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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Mgr Mutsaerts : Pourquoi la « diversité liturgique » est-elle une bonne chose, sauf pour le vetus ordo ?

Mgr Mutsaerts : Pourquoi la « diversité liturgique » est-elle une bonne chose, sauf pour le vetus ordo ?

Tribune de Mgr Robert Mutsaerts en réponse au cardinal Roche :

L’Église catholique s’enorgueillit de son universalité, chérit une impressionnante diversité de traditions liturgiques et considère cette diversité comme l’expression de sa richesse. Un catholique peut assister à la Divine Liturgie selon la tradition byzantine, la tradition maronite, la tradition arménienne ou la tradition chaldéenne. Personne ne considère cela comme une menace pour l’unité ecclésiale en soi. Mais dès qu’un catholique souhaite assister à la messe telle qu’elle est célébrée depuis des siècles à Rome, à Paris, à Amsterdam et dans la quasi-totalité de l’Église latine, certaines autorités ecclésiastiques à Rome commencent à s’inquiéter.

Soudain, la diversité liturgique devient un problème. Soudain, l’attachement à la tradition est perçu avec suspicion. Et soudain, l’unité de l’Église doit être protégée contre ceux qui souhaitent prier comme leurs ancêtres. Cela soulève une question tout à fait légitime : pourquoi presque toutes les traditions liturgiques catholiques anciennes sont-elles considérées comme un trésor, à l’exception de l’ancienne liturgie romaine ?

Le cardinal Arthur Roche a récemment déclaré dans un entretien avec AdVaticanum que les groupes traditionalistes instrumentalisent parfois l’ancienne liturgie pour s’opposer à la réforme liturgique du concile Vatican II. Selon le cardinal, une telle attitude peut nuire à l’unité de l’Église. Il a averti que ceux qui rejettent le concile s’éloignent du cœur même du catholicisme. Par ailleurs, il a affirmé que, selon lui, les catholiques ne devraient pas assister exclusivement à la messe traditionnelle. Une distinction importante s’impose ici.

Ceux qui nient par principe la validité de la nouvelle messe, rejettent l’autorité papale ou affirment que l’Église catholique n’est plus la même après Vatican II adoptent effectivement une position problématique. Mais on ne saurait reprocher la même chose à ceux qui aiment la messe traditionnelle, approfondissent leur foi par elle, adhèrent à la doctrine catholique et demeurent fidèles au pape. L’attachement à une tradition liturgique n’équivaut pas à rejeter le magistère. C’est précisément cette distinction qui risque de se perdre dans le débat actuel.

L’Église catholique comprend 24 Églises sui iuris : l’Église latine et 23 Églises catholiques orientales. Elles possèdent des traditions liturgiques différentes, comme les traditions byzantine, alexandrine, antiochienne, arménienne et syriaque orientale. Même au sein du monde catholique occidental, il existe des pratiques liturgiques spécifiques, notamment le rite ambrosien à Milan. Nul ne doit craindre pour l’unité de l’Église lorsqu’un prêtre catholique byzantin se tient devant l’iconostase, que l’encens s’élève en abondance et que les fidèles assistent à une liturgie qui diffère à bien des égards de la messe romaine habituelle. Car l’unité catholique n’a jamais été synonyme d’uniformité liturgique. En effet, le concile Vatican II affirme explicitement dans Sacrosanctum Concilium que tous les rites légitimement reconnus ont une égale valeur et que l’Église souhaite les préserver et les promouvoir. Cette affirmation est remarquable au regard des propos du cardinal Roche. Si la diversité liturgique ne nuit pas nécessairement à l’unité de l’Église, pourquoi la liturgie romaine, vieille de plusieurs siècles, le ferait-elle ? Après tout, la foi catholique n’est pas un ensemble de coutumes dont la date d’expiration est déterminée par une commission ecclésiastique.

