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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Le rétablissement du sous-diaconat contribuerait à mieux mettre en évidence la doctrine catholique du sacerdoce

Le rétablissement du sous-diaconat contribuerait à mieux mettre en évidence la doctrine catholique du sacerdoce

Extrait d’un article de l’abbé Thierry Blot, prêtre du diocèse de Belley-Ars, paru dans L’Homme Nouveau :

[…] Le sous-diaconat et les ordres mineurs – aujourd’hui supprimés dans la discipline liturgique et canonique « ordinaire » après le motu proprio Ministeria quaedam (1972) – n’étaient pas de simples fonctions pratiques ni des étapes décoratives sur le chemin du sacerdoce. Ils demeurent là où ils sont conservés, une véritable « montée » vers l’autel et, spécialement pour le sous-diaconat, un ordre sacré qui introduit déjà dans l’orbite stable du clergé majeur, avec des obligations graves : le célibat perpétuel et la récitation intégrale de l’Office divin.

Jusqu’au sous-diaconat, le séminariste a reçu la tonsure – signe de consécration – et les ordres mineurs : portier, lecteur, exorciste et acolyte. Ce sont des degrés préparatoires et nécessaires. Toutefois, le sous-diaconat marque un seuil : il ne s’agit plus seulement de servir ; il s’agit d’appartenir d’une manière définitive. Le sous-diacre touche le calice, prépare l’autel, chante l’épître, soutient le livre sacré, purifie les vases. Il ne consacre pas, mais il est déjà dans le cercle immédiat du Mystère divin. Il vit dans la pénombre sacrée du Saint des Saints, à un pas du feu de l’autel du Saint Sacrifice…

Dans sa Vie de Saint Dominique de Silos, au XIIIe siècle, Gonzalo de Berceo (v. 1198-1264) a peint la Scala sancta de quatre degrés sacrés :

Tel était comme l’argent le jeune portier,
L’argent devint or quand il fut épistolier,
L’or marguerite en évangélister,
Quand il devint prêtre il ressembla à l’étoile.

L’« épistolier » est ici le sous-diacre. Jusqu’alors, l’argent de celui qui monte les degrés a été poli : c’est la fidélité attentive dans les ordres mineurs. Mais quand il reçoit la charge solennelle de proclamer l’épître – d’être la voix de l’enseignement apostolique dans l’assemblée – l’argent devient or. Ce n’est pas encore la perle du diacre, ni l’étoile radieuse du prêtre ; mais c’est déjà de l’or. Un or qui ne brille pas pour lui-même, mais qui reflète une lumière plus grande. Il y a dans cette métaphore médiévale une théologie profonde : la grâce n’annule pas la nature ; elle la purifie et l’élève. L’argent ne disparaît pas : il se transfigure. Le jeune clerc, formé dans la discipline, éprouvé dans la fidélité, en assumant le sous-diaconat devient un homme de l’autel, un homme de la promesse irrévocable du célibat, un homme de l’Office divin.

La récitation de l’office divin

De fait, l’un des aspects les plus éloquents du sous-diaconat est que, dès ce moment, le candidat s’oblige au célibat perpétuel et à la récitation quotidienne de l’Office divin. Ce n’est pas une simple norme juridique : c’est un signe théologique. Le célibat n’est pas une renonciation triste, mais une anticipation eschatologique. Le sous-diacre déclare avec sa vie que le Christ suffit, que le Royaume de Dieu est réel, que l’autel est le cœur de son existence. Et l’Office divin – ce fleuve ininterrompu de psaumes, d’hymnes et de lectures – l’introduit dans la respiration même de l’Église. Dès ce jour, sa voix s’entrelace avec celle des moines, des vierges consacrées, des prêtres et des fidèles qui sanctifient le temps. Le sous-diacre commence à vivre, de manière stable, ce qui sera son identité future : un homme ordonné in sacris et séparé pour le sacrum, non pas séparé du monde, mais livré pour le salut des âmes depuis l’autel du Saint Sacrifice.

Le rétablissement du sous-diaconat et, peut-être a fortiori des ordres mineurs, pour les séminaristes de la discipline dite « ordinaire » contribuerait à mieux mettre en évidence la doctrine catholique du sacerdoce en illustrant clairement la continuité, la gradualité et la beauté symbolique de chaque degré vers le sacerdoce, ce prêtre de la Nouvelle et Éternelle Alliance qui offre le Saint Sacrifice in persona Christi capitis.

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