De Jean-Pierre Maugendre sur Renaissance catholique :
À l’occasion de l’assemblée plénière de printemps de la Conférence des Evêques de France, du 23 au 27 mars, le cardinal Parolin, secrétaire d’Etat de Sa Sainteté, a adressé, au nom du pape Léon XIV, un message à l’auguste assemblée.
Un constat, une observation, un souhait
La question liturgique y est abordée avec un constat factuel : « la croissance des communautés liées au Vetus Ordo », une observation amère : « continue de s’ouvrir dans l’Eglise une douloureuse blessure concernant la célébration de la messe » et le souhait explicite « d’inclure généreusement les personnes sincèrement attachées au Vetus Ordo, dans le respect des orientations voulues par le Concile Vatican II en matière de liturgie ». Cette dernière exhortation n’est pas sans rappeler la tonalité du Motu Proprio Ecclesia Dei afflicta (2 juillet 1988) par lequel le pape Jean-Paul II demandait un « accueil large et généreux » des fidèles attachés aux « traditions spirituelles et liturgiques de l’Eglise ». On sait qu’il n’en fut rien et que l’accueil « large et généreux » ne fut, dans la grande majorité des cas, que la simple régularisation canonique de communautés où se célébrait déjà la messe romaine traditionnelle.
Une application du Concile à géométrie variable
Ainsi donc il faudrait pour avoir liturgiquement droit de cité dans l’Eglise être fidèle aux « orientations voulues par Vatican II en matière de liturgie ». Il est à craindre qu’à l’aune de ce principe, 95% des célébrations selon le rite réformé ne soient déclarées objectivement infidèles aux orientations du dit concile. Ainsi l’article 36 de la constitution sur la liturgie Sacrosanctum concilium (4 décembre 1963) rappelait : « L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins ». Chacun sait qu’il n’en fut rien et qu’il n’en est toujours rien sans que cela ne semble susciter la moindre réaction épiscopale. Il en est de même de la célébration face au peuple, générale dans les célébrations Novus ordo. Il n’en est nulle part question dans Sacrosanctum concilium. Quant à la communion dans la main, largement répandue aujourd’hui, on ignore de quel texte conciliaire elle serait la mise en œuvre. L’impression désagréable qui se dégage de ce constat est que l’invocation du Saint Concile et l’exigence d’y être fidèle ne concernent que les traditionalistes, les forces de progrès ayant depuis longtemps dépassé ce stade de fidélité à la lettre du Concile pour en respecter l’esprit. Il serait pédagogiquement pertinent et intellectuellement cohérent que ceux qui n’ont que le concile Vatican II à la bouche commencent par en respecter les textes !
Ces prêtres qui souffrent
Il faut néanmoins observer qu’il n’est plus question dans ce document d’œuvrer à la disparition de la célébration de la messe romaine traditionnelle, qui était l’objectif affirmé du motu proprio Traditionis custodes (16/07/2021) du pape François affirmant que le missel réformé était « l’unique expression de la lex orandi du rite romain ». L’impossibilité de l’application pratique de Traditionis custodes semble ainsi avoir été prise en compte en haut lieu. Il faut ainsi espérer que va s’atténuer la véritable guérilla menée par un certain nombre d’évêques de France contre les communautés ou les prêtres célébrant selon le Vetus ordo. Hostilité active qui se manifeste selon les diocèses par la limitation du nombre de personnes pouvant suivre le catéchisme, l’interdiction de célébrer les sacrements (baptêmes, confirmations) autres que la messe selon la forme traditionnelle, l’impossibilité de célébrer des mariages ou des baptêmes en dehors des lieux affectés à la célébration de la messe traditionnelle, voire l’éviction de certains diocèses. Il y a tout juste 60 ans, en 1966 donc avant la réforme liturgique, paraissait le célèbre ouvrage de Michel de Saint Pierre : Ces prêtres qui souffrent. L’auteur y narrait la manière dont a été marginalisée, ostracisée, mise à l’écart, voire persécutée toute une catégorie de prêtres dont le seul tort était de vouloir rester fidèles à la Tradition de l’Eglise. La situation ne s’est pas améliorée et croît chaque année la liste des prêtres, généreux et zélés, dont on apprend qu’ils ont pris un « temps de repos » pour se remettre d’une situation conflictuelle qu’ils ne parvenaient plus à assumer avec leur évêque.
Du nouveau pour les Missionnaires de la Miséricorde Divine ?
Le cas emblématique de ces persécutions, plus ou moins larvées, est celui des Missionnaires de la Miséricorde Divine. Fondée en 2005 cette communauté de droit diocésain, au diocèse de Fréjus-Toulon, a pour charismes particuliers la célébration de la messe romaine traditionnelle et l’apostolat vis-à-vis des musulmans. Elle comprend, à ce jour, 39 membres dont 10 prêtres. La suspension des ordinations à la fin du mandat de Mgr Rey puis l’arrivée de Mgr Touvet comme coadjuteur en 2023 ont entraîné une suspension des ordinations pendant plusieurs années, le nouvel évêque refusant d’ordonner de nouveaux prêtres selon, et pour, le rite traditionnel. En décembre 2024, 6 diacres ont finalement été ordonnés dans une formule hybride, dont la particularité est de ne satisfaire personne : ordination selon le rite réformé durant une messe selon le rite traditionnel. Aujourd’hui 6 diacres sont en attente d’ordination, Mgr Touvet exigeant que l’ensemble de la cérémonie ait lieu selon le rite réformé, ce que, conformément à ses statuts, la communauté refuse. Notons ici que selon Traditionis custodes tous les prêtres nouvellement ordonnés doivent demander l’autorisation au Saint-Siège de célébrer la messe traditionnelle s’ils le souhaitent. Autorisation qui, à ma connaissance, n’a jamais été accordée à personne. Cet ostracisme est d’autant plus choquant pour le commun des mortels que la communauté est loin d’être exclusiviste en matière liturgique et que la fidélité au concile Vatican II est un de ses mantras comme en témoigne le fait que la prédication du carême 2026 est une suite de vidéos sur la constitution conciliaire Lumen Gentium (21 novembre 1964) sur le mystère de l’Eglise. Malgré ces contrariétés, la communauté poursuit son développement : 4 rentrées en 2024, 1 pour le diocèse, 5 rentrées en 2025, 2 pour le diocèse. Il faut souhaiter, pour l’Eglise et pour les âmes, que Mgr Touvet, qui fut fusilier-marin, ait pris conscience que le message du cardinal Parolin rend sa position parfaitement intenable vis-à-vis de l’autorité dont il estime n’être que le fidèle serviteur.
Epilogue
Comment, enfin, dans le contexte actuel ne pas prendre en compte le fait que l’argumentation principale de la Fraternité Saint-Pie X pour justifier des sacres épiscopaux, éventuellement sans mandat pontifical, repose sur la précarité du statut des communautés globalement ex Ecclesia Dei, en butte aux vexations et marques d’hostilité des autorités épiscopales ? Vexations dont la Fraternité Saint-Pie X n’est d’ailleurs pas exempte puisque, dans certains diocèses, l’évêque diocésain n’accorde la délégation de pouvoir nécessaire à la validité des mariages que si ce mariage est célébré dans un lieu de culte de la Fraternité Saint-Pie X. « Qui n’a pas souffert par l’Eglise n’a pas souffert pour l’Eglise », Cardinal John Henry Newman.
Jean-Pierre Maugendre
