La Cour suprême des Etats-Unis, dans une décision du 31 mars, a donné raison à la psychologue Kaley Chiles qui entend suivre des patients transgenres mineurs sans obéir à la règle de l’« affirmation de genre » systématique. Elle a pour cela convoqué le premier amendement de la Constitution américaine sur la liberté d’expression. Selon elle, la loi actuelle du Colorado contre les « thérapies de conversion » empêche les professionnels de santé mentale d’exercer leur métier librement – et en accord avec l’intérêt des jeunes patients.
Le Colorado interdit les « thérapies de conversion » depuis 2019, les définissant comme des « pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne ». Plus de 20 Etats ayant la même législation sur le sujet, dont la Californie et de nombreux Etats de la côte est, la décision de la Cour suprême pourrait avoir des conséquences majeures. La France a voté une loi similaire, à l’unanimité, en janvier 2022.
Ces textes de loi partent d’un présupposé : l’orientation sexuelle et l’« identité de genre » participeraient de la même logique et la « thérapie de conversion » s’appliquerait de la même manière et avec les mêmes effets sur une personne homosexuelle et une personne transgenre.
Or la « transidentité » ne répond pas de la même logique que l’orientation sexuelle. Une personne est considérée comme transgenre dès lors qu’elle affirme que son « identité de genre » ne correspond pas à son « sexe assigné à la naissance ». Une « transition de genre » est synonyme de traitement hormonal voire chirurgical, avec des conséquences irréversibles.
Comme l’explique Pauline Arrighi dans Les Ravages du genre, nous savons que dans une grande majorité des cas, ce mal-être adolescent interprété comme de la dysphorie de genre se résout de lui-même après la puberté, sans passer par une transition. Face à une demande de « transition de genre », un professionnel de la santé mentale doit s’interroger sur les mécanismes qui poussent un jeune patient à vouloir modifier son identité voire son corps. Ce mal-être peut être une interprétation de symptômes de divers troubles comme le trouble autistique ou la dissociation traumatique, aggravés par l’isolement social et l’utilisation des réseaux sociaux. Les psychologues et psychiatres doivent pouvoir explorer ces causes possibles avec chacun de leurs patients, en toute liberté. Ce n’est pas vouloir « modifier leur identité de genre » que de chercher les causes de leur souffrance pour la soulager.
L’une des huit juges assesseurs de la Cour suprême, Elena Kagan, considère dans une opinion individuelle que la loi du Colorado devrait laisser coexister les deux thèses en vigueur : celle de l’« affirmation de genre » systématique mais aussi la thèse de la prudence et de la recherche des causes de la demande de transition. Le principe de la liberté d’expression serait alors selon elle respecté.
La psychologue Kaley Chiles ne le pense pas. Elle déplore en effet qu’au contraire, les parents ont du mal à trouver des thérapeutes qui auront une vraie discussion avec leur enfant.
« Les psychothérapeutes ne devraient pas être obligés de se faire les promoteurs des directives de l’Etat sur la transition de genre, qui mènent le plus souvent vers des traitements hormonaux et chirurgicaux néfastes ; je suis soulagée de voir ma liberté d’expression protégée, mais surtout de voir que les familles qui souhaitent rencontrer des thérapeutes qui respectent la réalité biologique seront en mesure de le faire et de recevoir l’aide dont elles ont besoin. »
Source : Gènéthique
