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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Prise en compte de l’impossibilité de l’application pratique de Traditionis custodes

Prise en compte de l’impossibilité de l’application pratique de Traditionis custodes

De Jean-Pierre Maugendre sur Renaissance catholique :

À l’occasion de l’assemblée plénière de printemps de la Conférence des Evêques de France, du 23 au 27 mars, le cardinal Parolin, secrétaire d’Etat de Sa Sainteté, a adressé, au nom du pape Léon XIV, un message à l’auguste assemblée.

Ainsi donc il faudrait pour avoir liturgiquement droit de cité dans l’Eglise être fidèle aux « orientations voulues par Vatican II en matière de liturgie ». Il est à craindre qu’à l’aune de ce principe, 95% des célébrations selon le rite réformé ne soient déclarées objectivement infidèles aux orientations du dit concile. Ainsi l’article 36 de la constitution sur la liturgie Sacrosanctum concilium (4 décembre 1963) rappelait : « L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins ». Chacun sait qu’il n’en fut rien et qu’il n’en est toujours rien sans que cela ne semble susciter la moindre réaction épiscopale. Il en est de même de la célébration face au peuple, générale dans les célébrations Novus ordo. Il n’en est nulle part question dans Sacrosanctum concilium. Quant à la communion dans la main, largement répandue aujourd’hui, on ignore de quel texte conciliaire elle serait la mise en œuvre. L’impression désagréable qui se dégage de ce constat est que l’invocation du Saint Concile et l’exigence d’y être fidèle ne concernent que les traditionalistes, les forces de progrès ayant depuis longtemps dépassé ce stade de fidélité à la lettre du Concile pour en respecter l’esprit. Il serait pédagogiquement pertinent et intellectuellement cohérent que ceux qui n’ont que le concile Vatican II à la bouche commencent par en respecter les textes !

Il faut néanmoins observer qu’il n’est plus question dans ce document d’œuvrer à la disparition de la célébration de la messe romaine traditionnelle, qui était l’objectif affirmé du motu proprio Traditionis custodes (16/07/2021) du pape François affirmant que le missel réformé était « l’unique expression de la lex orandi du rite romain ». L’impossibilité de l’application pratique de Traditionis custodes semble ainsi avoir été prise en compte en haut lieu. Il faut ainsi espérer que va s’atténuer la véritable guérilla menée par un certain nombre d’évêques de France contre les communautés ou les prêtres célébrant selon le Vetus ordo. Hostilité active qui se manifeste selon les diocèses par la limitation du nombre de personnes pouvant suivre le catéchisme, l’interdiction de célébrer les sacrements (baptêmes, confirmations) autres que la messe selon la forme traditionnelle, l’impossibilité de célébrer des mariages ou des baptêmes en dehors des lieux affectés à la célébration de la messe traditionnelle, voire l’éviction de certains diocèses. Il y a tout juste 60 ans, en 1966 donc avant la réforme liturgique, paraissait le célèbre ouvrage de Michel de Saint Pierre : Ces prêtres qui souffrent. L’auteur y narrait la manière dont a été marginalisée, ostracisée, mise à l’écart, voire persécutée toute une catégorie de prêtres dont le seul tort était de vouloir rester fidèles à la Tradition de l’Eglise. La situation ne s’est pas améliorée et croît chaque année la liste des prêtres, généreux et zélés, dont on apprend qu’ils ont pris un « temps de repos » pour se remettre d’une situation conflictuelle qu’ils ne parvenaient plus à assumer avec leur évêque.

Comment, enfin, dans le contexte actuel ne pas prendre en compte le fait que l’argumentation principale de la Fraternité Saint-Pie X pour justifier des sacres épiscopaux, éventuellement sans mandat pontifical, repose sur la précarité du statut des communautés globalement ex Ecclesia Dei, en butte aux vexations et marques d’hostilité des autorités épiscopales ? Vexations dont la Fraternité Saint-Pie X n’est d’ailleurs pas exempte puisque, dans certains diocèses, l’évêque diocésain n’accorde la délégation de pouvoir nécessaire à la validité des mariages que si ce mariage est célébré dans un lieu de culte de la Fraternité Saint-Pie X. « Qui n’a pas souffert par l’Eglise n’a pas souffert pour l’Eglise », Cardinal John Henry Newman.

Jean-Pierre Maugendre

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