La pratique liturgique d’après-guerre a connu un glissement de la transcendance de Dieu vers une approche communautaire. Lorsque l’Eucharistie s’apparente de plus en plus à un repas communautaire, à une célébration de la solidarité humaine ou à une occasion de créativité pastorale, la dimension sacrificielle risque de s’estomper. C’est précisément face à cela que la liturgie traditionnelle, avec sa constante mise au service de Dieu, offre un contrepoids visible. Et c’est peut-être là que réside une partie du malaise : la messe traditionnelle continue de proclamer une réalité ancienne que l’on oublie facilement de nos jours. Le pape Benoît XVI a compris une chose essentielle : l’Église ne peut prétendre de manière crédible que ce qu’elle tenait pour sacré hier doive être considéré comme un danger aujourd’hui.

Le concile Vatican II est-il instrumentalisé pour rompre avec la tradition ? Ce débat soulève un problème plus profond. Un concile s’inscrit dans la Tradition ; il n’établit pas une nouvelle Église. Vatican II a instauré une réforme de la liturgie, tout en stipulant la préservation du latin dans les rites latins et la priorité du chant grégorien. Nombre de pratiques aujourd’hui considérées comme typiquement traditionalistes allaient donc de soi aux Pères conciliaires. C’est pourquoi il est surprenant de voir l’attachement à l’ancienne liturgie présenté comme une résistance au concile lui-même.

Critiquer certains aspects de la réforme liturgique post-conciliaire ne revient pas à rejeter le concile Vatican II. Cette réforme a été en grande partie élaborée et mise en œuvre après le concile. Cela ne signifie pas pour autant que toute critique est fondée, mais simplement qu’un tel débat est légitime.

Lorsqu’un concile est perçu comme une rupture absolue entre l’Église ancienne et l’Église nouvelle, il crée précisément la fracture que l’on prétend vouloir éviter. L’Église catholique n’est pas une institution rétablie en 1965. C’est la même Église qui a accueilli les apôtres, donné naissance aux Pères de l’Église, bâti les cathédrales médiévales, tenu le concile de Trente et convoqué le concile Vatican II. Quiconque croit véritablement en la continuité de l’Église n’a rien à craindre de son passé.

Le cardinal Roche invoque constamment l’unité de l’Église. Cela se justifie pleinement. L’unité n’est pas une caractéristique accessoire de l’Église, mais fait partie intégrante de son essence même. La seule question est de savoir ce que l’on entend par unité. L’unité dans la foi catholique, dans les sacrements et dans la communion avec le successeur de Pierre est différente de l’uniformité dans l’expression rituelle. L’argument officiel est que la messe traditionnelle en latin, contrairement aux liturgies orientales, est devenue pour certains groupes un symbole de résistance à la réforme et à l’autorité de l’Église. Cet argument mérite d’être examiné sérieusement. Mais le problème de ce raisonnement est qu’il dérive aisément d’un jugement porté sur des abus spécifiques à un jugement général porté sur toute une communauté liturgique. Pourquoi les familles, les jeunes, les prêtres et les religieux – qui ne désirent rien de plus que de célébrer la liturgie traditionnelle en pleine communion ecclésiale – devraient-ils en subir les conséquences ?

Un père qui emmène ses enfants à la messe traditionnelle parce qu’il y ressent particulièrement intensément le caractère sacré de l’Eucharistie ne s’engage pas dans la politique de l’Église. Il va simplement à la messe.

L’histoire de l’Église est marquée non seulement par le renouveau, mais aussi par la préservation. Traditio signifie tradition : recevoir ce que l’on n’a pas inventé soi-même et le transmettre à la génération suivante. C’est précisément pour cette raison qu’il est remarquable qu’à une époque où l’on parle constamment d’écouter les fidèles, les aspirations des catholiques attachés à la tradition se heurtent parfois à si peu de compréhension. Une Église qui veut écouter le monde devrait aussi écouter ses propres enfants (ou bien la synodalité a-t-elle une autre signification ?). Surtout lorsque ces enfants ne réclament pas une doctrine catholique édulcorée, mais bien sa proclamation intégrale. Ou bien est-ce là que réside le problème ?

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