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Pays : Israël

Le conflit israélo-palestinien et la victoire d’Israël

Le conflit israélo-palestinien et la victoire d’Israël

D’Antoine de Lacoste dans Le Nouveau Conservateur :

A l’occasion de la présentation de son plan de paix, Donald Trump a déclaré dans un entretien avec le Time : « Eh bien, vous savez, vous avez 3000 ans d’histoire, et, dans le cas du Moyen-Orient, il y a une haine énorme, un mépris énorme, une méfiance énorme entre tout le monde. »

Pour comprendre le conflit israélo-palestinien, il n’est pas nécessaire, comme le fait Donald Trump, de remonter si loin dans l’histoire puisque les acteurs actuels n’étaient pas tous là. Pour synthétiser, deux dates sont essentielles : 70 après Jésus-Christ, et la victoire de l’Empereur romain Titus avec la destruction du deuxième Temple qui l’accompagna. La terrible répression qui suivit, faite pour mater une fois pour toutes les révoltes juives, entraîna la dispersion du peuple juif qui, dans sa grande majorité, quitta la Palestine et s’installa dans d’autres régions du Proche et du Moyen-Orient. La seconde date essentielle est 636 et la bataille du Yarmouk. Cette année-là, les cavaliers arabes sortis des sables du désert vainquirent l’armée byzantine le long de ce fleuve qui borde la Syrie, la Jordanie et Israël avant de se jeter dans le Jourdain.

Les chrétiens de l’Empire byzantin n’auraient jamais dû perdre cette bataille. Les divisions, le manque de combativité des mercenaires et la sous-estimation de cet adversaire à la religion inconnue, entraîna la défaite et la conquête du Proche-Orient et du Moyen-Orient par ces bédouins, davantage connus comme des pillards ataviques que comme les représentants d’un nouveau monde. Dès lors, la Palestine s’arabisa et s’islamisa. Les Byzantins furent progressivement repoussés vers le nord et, après l’échec des croisades, les Mamelouks, Egyptiens d’adoption, puis les Ottomans, dominèrent la région jusqu’au XXe siècle.

C’est alors qu’un homme, Théodore Herzl, conçut, avec quelques intellectuels ou activistes juifs, le projet d’organiser le retour du peuple hébreu sur sa terre de l’Ancien Testament. En 1897, le Congrès de Bâle acta la création de l’Organisation sioniste mondiale dont l’objectif était clairement la création d’un Etat d’Israël.

L’affaire était ambitieuse : au recensement ottoman de 1849, sur 350 000 habitants, on décompta 85% de musulmans sunnites, 11% de chrétiens et 4% de Juifs. Pourtant, l’appel de Herzl fut entendu et un mouvement d’émigration commença, venant notamment de Russie, de Pologne et d’autres pays d’Europe de l’est. Ces nouveaux arrivants n’étaient guère pratiquants. Ils étaient même pour certains très orientés vers le socialisme ou le marxisme. Leur identité juive ne se confondait que rarement avec une identité judaïque.

Influencés par les idées collectivistes, ils s’orientèrent vers la mise en commun des moyens de production. En 1909, la première ferme collective, le kibboutz, vit le jour. L’immigration continua et, en 1914, sur 800 000 habitants, 10% étaient juifs.

En 1917, deux évènements changèrent l’histoire. Tout d’abord, la célèbre déclaration Balfour qui promettait un foyer national au peuple juif. Cette « déclaration » était en réalité une lettre adressée par le ministre anglais des Affaires étrangères à Lord Rothschild. Pourquoi une telle démarche ? Il y eut de multiples raisons mais au premier chef on peut citer le souci d’affaiblir l’Empire ottoman par la création d’un Etat juif ami de la Grande-Bretagne, ainsi que la sympathie messianique des protestants anglais, persuadés que l’arrivée du peuple juif en Israël préluderait au retour du Christ sur terre selon leur lecture de l’Ancien Testament. On retrouve aujourd’hui cette idée chez les Evangéliques américains, grands soutiens de Donald Trump.

Le problème, c’est que les Britanniques, peu embarrassés par des engagements multiples et contradictoires, avaient promis aux Arabes une Palestine indépendante en échange de leur soulèvement contre les Turcs. Lawrence d’Arabie fut un des messagers (de bonne foi lui) de cette promesse.

Les Anglais ont donc aidé au retour des juifs en Israël tout en promettant l’indépendance de la Palestine aux arabes. Or, il s’agit peu ou prou du même territoire. A ce niveau de duplicité, on reconnaît bien la Grande-Bretagne.

Alors que les Arabes attendaient naïvement la réalisation de la promesse anglaise et n’avaient pas encore perçu la nouvelle menace, les Juifs s’activaient. Sachant fort bien qu’ils seraient toujours minoritaires, ils décidèrent très vite d’utiliser la force, seul moyen d’arriver à leur fin : la création de l’Etat d’Israël.

