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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Le recul du christianisme signe l’affaiblissement de la résistance occidentale aux doctrines antihumanistes

Le recul du christianisme signe l’affaiblissement de la résistance occidentale aux doctrines antihumanistes

D’Étienne-Alexandre Beauregard dans La Nef de janvier :

Cela ne date pas d’hier, les chrétiens conservateurs figurent parmi les courants politiques qui ont la plus mauvaise presse. On connaît la chanson: ils prôneraient le « retour à l’ordre moral », le rejet de la modernité et une vision rétrograde de la famille et de la société dans son ensemble. Encore à ce jour, la « droite chrétienne » sert d’épouvantail commode, qu’il était facile de critiquer pour marquer quelques bons points auprès des bien-pensants. Comme la politique serait plus simple sans ces moralistes et ces croyants, qui amènent leur vision du bien dans la cité! Pourtant, comme le chroniqueur Ross Douthat du New York Times le faisait remarquer dès 2016, il faut faire attention à ce que l’on souhaite: « Si vous n’aimez pas la droite religieuse, attendez de voir la droite post-religieuse ».

Nous y voilà désormais. Particulièrement aux États-Unis, nombre de tendances radicales ont en commun le rejet implicite ou explicite de la vision chrétienne de la dignité humaine et de l’attention aux plus vulnérables au profit d’une philosophie nietzschéenne marquée par le ressentiment, prônant la domination du fort sur le faible. C’est l’influenceur Nick Fuentes, qui ramène en grande pompe l’antisémitisme sur les réseaux sociaux. Ou Andrew Tate, proxénète converti à l’islam, qui rejette avec fracas la famille et le mariage au profit d’une malsaine domination de l’homme sur la femme. On oublie d’ailleurs que le phénomène MAGA, qui donne de l’urticaire aux progressistes depuis dix ans, fut d’abord porté par les Républicains athées ou non-pratiquants, qui sans être hégémoniques sont significativement plus nombreux que par le passé.

Il semblerait donc que sécularisme ne rime pas automatiquement avec progressisme, et encore moins avec humanisme. Au contraire, l’abandon du socle de valeurs qui fonde la civilisation occidentale ouvre la voie à tous les excès, pulsions et mauvais instincts de l’âme humaine. Trop souvent, on a oublié que le christianisme agit comme un garde-fou, en plaçant justement un cadre moral autour du politique, de manière à en limiter les pires débordements. Ce n’est pas un hasard si l’Église fut en première ligne de la résistance au communisme, et si elle fut l’un des seuls corps à protester contre l’euthanasie des personnes handicapées sous le IIIe Reich. Le recul du christianisme signifie aussi l’affaiblissement de la résistance occidentale aux doctrines antihumanistes, de gauche comme de droite. S’il y a bien une « radicalité » du christianisme dans le monde contemporain, c’est dans son opposition aux doctrines libérales et nietzschéennes qui ignorent la dignité intrinsèque de la personne humaine et les devoirs que nous avons tous envers les plus vulnérables. Alors que notre existence semble de plus en plus marchandisée, notamment dans le monde numérique, il faut des voix pour rappeler que l’argent ne devrait pas pouvoir tout acheter. Au moment où le lien social et la société civile dans son ensemble s’affaiblissent, particulièrement chez les jeunes générations, les chrétiens prônent toujours une existence enracinée et solidaire, dont l’attrait explique sans doute en partie la hausse marquée des baptêmes d’adultes en France. Surtout, à une époque où tout se vaut et où l’homme semble devenu la mesure de toute chose, certains doivent se lever pour rappeler qu’il existe encore quelque chose comme le bien et le mal.

Face aux conséquences concrètes du « postchristianisme » en politique, on mesure toute la naïveté de ceux qui ont cru qu’il serait plus facile, parfois même salutaire, de bannir la morale de la sphère publique pour la confiner au privé, voire à la conscience individuelle. Dans le débat politique, la « morale » est devenue un gros mot, utilisé presque exclusivement de manière péjorative, pour critiquer ceux qui assument défendre une vision du bien plutôt que de se cacher derrière la neutralité prétendue du relativisme. Pendant longtemps, elle demeurait de manière implicite, mais nous sommes désormais à même de voir vers quoi nos sociétés peuvent dégénérer lorsqu’elle est réellement supplantée. Selon les mots de Rémi Brague, il est temps de se rappeler que la réflexion morale est incontournable pour la « remettre à sa place », c’est-à-dire au cœur de la philosophie et du politique. Au final, il vaut mieux être gouverné par des gens qui défendent une vision morale que par ceux qui prétendent ne pas en avoir…

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1 commentaire

  1. Le mot ‘humanisme’ pose un problème. Par certains ‘mondains’, Sartre est vu comme un ‘humaniste’. Le débat se situe surtout : ‘Pour ou contre le baptême’, ‘Pour ou contre l’Eglise’, ‘Sans ferme lien visible ou invisible avec la vraie religion alors il n’y a pas d’homme debout et vivant possible dans le cosmos’. Dans un monde sécularisé, la vie en vérité se retire, disparaît ; le Dieu Humble se retire.

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