Avec l’élection d’Emmanuel Grégoire à la mairie de Paris, nous avions anticipé qu’il nous faudrait prochainement reparler du collège Stanislas : le nouveau maire a, en effet, la réputation d’être encore plus fanatique que sa prédécesseur – ce qui n’est pas peu dire ! – et d’être un acharné opposant au versement du forfait d’externat au prestigieux établissement (au mépris de la loi mais, comme chacun sait, la gauche étant le « camp du bien » peut se dispenser d’appliquer la loi…). Nous étions donc prêts à soutenir Stan contre cet exécutif municipal violemment hostile au catholicisme.
Cependant, à ma grande surprise, ce n’est pas une agression d’Emmanuel Grégoire qui a braqué récemment les projecteurs sur l’établissement, mais un entretien du nouveau directeur, Igor Le Diagon, au « Point ». Cet entretien peut se lire ici et on y trouve beaucoup de bonnes choses – à la fois dans l’ordre de la fermeté à faire appliquer la loi et dans l’ordre de la volonté de pacification. Malheureusement, on y trouve également des déclarations tout à fait problématiques.
J’ignore si M. Le Diagon les a prononcées telles quelles ou si le journaliste les a tirées dans un sens différent de ce que pensait leur auteur – ce serait tout à fait possible puisque la question apparaît bizarrement formulée et, même en faisant la part de la méconnaissance habituelle des journalistes à propos du catholicisme, on a peine à croire qu’une question aussi alambiquée et « amalgamante » ait pu être posée et, plus encore, que le directeur de Stan y ait répondu sans demander ni apporter de précision préalable. Ce qui est certain, en tout cas, c’est que, dans la version où ces déclarations apparaissent sur le site du « Point », elles sont profondément choquantes.
Voici le passage concerné :
Un bénévole a, par le passé, assimilé la contraception chimique à une pratique « dangereuse », l’homosexualité à une « maladie » et l’avortement au fait de « tuer volontairement une personne innocente ». Pouvez-vous dire aujourd’hui que ces propos sont contraires aux valeurs de votre établissement ?
Je peux le dire. Ces paroles sont contraires aux valeurs de la République et par conséquent à celle de l’établissement. Ça l’a d’ailleurs toujours été. Les élèves qui avaient entendu ces paroles avaient été extrêmement choqués et nous avaient d’ailleurs eux-mêmes fait remonter l’information. Et cette personne avait été renvoyée dès que la direction a été informée.
Afin d’éviter que cela ne se reproduise, nous avons rendu obligatoire pour tous les adultes intervenant dans l’établissement le webinaire dédié à la prévention des abus sur mineurs, proposé par le diocèse de Paris. Nous avons également mis en place une charte, signée par tous les intervenants, par laquelle ils s’engagent à ne pas exprimer d’opinions personnelles et à s’en tenir strictement au programme.
Je note d’abord que les sectaires ne doivent pas avoir grand-chose à reprocher à Stan puisque l’on voit partout mentionner ce fameux bénévole et ses propos systématiquement présentés de cette façon incompréhensible (imagine-t-on vraiment que quelqu’un pourrait se présenter devant une classe et « balancer » de but en blanc l’ensemble des propos qui lui sont reprochés ?).
Je note aussi que la meilleure preuve qu’il n’y a aucun problème « systémique » à Stan, c’est qu’il n’est question que d’un bénévole – c’est-à-dire à la fois un cas isolé et quelqu’un d’extérieur au collège.
Cependant, il est clair que l’avortement est bien le fait de « tuer volontairement une personne innocente ». A moins que l’on ne pense que l’avortement soit involontaire ; ou encore que le fœtus ne soit pas tué lors d’un avortement ; ou bien encore que le fœtus avorté soit coupable… Toutes idées évidemment absurdes.
Je ne vois pas comment on pourrait dire que ce propos, qui paraît relever de la simple observation (et qui, tel qu’il est présenté ici, ne comporte même pas de jugement de valeur), serait contraire aux « valeurs de la république » – même si je n’ai toujours pas compris ce qu’étaient ces dernières ! Ce serait aussi idiot que de dire que les « valeurs de la république » exigent de croire que deux et deux font cinq (il est vrai que, par moments, on se demande si Marianne ne voudrait nous imposer ce genre de « dogme »). Je vois moins encore comment ces propos pourraient paraître contraires aux valeurs de Stanislas. Un fait ne peut pas être contraire à des valeurs et la vérité ne peut pas s’opposer aux valeurs d’un lycée catholique.
Cependant je trouve cette phrase extrêmement inquiétante : « Ces paroles sont contraires aux valeurs de la République et par conséquent à celle de l’établissement. »
Il est vraisemblable que ces lignes n’aient pas été relues. Outre le caractère particulièrement abscons de la question, j’en vois au moins un indice assez net : le passage au singulier (des valeurs de la République à « celle » de l’établissement) n’a aucune justification et donne plutôt l’impression d’une coquille qui aurait normalement sauté aux yeux de n’importe quel relecteur.
Mais ce qui est gravissime, c’est que l’on fait ainsi croire que le directeur de l’un des plus importants établissements catholiques de France considèrerait comme scandaleux de dire la vérité sur l’avortement. Ce n’est pas seulement grave pour son propre établissement (comment peut-on placer les fumeuses « valeurs de la république » au-dessus de l’enseignement de l’Eglise, et même au-dessus de la simple observation biologique, dans un établissement catholique ?). Mais c’est grave pour l’ensemble de l’enseignement catholique sous contrat. Tout se passe comme si, de LFI jusqu’à LREM, toute la gauche prétendait supprimer le caractère propre de l’enseignement catholique et exiger que, dans ce dernier aussi, les enfants soient soumis à la culture de mort comme à la propagande LGBT. Et, si un établissement aussi emblématique que Stan cède sur un point aussi décisif, comment croire que les autres résisteront longtemps ?
J’entends dire que ces propos suscitent beaucoup d’agitation à Stan et ailleurs. Cela me semble assez naturel. Toutefois je ne vois qu’une façon d’éviter que les sectaires n’en usent et n’en abusent : que M. Le Diagon précise ce qu’il a voulu dire – et qui ne peut certainement pas être ce qui a été publié. En tout cas, à moins de vouloir rallumer la guerre scolaire, on ne peut pas vouloir imposer dans les établissements catholiques l’enseignement de « valeurs de la république » jamais définies (et dont tout laisse à croire qu’elles sont souvent, dans la bouche de zélés propagandistes du totalitarisme contemporain, fort éloignées de la loi naturelle et du respect de la dignité humaine) au-dessus de l’enseignement de l’Eglise.
Guillaume de Thieulloy
