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Préparer son coeur à la communion (épisode 21/23) – La messe, trésor de la foi

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L’Agnus Dei

1 – Le « chant de la fraction »

D’origine orientale, le chant de l’Agnus Dei fut introduit dans la messe romaine au VIIe siècle pour accompagner le rite de la fraction. Il était « destiné à combler […] l’intervalle de silence résultant de l’accomplissement du rite »[1] qui, dans l’antiquité, tant qu’on ne faisait pas encore usage de pain azyme, ni de petites hosties, pouvait durer un certain temps.

Le chant Agnus Dei couvre désormais l’intervalle qui court de la fraction à la communion du prêtre[2] – et il s’inscrit opportunément entre ces deux rites, ainsi que nous allons le voir.

2 – Signification sacrificielle

Nous avons déjà eu l’occasion de mentionner que la fraction peut être regardée comme une évocation des souffrances du Seigneur. C’était déjà le cas en Orient au IVe siècle. Or, en Orient également, on désignait depuis fort longtemps les oblats eucharistiques sous le nom d’“agneau”, expression suggérée par maints passages de l’Écriture. L’agneau – l’agneau de Dieu – est en effet la figure par excellence du Christ-victime, du Christ offert et immolé en sacrifice :

– Ainsi, Isaac demandant à son père Abraham : « Où trouverons-nous l’agneau pour l’holocauste ? » Et Abraham répondant : « C’est Dieu qui pourvoira à l’agneau pour l’holocauste. »[3]

– Également le rite sacrificiel de la Pâque, initié à l’occasion de la sortie d’Égypte, où le sang de l’agneau répandu sur le linteau des portes préserve les Hébreux de l’ange exterminateur[4].

– Ou encore, la prophétie d’Isaïe, le chant du serviteur souffrant : « Maltraité, il s’humiliait, il n’ouvrait pas la bouche, comme l’agneau qui se laisse mener à l’abattoir, comme devant les tondeurs une brebis muette, il n’ouvrait pas la bouche. »[5]

 Il faut ajouter à cela l’agneau égorgé de l’Apocalypse[6].

– Enfin, saint Jean-Baptiste, qui désigne Notre-Seigneur à ses disciples par ces mots : « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. »[7]

D’où, en Orient d’abord, puis bientôt à Rome, ce chant de l’Agnus Dei célébrant, en particulier au moment de la fraction, l’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. On comprend donc que :

[…] l’invocation à l’Agneau de Dieu s’adresse, non au Christ en général, mais au Christ en tant que victime du sacrifice dans l’eucharistie ; l’idée [sera la même à] l’instant de la communion, lorsque le prêtre [présentera] le Saint-Sacrement aux fidèles en disant : Ecce Agnus Dei. [Voici l’Agneau de Dieu]. »[8]

3 – L’invocation

Le texte lui-même du chant est donc emprunté au témoignage de saint Jean-Baptiste. Deux détails sont à mentionner.

Le premier semble purement grammatical : puisqu’il s’agit d’une invocation, le nom agnus – « agneau » en latin – devrait normalement être décliné en agne. Ainsi, nous disons fréquemment Domine, au lieu de Dominus, lorsque nous invoquons le Seigneur. Dans l’Agnus Dei, il n’en est rien. Ce fait semble répondre « à une loi grammaticale qui joue dans beaucoup de langues : un sentiment de respect tend à rendre indéclinables [certains] termes religieux »[9]. Il y a là une précieuse nuance que seul le latin nous permet de saisir.

Le deuxième détail est le passage au pluriel pour le terme « péchés » [peccata], qui est au singulier dans l’évangile [peccatum]. On trouvait déjà ce pluriel dans la prophétie d’Isaïe que nous avons mentionnée à l’instant : « Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautesIpse autem vulneratus est propter iniquitates nostras adtritus est propter scelera nostra. »[10]

Comme l’explique saint Thomas : « Il est certain que le Christ est venu en ce monde pour effacer non seulement le péché qui s’est transmis par origine à la postérité, [c’est-à-dire le péché originel] mais encore tous les péchés qui s’y sont ajoutés par la suite. »[11] Il s’agit, certes, principalement du péché originel[12] – et c’est ainsi que l’on peut entendre le singulier de l’évangile[13] – mais il s’agit également de nos péchés personnels – et c’est ainsi que l’on peut entendre le pluriel de la liturgie.

4 – Les supplications

L’invocation Agnus Dei qui tollis peccata mundi est donc répétée à trois reprises, et suivie à chaque fois d’une supplication : Miserere nobis [« Ayez pitié de nous »] pour les deux premières ; Dona nobis pacem [« Donnez-nous la paix »] pour la dernière. Cette variante remonte au Xe siècle. Elle est une « conséquence probable du voisinage avec le baiser de paix »[14].

Le jeudi saint, en effet, où l’on ne donne pas la paix, on dit trois fois Miserere nobis [« Ayez pitié de nous »]. Aux messes des morts, la supplication vise plus directement les défunts : Dona eis requiem… [« Donnez-leur le repos… »], et l’on ajoute, la troisième fois : … sempiternam [« … éternel »].

5 – Les répétitions

L’Agnus Dei n’ayant plus à couvrir l’intervalle occupé par la fraction, il a fallu fixer le nombre de répétitions.

 […] peu à peu l’on s’arrêta au nombre sacré de trois répétitions […]. Ainsi naquit une hymne d’une extrême brièveté, mais d’une gravité puissante, qui, surtout dans le cadre où elle apparaît, peut se mesurer avec les hymnes de l’Apocalypse[15].

