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Pays : International

Il n’y a pas de nouveau cycle géopolitique

Il n’y a pas de nouveau cycle géopolitique

Jean-Baptiste Noé, rédacteur en chef de la revue Conflits, est interrogé dans La Nef. Extrait :

Pourquoi Trump a-t-il pris le risque de capturer Maduro? Quelles sont ses motivations ?

Contrairement à ce qui est trop souvent dit, je pense que le pétrole n’est pas la motivation première. Depuis une vingtaine d’années, les États-Unis prennent conscience que leur zone sud est un espace de danger, un « chaosland », comparable à ce qu’est le Sahel pour la France. Immigration illégale et trafics de drogue déstabilisent profondément le corps social américain. Le problème de la drogue ne touche pas seulement les milieux sociaux les plus pauvres, mais aussi l’élite américaine et il est pris très au sérieux par l’administration du pays. Longtemps, les États-Unis ont pensé que leurs seuls ennemis étaient les puissances nucléaires. Désormais, ils prennent conscience que la déstabilisation réticulaire, qui dissout le corps américain, est un danger majeur. À quoi s’ajoute la déstabilisation que le Venezuela opère en Amérique latine: soutien à Cuba et au Nicaragua, bandes criminelles qui se répandent dans tout le continent. En frappant Maduro, par une opération d’une précision chirurgicale qui démontre le grand savoir-faire de l’armée américaine, les États-Unis montrent qu’ils reprennent la main et qu’ils s’intéressent de nouveau à ce qu’ils appellent « l’hémisphère occidental ». Ils espèrent aussi, par un effet domino, conduire à la chute des régimes de Cuba et du Nicaragua. C’est un message envoyé au monde: à la Chine et à l’Europe, mais aussi aux pays sud-américains. La puissance, pour se maintenir, a besoin d’être crainte. C’est ce que les États-Unis sont encore capables de faire aujourd’hui.

Nombre d’analystes jugent que la dernière séquence géopolitique avec la capture de Maduro marque définitivement la fin d’un cycle géopolitique et que nous entrons depuis 2025 dans une nouvelle ère, « l’âge des empires » : partagez-vous cette analyse?

Il y a une tendance assez malheureuse à vouloir absolument trouver des ruptures et à créer des concepts souvent creux pour définir l’état du monde. Ce que nous connaissons aujourd’hui n’a rien de bien différent avec ce que nous avons connu dans les décennies passées. La France, du temps de la Françafrique, n’a-t-elle pas organisé des coups d’État pour maintenir ou remplacer les dictateurs africains à sa guise? Ce que font les États-Unis est conforme à ce qu’ont toujours fait les grandes puissances: la puissance ne s’use que quand on ne s’en sert pas. Il n’y a donc pas de nouveau cycle géopolitique – c’est toujours artificiel de définir le monde ainsi – mais une continuité propre à la nature humaine. Ce que l’on constate, c’est qu’il y a aujourd’hui deux grands mouvements qui parcourent le monde, qui ne sont pas contradictoires. D’un côté, des grandes puissances qui veulent disposer d’un espace où elles exercent leur hégémonie; de l’autre, des forces dissolvantes qui créent des chaosland à l’échelle mondiale: réseaux criminels transnationaux, guerres ethniques. La grande nouveauté, toutefois, depuis une petite dizaine d’années, concerne la fin de l’universalisme. L’Occident n’est pas rejeté, son mode de vie, sa réussite économique, font toujours rêver. Ce qui est rejeté, c’est l’universalisme occidental, c’est-à-dire sa prétention à transformer l’autre en un autre soi-même.

L’opération américaine au Venezuela peut-elle être considérée comme légitime au regard du droit international, ou bien est-elle en tout point illégale (non-respect de la souveraineté d’un État, etc.) ?

Il y a un certain angélisme à considérer que le droit est neutre et immanent; qu’il tombe du ciel et qu’il nous faudrait le recueillir comme la manne pour l’offrir au monde. Le droit est toujours l’expression d’une philosophie politique et d’une anthropologie et le fort l’impose aux faibles. Le droit international n’a d’international que le nom: c’est un droit occidental, né dans la conception juridique de l’Occident et imposé au reste du monde, qui l’accepte bon gré mal gré.

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