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L'Eglise : Vie de l'Eglise

La communion hiérarchique des évêques est-elle de droit divin?

La communion hiérarchique des évêques est-elle de droit divin?

Le père Louis-Marie de Blignières est le fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier. Il est docteur en philosophie, auteur de plusieurs livres de spiritualité et de théologie, et il a écrit de nombreux articles sur la situation de l’Église. 3 semaines avant l’annonce de nouveaux sacres par la FSSPX, il avait publié dans Sedes Sapientiæ (n°174 daté de décembre 2025) un article sur la question (en général) des sacres en dehors de la communion hiérarchique :

Dès juin 1987, Sedes Sapientiæ avait publié une étude approfondie sur le problème de l’épiscopat reçu sans mandat : Réflexions sur l’Épiscopat autonome. Sedes Sapientiæ, Supplément doctrinal n° 2. Cette étude est disponible en ligne. Dans le présent article, nous traitons le point particulier de savoir si cette question relève seulement du droit ecclésiastique, ou bien du droit divin.

Depuis quelque temps, des théologiens avancent que l’interdiction de conférer l’épiscopat sans mandat pontifical serait une loi purement ecclésiastique, et, à ce titre, susceptible de changer ou de connaître des exceptions. Il y a là une part de vérité. Mais il faut éviter de confondre la constitution même de l’Église et les normes juridiques qui l’expriment et la protègent. La première est immuable, les secondes peuvent évoluer. La constitution divine de l’Église comporte, selon la volonté du Christ qui a envoyé les apôtres, que l’épiscopat de ceux qui succèdent aux apôtres soit, non un simple agrégat de prélats dotés de certains pouvoirs, mais un véritable Corps.

Enseignement du magistère

Le concile de Trente est explicite dans son affirmation que l’ordre hiérarchique des évêques est de droit divin.

Le saint concile déclare que […] les évêques, en qualité de successeurs des apôtres, appartiennent principalement à l’ordre hiérarchique; qu’ils ont été établis par le Saint-Esprit, comme dit saint Paul (Ac 20, 28), pour gouverner l’Église de Dieu. […] Si quelqu’un dit que […] ceux qui n’ont été, ni légitimement ordonnés, ni envoyés par la puissance ecclésiastique canonique, mais sont venus d’ailleurs, sont de légitimes ministres de la parole et des sacrements, qu’il soit anathème.

Le pape Pie IX s’est fait l’écho des Pères de l’Église et du magistère de beaucoup de ses prédécesseurs en enseignant cet aspect particulier de la communion hiérarchique : la nécessité de la communion actuelle des évêques au siège apostolique de Rome.

La doctrine catholique la plus élémentaire nous apprend que personne ne peut passer pour évêque légitime s’il n’est pas rattaché par la communion de foi et de charité à la pierre sur laquelle a été bâtie l’Église du Christ, s’il n’adhère pas au pasteur suprême auquel ont été confiées, pour les conduire au pâturage, toutes les brebis du Christ, s’il n’est pas lié à celui qui confirme ses frères qui sont en ce monde; et sans contredit, « c’est à Pierre que le Seigneur a parlé, à un seul afin de fonder sur un seul l’unité ».

Le fait que Pie IX parle d’adhésion et de lien indique clairement qu’un évêque légitime ne peut se contenter d’une allégeance verbale quelconque («Je vous reconnais comme pape »), mais qu’il doit être dans une vraie relation hiérarchique avec le pape. Le renvoi aux paroles du Christ montre qu’il est de droit divin que les nouveaux évêques soient sacrés et qu’ils exercent leurs fonctions dans la communion hiérarchique du corps des évêques, structurée autour du Souverain Pontife. Ceci est manifesté par le fait que le nouvel évêque est sacré par plusieurs autres évêques. Il y a une exception : dans le cas du sacre d’un évêque par le Souverain Pontife, celui-ci peut légitimement sacrer sans évêques co-consécrateurs. Cela souligne le rôle particulier du pape au sein du corps des évêques.

Dans l’Antiquité chrétienne, le choix du peuple d’un diocèse était ratifié par la hiérarchie locale, souvent le métropolite et les évêques co-provinciaux. Le souci de communion se traduisait par l’envoi de lettres au pape de Rome et aux autres patriarches. Ce processus (variable selon les lieux et les époques) était la formulation canonique de l’exigence de droit divin de la communion hiérarchique dans l’épiscopat. Aucun sacre ne se faisait en tout cas contre la volonté du pape. C’est d’ailleurs une conséquence logique de ce qu’affirme saint Paul dans son épître aux Romains : «Comment prêcher, sans être d’abord envoyé ? » (Rm 10, 14). Il est clair en effet qu’un évêque sacré contre la volonté du chef du corps épiscopal n’est pas «envoyé ».

