De notre Envoyé spécial Antoine Bordier, auteur, biographe et consultant :
En cette matinée du 1er dimanche de l’Avent, tout le Liban s’est recouvert d’un épais manteau nuageux. Les écluses du ciel se sont ouvertes et déversent une pluie d’averses. Sont-ce des pleurs de de bénédiction ? Oui, Dieu bénirait ses enfants devenus de véritables hérauts de Paix. A 15h39, le Pape Léon XIV vient de poser pour la première fois les pieds au Liban. Il est Le Messager de la Paix. Comme ses prédécesseurs – hormis le pape François – il vient en toute hâte visiter le peuple Libanais. Son message ? Celui de saint Matthieu, l’apôtre : « Heureux les artisans de paix ». Pour l’heure, la paix est d’actualité, puisque depuis deux jours le Liban n’est plus bombardé par Israël. Eclairage sur une visite papale hors-du-commun.
Depuis 7h00 du matin, la pluie ne cesse de tomber sur le Mont-Liban. Vient-elle béatifier, laver et purifier ce petit pays de 5,7 millions d’habitants, dont plus ou moins 2 millions sont des réfugiés Palestiniens et Syriens ? Cette venue du Pape Léon XIV est historique à plusieurs égards. Tout d’abord, elle inaugure ses premières sorties à l’extérieur du Vatican et de l’Italie. Après la Turquie d’Erdogan, qui a transformé, tel Saladin, la cathédrale Sainte-Sophie en mosquée – c’était en 2020 –, c’est le Liban de Joseph Aoun qu’il vient réconforter, renforcer et revivifier dans la foi au Christ. L’homme en blanc vient en « homme de paix ». La paix ? Oui, la paix dans un pays, dans une région rongée plus ou moins par la corruption et une certaine division fraternelle. Ici, l’angélisme n’est plus de mise. Car survoler le Levant et le Moyen-Orient d’un regard de paix fait chavirer toute personne attachée à l’expression de la foi, celle de la chrétienté et celle de toutes les religions.
Le fameux « vivre-ensemble » a été bombardé à plusieurs reprises lors des persécutions économiques, militaires, politiques, religieuses et sociales. Elles n’ont jamais été aussi fortes sur les Chrétiens d’Orient. Il faut remonter aux temps des Croisades, au début du second millénaire, pour bien comprendre que le peuple chrétien est, ici, en voie de disparition. Ou presque !
Le Pape Léon XIV au secours des chrétiens
Il ne le dira pas ouvertement, diplomatie oblige. Et, il est vrai, que sa visite de 3 jours et 2 nuits est presque trop courte pour panser toutes les plaies des Libanais et, notamment, celles des chrétiens. Les chrétiens au Liban ? Ce qu’il en reste, car ils ne sont plus aujourd’hui que 30 à 33 %, alors qu’ils étaient majoritaires en 1975, à plus de 60 % !
Il y a un an, le Hezbollah avait déclaré officiellement qu’ils n’étaient que 15 %, dévoilant ainsi leur vision sur leur présence à termes.
Mgr Guillaume Bruté de Rémur, un Français qui vit au Liban depuis plus de 20 ans, est le témoin malgré lui de cette disparition lente mais réelle des chrétiens. Il fait partie des 25 000 Français qui se sont établis au Liban. Il est le recteur du séminaire Redemptoris Mater, et tente ainsi d’inverser la tendance, avec ses 11 séminaristes. Il est, en ce moment, aux portes du palais présidentiel, là où se rend le Pape à 16h00, à l’invitation du Président Joseph Aoun.
Mgr Guillaume « attend du Pape une parole forte qui nous envoie en mission dans ce pays qui a tant besoin d’une vision missionnaire, et non pas d’une vision limitée, identitaire. »
Autour de lui, des centaines de jeunes portent des drapeaux, des fanions, aux couleurs du pays : rouge et blanc avec le cèdre du Liban, en son cœur ; et jaune et blanc, aux couleurs du Vatican. Ils disent d’un seul cœur : « Oui, nous voulons la Paix, et nous voulons que le Pape nous envoie en Mission ! » Quel dynamisme, quelle foi, quelle joie sur la route fermée aux voitures et remplit de pèlerins. Les guitares sont de sortie et les chants fusent. La foi et la joie s’affichent sur tous les visages, en montant vers le palais.
Le temps béni des visites papales
Avant Léon XIV, il faut remonter à Paul VI, pour voir le premier « homme en blanc », comme les appelait l’artiste-chanteur Pierre Bachelet : « Il arrive, il descend l’homme en blanc… » Oui, le premier chef de l’Eglise catholique à fouler la terre libanaise en 1964 est bien Paul VI. On l’a vite oublié car il ne s’agissait pas le 2 décembre 1964 d’une visite apostolique, mais plutôt d’une escale ! Il se rendait en Inde pour le Congrès eucharistique de Bombay. Par contre, comme le Pape Léon XIV, toutes les cloches des églises libanaises ont sonné comme jamais. En 1964, le Liban est encore la Suisse du Proche-Orient. Beyrouth ressemble, alors, à Nice et même à Paris, avec ces rues de la capitale portant des noms bien français : avenue du general de Gaulle, avenue de Paris, avenue des Français, rue Foch, rue Gouraud (du nom du général signataire du mandat français de 1920), rue Monot, rue Pasteur, rue Huvelin (du nom du professeur d’histoire co-fondateur de la faculté de droit de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth en 1913), etc.
Après lui, Jean-Paul II fera une visite historique qui est restée dans les mémoires.

