Notre ami Bertrand de Ramondy vient de publier son premier ouvrage sur un sujet, aujourd’hui à peu près ignoré de tous et qui, pourtant, enflamma l’Europe voici quelques siècles: le renversement des Stuarts et le combat de Jacques II d’Angleterre face à Guillaume d’Orange.
Récit passionnant et poignant (et, ce qui ne gâte rien, fort bien écrit!). Jacques II avait découvert la vérité de la foi catholique – alors que son prédécesseur Henri VIII avait rompu avec Rome et que le parlement et les notables anglais, copieusement enrichis par le schisme et la spoliation des biens de l’Eglise, avaient posé toutes sortes de barrières pour empêcher le règne d’un roi catholique. Tout au long de ce livre, se noue sous nos yeux un drame cornélien: le roi choisit de suivre sa conscience et voit son gendre lui voler le trône, sous les yeux désolés des fidèles.
Le livre éclaire aussi puissamment le lecteur français sur les différences entre la monarchie anglaise et la nôtre. D’abord au plan de la légitimité: de 987 à 1789, une seule famille a occupé le trône de France quand quatre ou cinq dynasties se sont succédées à Londres, souvent après de féroces guerres civiles. Mais aussi au plan de la nation: si les libertés provinciales étaient bien plus larges sous l’Ancien Régime qu’aujourd’hui, nous n’avions pas un monarque regroupant plusieurs couronnes indépendantes sur une même tête (on mesure en particulier la fidélité particulière des Ecossais aux Stuarts – bien plus grande que celle des Anglais puisque les Stuarts avaient été rois d’Ecosse avant d’être rois d’Angleterre). Mais, surtout, c’est la question religieuse qui traverse tout ce récit: si Guillaume d’Orange l’emporte finalement, c’est qu’il incarne le protestantisme contre le catholicisme. Il bénéficie donc du soutien d’une bonne partie de l’industrieuse Europe du Nord et surtout des plus riches du royaume d’Angleterre, peu désireux de perdre les fortunes qu’ils avaient volées à l’Eglise catholique. Tandis que Jacques II ne bénéficie que du soutien de Louis XIV – soutien puissant, certes, mais aussi soutien de l’ennemi héréditaire.
Un récit passionnant à conseiller à tous ceux qui ne croient pas que l’Europe se confond avec la Commission de Bruxelles et pour qui les mots de fidélité et d’honneur ne sont pas de vains mots.
La tragédie d’un Stuart Jacques II d’Angleterre: récit littéraire
