Voilà une affaire qui donne du grain à moudre au moulin de la FSSPX : face à la crise des vocations, l’évêque d’Anvers Mgr Johan Bonny souhaite ordonner prêtres des hommes mariés dès 2028, écrit-il dans une lettre pastorale publiée jeudi :
[…] Dans chaque débat synodal entre fidèles, la question se pose de l’ordination d’hommes mariés aux côtés des hommes célibataires pour le sacerdoce. Le consensus sur cette question est presque total, dans toutes les composantes du Peuple de Dieu, en particulier parmi les plus fidèles et les plus dévots. Ce consensus n’est d’ailleurs pas nouveau ; il existe depuis de nombreuses années. La question n’est plus de savoir si l’Église peut ordonner des hommes mariés comme prêtres, mais quand elle le fera, et qui le fera. Tout retard est perçu comme une excuse. Plusieurs développements récents ont encore renforcé ce consensus. J’en mentionnerai trois.
Premièrement, il y a une pénurie historique de prêtres locaux dans de nombreux diocèses. Le nombre d’hommes célibataires souhaitant devenir prêtres est tombé à un niveau à peine supérieur à zéro. Heureusement, la plupart des diocèses peuvent faire appel à des prêtres étrangers pour combler ce manque dans une certaine mesure. Notre diocèse est très reconnaissant qu’un groupe important de prêtres étrangers comble cette pénurie chez nous. Ils enrichissent également notre vie ecclésiale d’une saine dose d’universalité et de catholicité. Cependant, ils ne peuvent pas répondre à tous nos besoins. Ils viennent nous aider, pas nous remplacer. De plus, il ne serait pas juste de faire peser le poids de nos pénuries sur leurs épaules. Eux aussi souhaitent vivement voir davantage de confrères locaux, même mariés, travailler à leurs côtés.
Par ailleurs, presque tous les diocèses travaillent aujourd’hui avec un certain nombre de prêtres catholiques mariés, à la joie et à la satisfaction de tous. Certains de ces prêtres, comme dans notre diocèse, appartiennent à une Église catholique orientale (originaires notamment de Roumanie, d’Ukraine, de Biélorussie ou du Moyen-Orient). Ils sont mariés et pères de (jeunes) familles. Certains ont suivi leur formation à notre séminaire interdiocésain de Louvain, aux côtés des autres séminaristes. Ils célèbrent les sacrements tant selon leur rite que selon le nôtre. Peu à peu, la plupart des prêtres catholiques orientaux mariés dans le monde vivent en Occident, et non en Orient. D’autres prêtres mariés sont des convertis ; ils étaient évêques, prêtres ou pasteurs dans d’autres traditions chrétiennes, se sont convertis au catholicisme et ont pu recevoir l’ordination sacerdotale catholique en tant que convertis mariés. Personne ne peut plus expliquer pourquoi l’ordination d’hommes mariés est possible pour les séminaristes catholiques orientaux ou pour les convertis catholiques, mais pas pour les vocations catholiques de souche.
Enfin, il existe un ensemble de problèmes liés à la santé psychosociale des prêtres et à la transparence de leur mode de vie. Les chrétiens aiment leurs prêtres, mais gardent souvent le silence sur leur mode de vie, que ce soit par respect pour leur ordination ou non. La question des abus sexuels continue de peser lourdement. Les sous-cultures et les modes de vie cléricaux ont fait leur temps. Il y avait plus de choses cachées derrière les murs que ce que les gens étaient autorisés à voir ou à entendre. En cours de route, de nombreux prêtres ou candidats à la prêtrise de grande valeur ont abandonné. La confiance dans l’Église et ses ministres s’en est trouvée gravement ébranlée . Comment reconstruire cette confiance ? Uniquement par l’authenticité, la reconnaissance et la transparence, en étant proches des gens et de leur vie quotidienne. Les gens aspirent à des prêtres qui, en tant que « pêcheurs d’hommes » ou « bons bergers », qu’ils soient mariés ou non, vivent au cœur de leur village ou de leur quartier, servent avec et pour le peuple, et sont prêts à aller vers les périphéries comme des missionnaires. Les « nouvelles relations » dont l’Église a un besoin urgent et qui sont mentionnées dans le Document final (cf. DF 50-52) s’inscrivent parfaitement dans ce contexte.
Il est illusoire de penser qu’un processus synodal et missionnaire sérieux en Occident ait encore une chance de réussir sans ordonner également des hommes mariés comme prêtres. Le Document final du synode considère qu’il incombe à l’évêque de soutenir et de rassembler tous les dons de l’Esprit (DF 69-71). En outre, il souligne la nécessité d’un « discernement ecclésial » largement soutenu lorsqu’il s’agit de la mission de l’Église : « c’est un discernement qui peut être qualifié d’« ecclésial », puisque c’est le Peuple de Dieu qui l’entreprend en vue de la mission. L’Esprit, que le Père envoie au nom de Jésus et qui enseigne tout (cf. Jn 14, 26), guide les croyants de tous les temps « dans la vérité tout entière » (Jn 16, 13). Par la présence et l’action permanente de l’Esprit, la « tradition qui vient des apôtres progresse dans l’Église » (DV 8). En invoquant la lumière de l’Esprit, le Peuple de Dieu, qui participe à la fonction prophétique du Christ (cf. LG 12), « s’efforce de discerner les signes authentiques de la présence et du dessein de Dieu dans les événements, les besoins et les aspirations qu’il partage avec le reste de l’humanité contemporaine » (GS 11). Ce discernement s’appuie sur tous les dons de sagesse que le Seigneur accorde à l’Église et sur le sensus fidei accordé à tous les baptisés par l’Esprit. Dans cet Esprit, la vie d’une Église missionnaire et synodale doit être repensée et réorientée » (FD 81). Ce serait une bénédiction pour l’Église si nous pouvions également appliquer ce « discernement ecclésial » au type de prêtre dont une communauté a besoin, ou à la personne que la communauté considérerait comme un candidat approprié au sacerdoce. Le fait que presque aucun candidat local ne se présente à l’ordination me semble sans aucun doute lié à l’absence de discernement synodal dans la pastorale vocationnelle classique. Lorsque je visite des paroisses ou des unités pastorales, je rencontre régulièrement des personnes que la communauté considérerait comme de bons prêtres. Tout comme je connais moi-même plusieurs collaborateurs qui seraient tout à fait aptes à devenir candidats à l’ordination.
Pour ces raisons, je mettrai tout en œuvre pour ordonner des hommes mariés comme prêtres dans notre diocèse d’ici 2028. Je les approcherai personnellement et veillerai à ce qu’ils aient d’ici là la formation théologique et l’expérience pastorale nécessaires, comparables à celles des autres candidats au sacerdoce. Cette préparation sera transparente mais discrète, loin des projecteurs des médias. Les deux prochaines années serviront également à assurer la communication et les arrangements nécessaires, tant avec la et avec le Vatican, car nous pouvons apprendre les uns des autres grâce à nos expériences et à nos perspectives. Pour de nombreux évêques, l’ordination d’hommes mariés est devenue une question de conscience. À ce niveau également, la transparence, la responsabilité et l’évaluation sont importantes pour la crédibilité de l’Église (cf. FD 95-102). […]
Il reste à attendre la réaction de Rome : convocation au Vatican ? Demande de démission ?…