Le Pape Jean-Paul II : le pape de la jeunesse !
Les premiers mois du pontificat de Jean-Paul II sont marquées par une des pages les plus tragiques du Liban, écrite avec le sang des hommes : celle des guerres de 1975 à 1990. Elles firent des centaines de milliers de victimes. Les 18 communautés religieuses sont touchées en plein coeur et s’entredéchirent. Le vivre-ensemble libanais, à cause des Palestiniens et de Yasser Arafat qui veut faire du Liban son bastion, saute en éclat. Cette guerre sera multiple et fratricide chez les chrétiens et les musulmans.
7 ans après, le Pape Jean-Paul II se rend au Liban en 1997. Il y exhorte la jeunesse à jeter des ponts entre les communautés. Celui qui a fait chuter le socialo-communisme en Europe de l’Est, en commençant par la Pologne, son pays natal, puis, la Russie est un vrai lutteur. Le lutteur de Dieu a fait chuter le Mur de Berlin en 1989. Il est rempli d’espérance et de force. Il croit profondément que le Liban est un « pays messager ».
Le Liban « est bien plus qu’un pays : c’est un message de liberté et un exemple de pluralisme pour l’Orient et l’Occident. »
Un message qui n’a pas pris une ride !
« Il vous appartient de faire tomber les murs qui ont pu s’édifier pendant les périodes douloureuses de l’histoire de votre nation ; n’élevez pas de nouveaux murs au sein de votre pays. Au contraire, il vous revient de construire des ponts entre les personnes, entre les familles et entre les différentes communautés. Dans votre vie quotidienne, puissiez-vous poser des gestes de réconciliation, pour passer de la méfiance à la confiance ! Il vous revient aussi de veiller à ce que chaque Libanais, en particulier chaque jeune, puisse participer à la vie sociale, dans la maison commune. Ainsi naîtra une nouvelle fraternité et se tisseront des liens solides, car pour l’édification du Liban. »
Benoît XVI en 2012
A son tour l’homme en blanc se rend au Liban, du 14 au 16 septembre 2012, il y a 13 ans. Ses mots clés : dialogue, foi, fraternité. Comme son prédécesseur, lors de la cérémonie d’accueil, le Pape n’a pas oublié les « évènements tristes et douloureux » qui ont affligé le pays pendant de nombreuses années. Il a, également, évoqué le modèle libanais du « pays messager ». Il insiste sur la vocation spéciale du Liban : « La coexistence heureuse du Liban doit démontrer à tout le Moyen-Orient et au reste du monde qu’au sein d’une même nation, il est possible de collaborer entre les différentes Églises, toutes les composantes de l’unique Église catholique, dans un esprit de communion fraternelle avec les autres chrétiens, et, en même temps, de coexister et de dialoguer dans le respect mutuel entre les chrétiens et leurs frères et sœurs d’autres religions. »
C’est cette paix que les 4 papes sont venus apporter ici au Liban.

Un programme en forme de course de fond
L’avion du Pape Léon XIV a atterrit à 15h39, ce dimanche 30 novembre 2025. A 15h53, l’homme en blanc descend calmement l’escalier mobile. Il a cessé de pleuvoir. Les drapeaux du Vatican et du Liban flottent au vent, autour du cockpit de l’avion bleu d’Ita Airways, qui a fêté ses 5 ans le 11 novembre. En bas des 17 marches qu’il descend calmement le Président Joseph Aoun et son épouse, Neemat, l’attendent.
Puis, direction le palais présidentiel de Baabda habillé pour la circonstance aux couleurs du Pape, avec son effigie. La foule des pèlerins le salue tout au long de la route fermée à la circulation qui relie l’aéroport du palais.
Il est 17h10, quand il passe les portes du palais. Il s’est remis à pleuvoir.
L’attendent ministres et députés, religieux et personnalités du monde diplomatique. Ensuite, il dînera au palais avant de rejoindre, pour la nuit, la Nonciature apostolique qui se situe à Harissa, à quarante-cinq kilomètres de Baabda. Il est à deux pas du célèbre sanctuaire marial où se rendent religieusement les Libanais, toute religion confondue.
Lundi, sa course de fond commence véritablement avec son pèlerinage au monastère Saint-Maron d’Annaya, là où le saint maronite le plus célèbre du monde entier, saint Charbel, a vécu comme ermite au 19è siècle. Depuis sa mort, en 1898, des milliers de miracles, des conversions et des guérisons, ont fleuri dans le monde. Il sera accompagné du patriarche des Maronites, Béchara Boutros Rahi.
Puis, en fin de matinée, vers 11h45, il se rendra au sanctuaire de Notre-Dame du Liban à Harissa, où il rencontrera les évêques, les prêtres, les personnes consacrées et des laïcs.
Visite du Pape Léon XIV au Liban à suivre…

Reportage réalisé par Antoine BORDIER
Copyright des photos A. Bordier et Mgr G. Bruté de Rémur