En 1920, la première milice paramilitaire juive fut créée : la Haganah. Son but était de protéger les communautés juives et de poser les bases d’une future armée. Elle fabriquait clandestinement des armes et recevait de l’argent de la diaspora américaine. Certains militants sionistes la jugèrent trop modérée et créèrent l’Irgoun en 1931 dont un des chefs emblématiques fut Menahem Begin, futur premier ministre.

La montée en puissance et la militarisation de la communauté juive commença à inquiéter sérieusement les Arabes qui exigèrent des Britanniques l’indépendance promise. N’obtenant rien, comme prévu, ils lancèrent une grande révolte de 1935 à 1939. Elle échoua et la répression britannique fut très violente. Pragmatique, la Haganah donna un coup de main à son meilleur ennemi anglais. Pour apaiser les tensions, une fois la répression achevée, les Anglais renouvelèrent aux arabes leur promesse d’indépendance sans, bien sûr, avoir la moindre intention de tenir leur parole.

Pendant la seconde guerre mondiale, de nombreux membres des milices juives s’engagèrent dans l’armée britannique, espérant ainsi négocier plus facilement une indépendance à leur profit. En vain. Les Anglais étaient toujours décidés à rester.

Alors l’Irgoun frappa. Le 22 juillet 1946 elle fit exploser une bombe au King David, l’hôtel emblématique de Jérusalem, siège du quartier général britannique. Il y eut 91 morts : des Arabes, des Juifs et des Britanniques, officiers de l’armée et des services de renseignement. Derrière l’attentat, qui souleva une indignation mondiale, deux futurs premiers ministres israéliens : Menahem Begin et Yitzhak Shamir. La répression fut rude et plusieurs membres de l’Irgoun furent pendus. Mais les Anglais comprirent qu’ils avaient perdu et que l’Irgoun pourrait recommencer à tout moment. En 1947, ils remirent leur mandat à l’ONU. Celle-ci proposa rapidement un partage de la Palestine en deux Etats fragmentés sur huit territoires. Les arabes refusèrent ce plan, trop compliqué de toutes façons.

Dès lors les évènements se précipitèrent pour prendre un cours irréversible. Les milices juives commencèrent à attaquer des villages palestiniens pour en chasser les habitants. Les communautés palestiniennes d’Haïfa ou de Jaffa connurent le même sort. En mars 1948, la Haganah lança le plan Dalet, organisant le processus d’expulsion qui prit un tour massif. Le point d’orgue fut le massacre de Deir Yassine, le 9 avril 1948. Des miliciens juifs massacrèrent tout un village afin de terroriser les Palestiniens et accélérer l’exode. Cette tuerie fut longtemps niée par Israël mais les confessions récentes de miliciens encore vivants, devenus nonagénaires, ont fait éclater la vérité et provoqué une belle empoignade médiatique en Israël.

Pour les Palestiniens, cette période est la Nakba, la catastrophe en arabe. Pour eux, commença le temps de l’exil, des camps, de tentes puis en dur, installés au Liban, en Jordanie ou en Syrie.

Dans la foulée de la Nakba, David Ben Gourion, chef politique des Juifs, proclama l’Etat d’Israël le 14 mai 1948. Ce coup de force inattendu fut couronné de succès. Les Etats-Unis et de nombreux pays occidentaux reconnurent le nouvel Etat. Même l’Union soviétique eut la même démarche peu après. Chez les pays arabes, l’indignation l’emporta. L’Egypte et la Jordanie attaquèrent, ce fut la première guerre israélo-arabe. Il est courant de lire aujourd’hui que cette guerre fut remportée par la nouvelle armée israélienne, née de la fusion des milices qui venaient d’organiser la Nakba.

En réalité, le but de la Jordanie n’était pas vraiment d’attaquer Israël mais plutôt de profiter de la confusion générale pour annexer la Cisjordanie, ce qu’elle fit tout en ajoutant Jérusalem Est à son tableau de chasse. Quant à l’Egypte, elle n’attaqua qu’à moitié également pour ne pas laisser le monopole de l’action à la Jordanie et se contenta de mettre la main sur la bande de Gaza. Elle décida de l’administrer sans l’annexer. La première guerre israélo-arabe n’eut donc pas vraiment lieu. Déjà, le monde arabe lâchait les Palestiniens.

Face à cette nouvelle configuration, sur fond de catastrophe humanitaire, l’ONU décida d’envoyer son émissaire le plus prestigieux : le Suédois Folke Bernadotte af Wisborg. Venant d’un pays neutre (une autre époque…), auréolé de la libération de milliers de juifs obtenus par de périlleuses négociations dans les camps même, Bernadotte arriva pour gérer les problèmes humanitaires et proposer un nouveau partage de territoires.

