De Bruno de Seguins Pazzis à propos du film Les Dimanches, succès en Espagne, actuellement au cinéma :
Bilbao. Ainara, 17 ans, élève dans un lycée catholique, s’apprête à passer son bac et à choisir son futur parcours universitaire. A la surprise générale, cette brillante jeune fille annonce à sa famille qu’elle souhaite participer à une période d’intégration dans un couvent afin d’embrasser la vie de religieuse. La nouvelle prend tout le monde au dépourvu. Si le père semble se laisser convaincre par les aspirations de sa fille, pour Maite, la tante d’Ainara, cette vocation inattendue est la manifestation d’un mal plus profond …
Avec : Blanca Soroa (Ainara), Patricia López Arnaiz (Maite, la tante d’Ainara), Miguel Garcés (Iñaki, le père d’Ainara), Juan Minujín (Pablo), Nagore Aranburu (la mère prieure), Mabel Rivera (María Dolores). Scénario : Alauda Ruiz de Azúa. Directeur de la photographie : Bet Rourich.
Récompenses : Coquille d’or du 73e Festival international du film de Saint-Sébastien (2025), meilleur film dramatique, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure actrice, meilleure actrice dans un second rôle et meilleure bande annonce à la 13e cérémonie des prix Feroz (2026).
Le mot qui semble le mieux qualifier Les Dimanches, c’est, ambiguïté. Après s’être fait connaître en signant une mini-série, Querer (2025) qui traite du viol conjugal, la cinéaste basque Alauda Ruiz de Azua s’empare du sujet de la vocation religieuse dans l’Espagne du 21ème siècle. Nous pouvons parler d’ambiguïté, parce que si la cinéaste ne représente pas le point de vue « anti-religieux », principalement incarné par le personnage de Maite, la tante de la jeune Ainara, sous un jour spécialement favorable, on ne peut pas dire qu’elle en fait de même avec la communauté religieuse destinée à accueillir Ainara qui a fait part à sa famille de sa vocation religieuse.
Ainsi, après une mise en place de l’intrigue plutôt réussie, plus le film avance, plus le spectateur, éprouve des difficultés à y voir clair sur le but exact du propos. Critiquer de manière feutrée des mécanismes religieux qui captent des êtres au moment où ils sont fragiles ? En effet, la représentation de la communauté religieuse ne génère pas une empathie bien claire. Jeter un regard tout aussi critique sur une Espagne dont, malgré la sécularisation intervenue après la période franquiste, l’imaginaire collectif resterait trop imprégné d’un catholicisme structurel ? Peut-être… Quoiqu’il en soit, dans cette présentation prétendument équilibrée, en quelque sorte emprunte de laïcité, le spectateur a finalement du mal à croire et comprendre le comportement et les motivations exactes de la jeune femme au point qu’il pourrait même aller jusqu’à supposer qu’Ainara rentre au couvent pour fuir un environnement familial et social pour le moins défectueux. Cette dernière hypothèse était également évoquée dans un film auquel Les Dimanches oblige de penser, Ida (2013) de Pawel Pawilkowski. Mais là où le cinéaste polonais signe une œuvre majeure tant sur le plan esthétique que transcendantal, Alauda Ruiz de Azua ne parvient pas à donner la moindre dimension mystique au personnage d’Ainara et de ce fait la moindre dimension illuminative à son film. Et puis l’Eglise qu’elle donne à voir n’est définitivement pas bien séduisante. Malgré la qualité du jeu, à la fois opaque et lumineux de la débutante Blanca Soroa, comme de celui, à la fois âpre et affectueux, de la plus expérimentée Patricia López Arnaiz dans le rôle de la tante devenue athée et profondément matérialiste, le film ne décolle jamais ou si furtivement au détour d’une scène ou d’une autre, « plombé » par une mise en scène peu fluide et terne comme la photographie qui privilégie une coloration brune et sombre. Un traitement qui reflète sans doute le regard athée de la réalisatrice sur la foi et la vocation et laisse le spectateur dans une ambiguïté inconfortable.
Bruno de Seguins Pazzis
