Le jeune peintre Augustin Frison-Roche, qui est en train de réaliser les peintures de la nouvelle église Saint-Joseph à Voisins le Bretonneux, a été interrogé dans l’Incorrect. Extrait :
Êtes-vous d’accord pour dire qu’au départ de tout geste artistique, il y a un sentiment religieux ?
Quand on se penche vraiment sur l’histoire de l’art, on voit qu’effectivement tout est religieux. On commence avec des tombes, des temples et le constat qu’on fait, c’est vraiment que l’art naît de la religion, naît du besoin de formaliser un rite. L’art réside dans cette dimension double, à la fois transcendante et pratique, de recréer un monde conformément à une vision. Car il n’y a pas de sociétés traditionnelles sans Dieu, sans spiritualité. Toutes les sociétés traditionnelles partent de ce constat : il y a un réel visible et un réel invisible. Et si on veut représenter le monde tel qu’il est vraiment, il faut représenter le réel visible et le réel invisible. L’art permet cette double représentation. Aujourd’hui dans un monde de plus en plus matérialiste, l’art garde quelque chose de cela. L’artiste ne peut pas s’empêcher finalement de recréer un monde conforme à son désir. […]
J’aimerais ajouter un autre aspect, qui fonde le rapport spécifique du christianisme à l’art : la parabole. C’est ce que dit le sculpteur Henri Charlier par exemple. On y retrouve cette réconciliation entre deux mouvements : l’incarnation et la résurrection. La parabole est justement ce moment du langage qui permet de passer de l’un à l’autre. Quand le Christ parle en paraboles, il évoque finalement des faits divers, des histoires triviales, très prosaïques, pour évoquer les plus grands mystères que sont la résurrection ou la miséricorde de Dieu par exemple. Là encore, on peut voir ça comme une sorte de manifeste artistique. Les sculpteurs, les peintres s’inscrivent dans cette méthode, qui consiste à utiliser des matériaux grossiers pour évoquer les plus hautes images. […]