Mais c’était trop tard, l’Etat d’Israël existait et n’avait plus l’intention d’accepter un Etat palestinien à côté de lui. Bernadotte fut assassiné à Jérusalem le 17 septembre 1948 par des militants de l’organisation Stern. Un officier français, le colonel André Serot, présent à côté de Bernadotte, fut également assassiné. Le monde fut indigné, mais évidemment il ne se passa rien. Les auteurs de l’attentat ne furent même pas poursuivis et le chef du commando devint un des meilleurs amis du Président Ben Gourion. Dès 1948, Israël avait gagné.

Revenir un peu longuement sur cette période nous a semblé indispensable pour mieux comprendre les enjeux actuels du conflit israélo-palestinien. La méthode israélienne est la même : passer en force, sûr que le monde finira par accepter le fait accompli, et ne jamais revenir en arrière. Avec le parapluie américain, à la fois militaire et mystique, Israël n’a rien à craindre, même si Donald Trump est moins commode que Joe Biden. Mais c’est tout de même lui qui a reconnu Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu, lui octroyant ainsi un cadeau religieux inestimable.

La suite de la chronologie n’est qu’un déprimante et sanglante histoire, avec une conclusion immuable : Israël a gagné et les Palestiniens n’auront jamais d’Etat. Les Guerres des 6 jours (1967) et du Kippour (1973) furent des victoires israéliennes, l’une facile, l’autre douloureuse. La création du Fatah puis de l’OLP intervinrent trop tard. Le terrorisme de l’OLP ne servit à rien contrairement à celui des milices juives, très profitable. Il fut d’ailleurs utilisé encore par la suite. Les accords d’Oslo de 1993, seul avancée significative des dernières décennies permettant d’entrevoir un processus de paix, furent réduits à néant par l’assassinat du premier ministre israélien Yitzhak Rabin par un extrémiste juif. Ce dernier, contrairement à ses prédécesseurs, est toujours en prison : on peut tuer impunément des Palestiniens, un diplomate suédois ou un officier français mais tout de même pas un premier ministre israélien. Il est en prison, mais il a gagné : plus aucun premier ministre n’a osé relancer le processus initié par Rabin, car il sait qu’il y aura une balle pour lui.

A partir de 2004, après la mort de Yasser Arafat, chef de l’OLP, le combat palestinien va s’islamiser. Arafat, qui avait d’ailleurs épousé une chrétienne, tenait à l’aspect nationaliste de la cause palestinienne et il fut le seul chef d’envergure de la Palestine. Après lui, les Palestiniens n’eurent plus le choix qu’entre l’islamisme du Hamas et la corruption du Fatah. Pour Israël, c’est pain bénit, si l’on ose dire.

L’attaque du 7 octobre 2023 par le Hamas ne fit qu’accélérer la victoire d’Israël. Elle fut à l’aune de ce que sait faire l’islamisme : massacres gratuits sur des gens sans défense, prises d’otages inhumaines. Mais là encore, Israël sut saisir sa « chance » de raser Gaza et de terroriser les Palestiniens, tuant des dizaines de milliers d’entre eux. Les invraisemblables erreurs israéliennes qui ont permis le succès du Hamas le 7 octobre restent énigmatiques, mais finalement la ruine de Gaza et la recolonisation parallèle de la Cisjordanie servent les desseins d’un Netanyahou plus guerrier que jamais. Trump a fini par l’arrêter mais après la ruine de Gaza.

Que peut-il arriver maintenant ? Comme on l’a vu, Israël ne s’arrête jamais. Pour cet Etat, dont la violence est originelle, s’arrêter c’est reculer.

Alors Israël continue à avancer. Tout d’abord au Sud-Liban qu’il colonise sans le dire, ensuite au sud-ouest de la Syrie, sous prétexte de protéger ses amis druzes. Après l’annexion officielle, et bien sûr définitive, du Golan, ce sont quelques hectares supplémentaires qui sont ainsi grapillés et ne seront jamais rendus. Il faudrait un ordre formel des Etats-Unis pour que ce soit le cas et l’on ne voit pas bien pourquoi aujourd’hui il serait donné.

Netanyahou et ses alliés suprémacistes rêvent maintenant du fameux « Grand Israël », celui de l’Ancien Testament. Longtemps considéré comme un fantasme extrémiste, ce concept prend corps progressivement dans la société israélienne. Ainsi, la classe politique israélienne appelle de plus en plus la Cisjordanie « la Judée-Samarie ». Pendant l’invasion de Gaza, de nombreux soldats de Tsahal arboraient un écusson où la carte du Grand Israël était dessinée. Cette carte reprend les frontières actuelles de l’Etat hébreux en y rajoutant une partie du Liban, de la Syrie, de l’Irak, de l’Arabie saoudite et de l’Egypte, dont le Sinaï bien sûr.

Pour ces trois derniers pays, ce n’est évidemment pas possible pour l’instant, mais pour le Liban et la Syrie, en plein chaos, l’occasion semble belle.

Israël a gagné la guerre contre la Palestine, mais d’autres conquêtes sont à venir.

Antoine de Lacoste

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