De Bruno de Seguins Pazzis pour Le Salon beige :
Le président de la République italienne Mariano De Santis est désormais âgé et arrive au terme de son mandat. Veuf, ancien juriste et profondément catholique, il se trouve confronté à deux derniers dilemmes : accorder la grâce à deux personnes qui ont commis un meurtre dans des circonstances pouvant être considérées comme atténuantes et promulguer la loi sur l’euthanasie…
Avec : Toni Servillo (Mariano De Santis), Anna Ferzetti (Dorotea De Santis), Orlando Cinque (colonel Massimo Labaro), Massimo Venturiello (Ugo Romani, ministre de la justice), Milvia Marigliano (Coco Valori, l’artiste amie de Mariano De Santis), Giuseppe Gaiani (le général Lanfranco Mare), Giovanna Guida (Valeria Cafiero), Alessia Giuliani (Maria Gallo), Roberto Zibetti (Domenico Samaritano), Linda Messerklinger (Isa Rocca), Vasco Mirandola (Cristiano Arpa), Rufin Doh Zeyenouin (Le Pape), Francesco Martino (Riccardo De Santis), Alexandra Gottschlich (L’ambassadrice lituanienne), Guè (lui-même). Scénario : Paolo Sorrentino. Direction de la photographie : Daria D’Antonio.
Récompense : Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine pour Toni Servillo à la Mostra de Venise (2025).
Pour son onzième long métrage le talentueux Paolo Sorrentino plonge à nouveau le spectateur dans le monde du pouvoir politique. Mais après Il divo (2008), son quatrième long métrage dans lequel il instruisait le procès à charge de Giulio Andreotti, sept fois président du conseil, vingt-cinq fois ministre, en cuisinant « una insalata mista » fortement assaisonnée avec de la farce, du drame, de l’outrance, de la sobriété et des effets visuels à satiété, Paolo Sorrentino choisit la fiction totale en forme de fable. La Grazia ambitionne de nous parler du poids du pouvoir, du doute qui peut envahir un président imaginaire de la République italienne au moment de prendre des décisions graves, et ici, assurément, et s’agissant d’euthanasie, d’une gravité exceptionnelle. Et donc, le cinéaste, dans une déambulation dans les couloirs présidentiels, déambulation longue, lente et mélancolique de son personnage taraudé par le souvenir de son épouse décédée quelques années auparavant, qui l’a trompé il y a quarante ans, mais qu’il aime toujours autant, pose au détour de deux scènes la question essentielle « A qui appartient notre vie ? ». Mais il esquive la réponse par une rencontre avec le Pape qui lui assure après une sorte de confession qu’il à « la Grazia » et que la grazia c’est la beauté du doute… Curieux pour le moins, en tous les cas abscons ! Mais plus encore, cette grâce (attention, il faut bien suivre), après des échanges philosophiques assez fumeux (exemple : « Si je ne signe pas la loi, je suis un tortionnaire, si je la signe, je suis un assassin ») avec divers personnages rencontrés dans des circonstances tout aussi diverses et destinées à « balader » le spectateur, se résume à se sentir léger au point d’être en apesanteur comme le suggère le dernier plan du film. Si pour le cinéaste la grâce se résume à se sentir en apesanteur, et surtout après avoir finalement signé la loi autorisant l’euthanasie, le spectateur a de quoi se sentir floué, pour ne pas dire méprisé. Pour arriver à cette « grâce », il lui faut supporter beaucoup de pesanteur, de redondance d’une stérilité confondante mais également des provocations « boboisantes » comme ces deux scènes avec un pape de couleur noir qui, plus qu’au cardinal Robert Sarah, ressemble à un Nelson Mandela au cheveux crépus et longs, coiffés en queue de cheval, ou cette scène dans le manège équestre du Quirinal avec en fond d’écran cette inscription sur la facade « virtus in periculis firmium », ou encore cette déambulation via Condotti au centre de Rome avec un robot animal qui précède le président ayant quitté ses fonctions et rentrant à pieds chez lui.
Bref, du sous Fellini. Une fois de plus, comme dans son précédent long métrage, Parthenope (2024), Paolo Sorrentino passe complètement à côté du sujet, se laissant aller à ses fantasmes boursouflés qui ressortent plus du delirium d’un bourgeois décadent que d’une imagination artistique baroque et féconde et rabaisse son film au niveau d’une autosatisfaction complaisante et même coupable s’agissant de la gravité du sujet. Et comme sur le plan esthétique la richesse visuelle n’est pas au niveau de ses œuvres précédentes, pour faire tenir le spectateur pendant ces deux heures dix, il faut bien tout le talent de Toni Servillo, mais aussi pour être honnête celui d’Anna Ferzetti qui met un peu d’ambiance dans le palais du Quirinal pour sauver partiellement la mise. Beaucoup de pesanteur, très peu de grâce.