Enseignement de théologiens classiques récents

«De droit divin – écrit l’abbé Berto, théologien (peritus) de Mgr Lefebvre durant le concile Vatican II –, les évêques, même dispersés, sont un corps constitué dans l’Église. »

Les membres de ce corps reçoivent et exercent leurs pouvoirs dans la communion hiérarchique. Cette notion de communion hiérarchique est considérée comme centrale pour le corps épiscopal par un auteur aussi classique que Dom Adrien Gréa dans son maître livre L’Église et sa divine constitution. Elle a été enseignée par le magistère à Vatican II. L’abbé Dulac, théologien et canoniste qui fut parmi les premiers défenseurs de la liturgie traditionnelle, écrit, commentant le n° 21 de Lumen gentium :

Cette transmission, en continuant l’authentique « succession apostolique », scelle la légitimité à la fois du sacre et des fonctions. Elle est garantie officiellement par la « communion hiérarchique» dont parle la Nota explicativa. En dehors de ces enchaînements à la fois sacramentels et juridiques, il n’y a que ce que saint Cyprien et saint Léon appellent un «pseudo-épiscopat».

La doctrine catholique, de mieux en mieux explicitée, affirme que le successeur de Pierre est la tête du corps des évêques. C’est pourquoi, chez les latins, le droit divin de la communion hiérarchique a été traduit depuis longtemps par la nécessité canonique du mandat apostolique. Chez les orientaux, dès la plus haute Antiquité, le consentement collégial et l’aspect hiérarchique de l’ordre épiscopal sont présents et manifestés dans la liturgie de la consécration épiscopale. Dans la discipline orientale actuelle, cette communion hiérarchique se traduit par l’élection des évêques par le synode de leur Église et par la concession de la «communion ecclésiastique» de la part du pape aux nouveaux patriarches.

La différence avec le cas des simples prêtres

Transmettre et exercer l’épiscopat pose un problème particulier, qui n’existe pas pour la transmission du presbytérat (sacerdoce des simples prêtres). L’épiscopat comporte de soi les pouvoirs d’ordre, de juridiction et de magistère, alors que le presbytérat ne comporte de soi que le pouvoir d’ordre, et c’est par délégation que le prêtre peut exercer les pouvoirs de juridiction et de magistère. L’évêque est un «prince» de l’Église. «L’évêque – écrit saint Thomas – a un ordre par rapport au Corps mystique du Christ, qui est l’Église, sur laquelle il reçoit une charge principale et quasi royale. »

L’épiscopat est hiérarchique par nature. Ce qui le différencie du simple sacerdoce est son ordination au Corps mystique. Comme l’écrit un commentateur de saint Thomas : «L’évêque a un ordre relatif au Corps mystique du Christ, qui est l’Église ; relativement au Corps physique du Christ, l’évêque n’a pas d’ordre au-dessus du prêtre. » Par son ordination essentielle au Corps mystique, l’épiscopat est l’élément fondamental avec lequel est bâtie la hiérarchie de l’Église. En lui s’unifient les deux raisons diverses selon lesquelles s’ordonne l’unique hiérarchie de l’Église : l’ordre et la juridiction. L’unité de ces deux aspects existe dans l’épiscopat qui, par institution divine, prend place simultanément dans la hiérarchie d’ordre et dans la hiérarchie de juridiction.

En conséquence, par un sacre en dehors de la communion hiérarchique, c’est l’unité hiérarchique de l’Église catholique qui est mise en cause. Faire un évêque, c’est faire une hiérarchie. Si cet évêque n’est pas consacré avec l’accord du pape – fondement de la hiérarchie catholique –, c’est une autre hiérarchie qui est faite.

Selon la volonté du Christ, l’épiscopat est destiné à paître une partie du troupeau, et il a le pouvoir de se perpétuer, en sacrant de nouveaux évêques capables à leur tour de sacrer. C’est pour cela qu’en lui-même un sacre épiscopal en dehors de la communion hiérarchique constitue un « très grave attentat à l’unité même de l’Église», selon la formule de Pie XII. Une fois ce pouvoir de se perpétuer acquis, un groupe dissident a le moyen de continuer dans un séparatisme dont personne ne verra la fin, et il n’a plus de raison de rechercher l’unité. Dans l’histoire, la plupart de ces groupes dissidents ont en effet essayé d’obtenir l’épiscopat pour garantir leur autonomie.

Ainsi, au XVIIIe siècle, les ordinations épiscopales conférées sans lien avec Rome par un évêque français, Mgr Dominique-Marie Varlet, furent à l’origine du schisme d’Utrecht. Les évêques issus de ce schisme consacrèrent au XIXe siècle des Vieux-catholiques qui refusaient le concile Vatican I. L’«union d’Utrecht » regroupe aujourd’hui des centaines de milliers de fidèles en Europe. De fait, les sacres «autonomes » consolident la séparation car, une fois doté d’évêques, le groupe peut former une petite Église parallèle dotée de tous les sacrements. Un contre-exemple éloquent est celui des catholiques qui refusèrent le concordat de 1801 entre Napoléon Bonaparte et le Saint-Siège. La «Petite Église» anticoncordataire se prolongea quelques décennies en France. Son dernier chef de file, Mgr de Thémines, ancien évêque de Blois, refusa toujours de sacrer des évêques et même d’ordonner des prêtres pour éviter de créer une Église schismatique.

Fr. Louis-Marie de Blignières

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