L’agneau qui est la victime de notre sacrifice et qui devient notre nourriture, en qui l’agneau pascal de l’Ancien Testament a trouvé sa réalisation suréminente, est l’agneau triomphant de l’universelle consommation, qui seul peut ouvrir le livre des destinées de l’humanité ; et si l’Église du ciel lui adresse les chants d’action de grâces des élus, vers lui montent aussi les supplications de la communauté des rachetés, qui poursuit son pèlerinage terrestre.

Ces perspectives se dégagent plus distinctes encore, si nous gardons présente à l’esprit l’évocation symbolique des souffrances et du triomphe du Seigneur, contenue dans la fraction et la commixtion[16].

Le baiser de paix

1 – Place

À la messe solennelle, tandis que la schola poursuit le chant de l’Agnus Dei, prend place le rite du baiser de paix. Il faut dire un mot de la place qu’occupe cette cérémonie dans la messe romaine. En effet : « dans toutes les autres liturgies, [le baiser de paix] apparaît dès le début de la messe des fidèles »[17], c’est-à-dire avant la réalisation du sacrifice.

Dans la liturgie romaine, sa place est bien différente. Au début du Ve siècle, Innocent Ier précise qu’il doit être annoncé « une fois que tout est accompli »[18]. Toutefois, l’ordre actuel des rites entre la fin du canon et la communion résulte de la réforme de saint Grégoire le Grand, au VIe siècle. Dans cette structure, où le Pater est mis en continuité avec la conclusion du canon, le baiser de paix et l’invitation que constitue le Pax Domini sont tout naturellement compris dans la résonance de l’avant-dernière demande du Pater : « Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » [Dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris.]

Comme le Pater, le baiser de paix est une préparation à la communion. Il s’agit d’obéir au précepte du Seigneur :

Lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande[19].

Nous avons déjà dit que l’on ne donne pas la paix le Jeudi saint, probablement par horreur pour le baiser par lequel Judas livra le Seigneur à ses bourreaux.

2. Oraison préparatoire : Domine Jesu Christe qui dixisti

Le baiser de paix est précédé d’une oraison préparatoire que le prêtre récite seul, médiocrement incliné, après qu’il a dit l’Agnus Dei avec les ministres. Pendant ce temps, le diacre s’agenouille :

Domine Iesu Christe, qui dixísti Apóstolis tuis : Pacem relínquo vobis, pacem meam do vobis : ne respícias peccáta mea, sed fidem Ecclésiæ tuæ ; eámque secúndum voluntátem tuam pacificáre et coadunáre dignéris : Qui vivis et regnas Deus per ómnia sǽcula sæculórum. Amen. Seigneur Jésus-Christ qui avez dit à vos Apôtres : C’est la paix que je vous laisse en héritage, c’est ma paix que je vous donne, ne regardez pas mes péchés mais la foi de votre Église ; daignez, comme vous l’avez voulu, lui donner la paix et la rassembler dans l’unité, vous qui, étant Dieu, vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Domine Iesu Christe… Cette oraison d’origine allemande, qui semble remonter au XIe siècle, est directement adressée au Christ, tout comme l’Agnus Dei qui la précède et les deux oraisons qui la suivent. Cette particularité par rapport aux autres oraisons de l’ordinaire de la messe est due à l’imminence de la communion[20].

… qui dixisti Apostolis tuis… Le prêtre en appelle à la promesse du Seigneur : « Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne. »[21] S’apprêtant à distribuer la paix, le prêtre prie le Seigneur d’avoir égard, non à ses propres péchés, mais à la foi de l’Église et de daigner, malgré l’indignité de son représentant, octroyer à celle-ci, par le signe sacré de ce baiser, la paix et l’unité[22].

Nous retrouvons ici l’idée, brièvement à propos de la commixtion, que l’eucharistie est le sacrement de l’unité de l’Église. Saint Thomas d’Aquin enseigne que l’effet de grâce particulier que signifie et réalise l’eucharistie est l’unité du corps mystique[23]. Saint Jean Damascène, que cite saint Thomas, précise comment se réalise cette unité : le sacrement de l’eucharistie mérite le nom de communion « parce que c’est lui qui nous unit au Christ, nous fait participer à sa chair et à sa divinité, et c’est lui qui nous relie, nous met en communication les uns avec les autres »[24].

3 – Ordre et forme

L’unité de l’Église est donc structurée de la manière suivante : unité des membres avec le Christ-tête, d’où découle l’unité des membres entre eux. Tel est l’ordre que manifeste le rite du baiser de paix, puisqu’il part de l’autel et du célébrant, et qu’il est reçu par les assistants. Le prêtre, en effet, ayant récité l’oraison préparatoire, et le diacre s’étant relevé, tous deux baisent l’autel, puis le prêtre donne la paix au diacre sous la forme d’une accolade accompagnée du souhait Pax tecum[25], auquel le diacre répond : Et cum spiritu tuo[26]. Puis le diacre rejoint le sous-diacre au pied de l’autel et lui donne la paix de la même manière. Enfin le sous-diacre porte la paix aux membres du clergé qui se tiennent dans le chœur.

Actuellement, le baiser de paix n’est donné qu’à la messe solennelle et aux membres du clergé seulement. Les rubriques n’excluent pas une autre possibilité, qui n’est cependant guère plus pratiquée, à savoir l’usage d’un « instrument de paix » ou « osculatoire » que le prêtre baisait et qui était ensuite présenté à baiser aux assistants. Sous cette forme, le baiser de paix pouvait être donné également dans les messes non solennelles, aux clercs comme aux laïcs.

Christ en croix, Agneau de Dieu, Sacré-Cœur, Nativité… les figures représentées sur ces instruments suggéraient également cette idée que c’est de Jésus-Christ que viennent la paix et l’unité de l’Église.

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