De notre Envoyé spécial Antoine Bordier, auteur, biographe et consultant :
Oui, nous sommes à J-1 de la première visite du Pape Léon XIV au Liban. Ici, à Beyrouth, et sur tout le parcours qu’empruntera le pape pour se rendre à Annaya, dans le nord-est du pays, les Libanais interrogés, comme Elie et Georges, se posent la question : « les bombardements israéliens vont-ils cesser ? » Car, depuis un an jour pour jour, après le 27 novembre 2024, le cessez-le-feu entre Israël et le Liban a été violé à de multiples reprises. Tsahal continue à pourchasser son ennemi : le Hezbollah, dans les moindres recoins du Liban.
Quel sera, donc, le programme de l’homme en blanc, que l’on appelle ici : Le messager de la paix ?
Au-dessus de la Méditerranée, après avoir survolé Chypre, déjà, elle apparaît. Entre ciel et mer, sa blancheur attire le regard. Ce n’est pas une montagne de nuages, mais c’est bien la montagne du Liban, celle qui a revêtu sa couleur hivernale, son manteau virginal de pureté blanche-neige. Et puis, la dentelle de ses côtes se dessine, avec finesse, plus ensoleillée. Vu du ciel, le Liban ressemble à une jeune femme, une jeune maman couchée sur le côté, qui donne son lait à l’humanité.
Car le Mont-Liban est plus qu’un relief, il est plus qu’une montagne faite de calcaire, de granit et de schiste. Cette mère-montagne, la plus haute du Levant, a donné naissance dans le lit de ses entrailles à l’humanité, à celle des Cananéens, celle des Phéniciens, celle des Libanais. Cette Terre Promise, cette Terra Sancta a été donné à Abraham et à ce peuple qui, depuis la venue de saint Louis en 1250, est devenu francophone.
Oui, c’est la bonne nouvelle de notre temps : le Pape Léon XIV vient visiter cette Terre Sainte, la terre du Liban, ce pays cité 69 fois dans la Bible. Le premier pape américain, missionnaire pendant 20 ans au Pérou, se rend dans ce pays où coule l’eau, le lait, le miel, la neige et le vin. Ce pays qui, comme une secousse tectonique qui ébranle et fissure la terre pour y faire fleurir des milliers de bouquets, a attiré plusieurs générations d’auteurs, d’écrivains, de poètes, de journalistes, de femmes et d’hommes politiques. Ils ont été ébranlés, émerveillés, enchantés. Tel des fiancés courant à la recherche de leur fiancée, ils ont été attirés par l’odeur de ses plantes, le parfum de ses vêtements, l’ivresse des hauteurs.
« Le Liban est un pays magnifique », déclame Alphonse de Lamartine, lorsque pour la première fois, à la suite de tant d’autres, dans un relais imaginaire et poétique magnifique, il y met les pieds avec toute sa famille, en 1832. Avant d’accoster, quand il aperçoit au loin Beyrouth, et que la ville se fait de plus en plus précise à son regard, ville aux montagnes enivrantes en arrière-plan, il déclare et écrira dans Voyage en Orient : « Ce sont les Alpes sous un ciel d’Asie. »
Que dira le Pape Léon XIV demain ?
Le temps des Croisades
Oui, le Liban a connu ce temps-là. A l’époque – cela n’a pas changé – les chrétiens, les populations et leurs terres, étaient conquises, envahies, islamisées à coups de lance et de sabre. Déjà, le Christ, la Vierge Marie et les apôtres avaient foulé la terre de Tyr et de Sidon. Puis, ce sera saint Paul, à plusieurs reprises. La chrétienté se développe de plus en plus au 5è siècle avec saint Maron de Syrie. Pourchassé des montagnes syriennes, il se réfugia dans celles du Liban et y implanta l’ordre des moines maronites.
Plus tard, au 11è siècle, vient le temps des Croisades qui n’était pas le temps de la Conquête, ni de la Reconquête, mais plutôt celui de la réponse aux SOS lancés par la chrétienté attaquée, persécutée, violentée par les armées, par les précurseurs de Saladin.
C’est pour cela que la montagne, ici, est sacrée. Le sang des martyrs chrétiens y a coulé à foison. A plusieurs reprises dans son histoire, et jusqu’à son histoire tragique récente, elle a servi de refuge aux chrétiens. Dans les parois rocheuses de ses falaises, à flanc de roche, le Mont-Liban a accueilli tout un peuple : celui des chrétiens, celui des Maronites. A coups de pioche, les moines ont transformé ces cavernes et ces grottes en églises, en monastères, en refuges. Impossible de les déloger !
De 1975 à nos jours, les guerres du Liban, suivies par de rares temps de paix, que les Libanais espèrent durables et éternels avec la venue du Pape, ont entraîné le gonflement de la diaspora qui se chiffre aujourd’hui entre 14 et 18 millions de personnes, dont les chrétiens représenteraient entre 70 et 80%. Le pays se vide de ses chrétiens, comme tout le Moyen-Orient, sans oublier la Turquie !
