et de l’humanité tout entière » (François, Discours à la Commission théologique internationale, 28 novembre 2024), un événement toujours actuel qui nous lance certains défis que je voudrais mentionner.
Le premier est l’importance de saisir l’essence de la foi et le fait d’être chrétiens. Autour du Symbole de la foi, l’Église à Nicée a retrouvé l’unité (cf. Spes non confundit. Bulle d’indiction du Jubilé ordinaire de l’année 2025, n. 17). Il ne s’agit donc pas seulement d’une formule doctrinale, mais d’une invitation à rechercher toujours, au sein même des différentes sensibilités, spiritualités et cultures, l’unité et l’essentialité de la foi chrétienne centrées sur le Christ et sur la Tradition de l’Église. Nicée nous invite encore aujourd’hui à réfléchir à cette question : qui est Jésus pour nous ? Que signifie, dans son essence même, être chrétien ? Le Symbole de la foi, professé de manière unanime et commune, devient ainsi un critère pour le discernement, une boussole, un pivot autour duquel doivent s’articuler notre croyance et notre action. Et à propos du lien entre la foi et les œuvres, je voudrais remercier les organisations internationales, notamment Caritas Internationalis et Kirche in Not, pour leur soutien aux activités caritatives de l’Église et surtout pour l’aide apportée aux victimes du tremblement de terre en 2023.
Le second défi concerne l’urgence de redécouvrir dans le Christ le visage de Dieu le Père. Nicée affirme la divinité de Jésus et son égalité avec le Père. En Jésus, nous trouvons le vrai visage de Dieu et sa parole définitive sur l’humanité et sur l’histoire. Cette vérité remet constamment en question nos représentations de Dieu, lorsqu’elles ne correspondent pas à ce que Jésus nous a révélé, et nous invite à un constant discernement critique sur les formes de notre foi, de notre prière, de notre vie pastorale et de notre spiritualité en général. Mais il existe encore un autre défi, que je qualifierais de “retour de l’arianisme”, présent dans la culture actuelle et parfois parmi les croyants eux-mêmes : lorsque l’on regarde Jésus avec une admiration humaine, peut-être même avec un esprit religieux, mais sans le considérer vraiment comme le Dieu vivant et vrai présent parmi nous. Son identité de Dieu, Seigneur de l’histoire, est en quelque sorte occultée et on se limite à le considérer comme un grand personnage historique, un maître sage, un prophète qui a lutté pour la justice, mais rien de plus. Nicée nous le rappelle : Jésus-Christ n’est pas une figure du passé, il est le Fils de Dieu présent parmi nous, qui guide l’histoire vers l’avenir que Dieu nous a promis.
Enfin, un troisième défi : la médiation de la foi et le développement de la doctrine. Dans un contexte culturel complexe, le Symbole de Nicée a réussi à transmettre l’essence de la foi à travers les catégories culturelles et philosophiques de son époque. Cependant, quelques décennies plus tard, lors du premier Concile de Constantinople, nous voyons que celui-ci est approfondi et étoffé et, c’est précisément grâce à l’approfondissement de la doctrine, qu’une nouvelle formulation est élaborée : le Symbole de Nicée-Constantinople, celui qui est couramment professé dans nos célébrations dominicales. Là encore, nous en retirons une grande leçon : il est toujours nécessaire de transmettre la foi chrétienne à travers des langages et des catégories du contexte dans lequel nous vivons, comme l’ont fait les Pères à Nicée et lors des autres Conciles. En même temps, nous devons distinguer le cœur de la foi des formules et des formes historiques qui l’expriment, lesquelles restent toujours partielles et provisoires et peuvent changer au fur et à mesure que nous approfondissons la doctrine. Rappelons que le nouveau docteur de l’Église, saint John Henry Newman, insiste sur le développement de la doctrine chrétienne, car celle-ci n’est pas une idée abstraite et statique, mais elle reflète le mystère même du Christ : il s’agit donc du développement interne d’un organisme vivant, qui met en lumière et explicite mieux le noyau fondamental de la foi. […]
