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L'Eglise : L'Eglise en France

“Non des catholiques à part mais des catholiques à part entière”

“Non des catholiques à part mais des catholiques à part entière”

Du père Danziec dans L’Homme nouveau :

Ils viennent de partout mais ils ne vont pas nulle part. Ils marchent ensemble, dans la même direction. Leur rayonnement subjugue et l’organisation qui les entoure impressionne. Ils sont de tous les âges et de toutes les conditions. Ils ont baigné dans la marmite depuis tout petits ou l’ont découverte, avec émerveillement, sur le tard. Ils témoignent d’une incontestable diversité mais leur sentiment de dépossession est unanime. Ils s’agenouillent ensemble et partagent le même Credo. Ils font monter vers le ciel leurs espoirs communs pour le salut de leur pays et celui de leur âme. Ils communient à des expériences semblables, de celles qui font rencontrer Dieu.

Une confession qui bouleverse, un topo qui bouscule, une halte qui réconforte, un temps de silence qui transperce, une élévation qui apaise, des retrouvailles qui réjouissent. Ils portent avec fierté leurs croix et leurs bannières comme d’autres s’enflent d’arborer leurs vêtements de marque ou leur smartphone dernier cri. Ils interpellent par leur ferveur, interrogent par leur nombre et inspirent par leur détermination. Ils sont pèlerins de Chartres, marcheurs de Dieu et témoins de chrétienté. Ils sont reliés par les mêmes joies, tourmentés par les mêmes inquiétudes, éprouvés par les mêmes souffrances. Les voici.

Joie et inquiétude

La joie de connaître Dieu et de faire partie de son Église. La joie de la continuité doctrinale, de la cohérence missionnaire et de l’enracinement liturgique. La joie de bénéficier de ces vieux pots dans lesquels la sagesse proverbiale garantit que se réalisent les meilleures confitures. La joie de compter sur la Tradition qui, tel un phare qui rassure et protège, prévient des dangers, s’accommode peu des excentricités et indique sans faillir – et avec sollicitude – la route du port éternel.

L’inquiétude devant un monde en perte de sens et une Église en perte de vitesse. L’inquiétude face aux ravages de la pornographie, face à la montée de l’islamisme et face aux coups de boutoir du wokisme. L’inquiétude devant la fin du mois et la fin de la France. L’inquiétude devant le spectacle d’une hiérarchie ecclésiastique semblant davantage préoccupée par l’avenir de la planète que par le salut des âmes. L’inquiétude devant des évêques petits bras, qui pointent avec timidité les menaces pesant sur les familles chrétiennes : qui pour promouvoir un catéchisme solide ? Qui pour rappeler la liberté scolaire ? Qui pour féliciter le courage des parents ouverts à la vie ?

La souffrance d’être noyés dans le tourbillon d’une apostasie immanente. La souffrance de se trouver terriblement isolés dans un monde postchrétien. La souffrance, surtout, d’être incompris jusqu’en très haut lieu dans l’Église, au point d’avoir le sentiment d’être non écoutés, déconsidérés. La souffrance, au fond, d’une particulière injustice et d’un mauvais procès. La particulière injustice de voir refusées leurs mains, pourtant tout offertes au service de l’Église et de son enseignement constant. Le mauvais procès d’un entre-soi qu’ils n’ont jamais voulu ni souhaité. Les pèlerins de Chartres n’ont pas l’esprit de boutique mais l’esprit de survie. Avec saint Paul, ils disent : « Malheur à nous, si nous n’annonçons pas l’Évangile ! » (I Cor 9, 16).

Intégristes ? Lefebvristes ? Traditionalistes ? L’immense colonne de Pentecôte pressent le piège de tels qualificatifs et refuse d’être enfermée dans un tiroir, cantonnée à une caricature. Les pèlerins savent avec Victor Hugo que « les plus petits esprits ont les plus gros préjugés ».

Catholiques à part entière

Mais alors, qui sont-ils ces marcheurs de Dieu et ces témoins de chrétienté ? Ils sont catholiques. Tout simplement catholiques. Non des catholiques à part mais des catholiques à part entière, aspirant bonnement à le devenir toujours plus intégralement, la grâce de Dieu aidant.

Mais ils tiennent aussi à ne pas se laisser intimider par des oukazes ou des abus de pouvoir, d’où qu’ils viennent. Car oui, le développement constant de l’écosystème traditionnel – églises, écoles, monastères, œuvres de jeunesse, groupes de formation, universités d’été – dérange, et la longue phalange des pèlerins de Chartres n’échappe pas à la critique des amers ou des grincheux. Ces derniers semblent faire leur ce verset du livre de la Sagesse : « Leur comportement nous est un reproche vivant, leur seule présence nous pèse. » (Sg 2, 14)

Catholiques, donc signes de contradiction, l’avenir dira si, devant une institution ecclésiale anémiée, les pèlerins de Chartres ne constituent pas le printemps inattendu de l’Église de demain. Un de ces moyens par lesquels Dieu se plaît à renverser les puissants et confondre les superbes. Notamment ceux qui, dans l’Église, s’obstinent à ne pas voir l’étendue de l’effondrement.

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