Le Pape du Nouveau Monde !
Il y a quelques mois, le cardinal Robert Francis Prevost n’en croit pas ses oreilles et ses yeux : c’est bien une fumée blanche qui sort au moment où est proclamé son élection comme nouveau Pape succédant à la trilogie du 21è siècle. La trilogie ? Oui, celle de Jean-Paul II, de Benoît XVI et de François. Oui, ce 8 mai 2025, à 69 ans – il a fêté ses 70 ans le 14 septembre dernier –, cet américain né à Chicago, aux racines française et italienne, est devenu le 267è de l’Eglise catholique romaine.
Le jour même dans ses nouveaux habits de blanc et de rouge, il prononce ses premiers mots : à la suite du Christ, du « Bon Pasteur, qui a donné sa vie pour le troupeau de Dieu, je voudrais moi aussi que cette salutation de paix entre dans vos cœurs et parvienne à vos familles, à toutes les personnes, à tous les peuples, à toute la Terre. Que la paix soit avec vous. »
C’est cette paix que le Pape est venu apporter ici au Liban. Au Liban, un pays blessé, fragilisé, meurtri par 15 ans de guerres, et par 15 ans de graves crises économiques, politiques et sociales.
Actuellement en Turquie, depuis le 27 novembre, le Pape est venu célébrer le 1700è anniversaire du Concile de Nicée, qui a proclamé que Dieu « s’est fait l’un de nous pour nous faire participer à la nature divine ». De plus, il y a 1700 ans, à Iznik (Nicée), une confession de foi commune entre toutes les églises catholique, apostolique et orthodoxe, a été prononcée pour la première fois avec le Credo !

Un programme au pas de course
L’avion du Pape Léon XIV doit atterrir vers 15h30 ce dimanche 30 novembre 2025. A 15h45-16h00 une première cérémonie officielle d’accueil avec des personnalités politiques et religieuses se tiendra sur le tarmac, aménagé pour la circonstance, de l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth. Une heure plus tard, il a rendez-vous avec le tout nouveau président de la République, le général Joseph Aoun, au palais présidentiel de Baadba.
Tout le long du parcours, tous les 50 mètres, les routes, ayant été refaites, sont pavoisées aux couleurs du Liban et du Vatican.
Ensuite, suivront les rencontres officielles avec le président du Parlement, avec le Premier ministre et avec les autres autorités de la société civile et du corps diplomatique. Le Saint-Père dormira à la Nonciature apostolique qui se situe à Harissa, à une trentaine de kilomètres au nord de Beyrouth. Il est à deux pas du célèbre sanctuaire marial où se rendent religieusement les Libanais, toute religion confondue.
Le lundi, le programme s’accélère et s’intensifie avec, notamment, le pèlerinage du pape sur la tombe du saint mondialement connu, qui fait encore des miracles : saint Charbel, à Annaya. Pour s’y rendre, Léon XIV mettra une heure pour arriver vers les 10h00 au monastère, qui est un bijou religieux fait de pierres et de prières, et d’où s’élèvent tel l’encens les supplications de tous, sans exception.

Saint Charbel, le saint de tous !
Il est le saint de tous les temps et de toutes les religions. Il faut le voir ce monastère où il a terminé ses jours, perché dans la montagne, sur sa petite colline que l’on appelle : « la colline du saint », à Annaya.
En montant dans les hauteurs, en se rapprochant de Dieu, le Pape Léon XIV va goûter à cette ivresse typiquement libanaise, celle des Maronites. Ils ont survécu dans les montagnes de la Qadisha à plus de 2000 mètres d’altitude pour rester en vie, lors de ces persécutions qui ont duré 5 siècles ! Annaya n’est pas loin, à vol d’aigles. C’est un haut lieu de miracles…
Oui, il faut le dire et le répéter : le monastère Saint Maron (prononcez maroun) d’Annaya renferme, avec la dizaine de moines qui y vivent, de nombreux témoignages de guérisons et de miracles. Les Libanais y trouvent la paix, comme à Harissa, avec l’ivresse des corps qui y pérégrinent, celle des corps en voie de guérison, et celle des âmes en grande communion.
Saint Charbel, dont la fête est le 24 décembre, est né en 1828. Les miracles ont commencé alors qu’il était ermite. Dès sa mort, en 1898, des phénomènes étranges entourent son corps. Des lumières jaillissent de son tombeau, et de l’huile suinte de son corps, se diffusant dans l’air comme un parfum. Depuis 1898, des dizaines de milliers de miracles ont été attestés.
Le saint du Vivre-Ensemble fait des miracles pour tous…
C’est ce que vient proclamer et redire le Pape Léon XIV : VIVEZ LA PAIX ENSEMBLE ! A suivre…
Visite du Pape Léon XIV au Liban à suivre…
Reportage réalisé par Antoine BORDIER
Copyright des photos A. Bordier
