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Quas Primas et le monde du travail

Quas Primas et le monde du travail

Notre ami Olivier Debesse, fondateur d’un syndicat libre, nous fait suivre cet article qu’il a publié dans le bulletin “Les deux témoins”:

L’encyclique Quas Primas de Pie XI sur la Royauté sociale du Christ a été publiée le 11 décembre 1925. L’objet de cette encyclique est de rappeler que le Christ doit régner sur les personnes, les familles, la société civile et instaure comme moyen la fête du Christ Roi fixée au dernier dimanche d’octobre.

« Il faut faire connaître le plus possible la doctrine de la dignité royale de notre Sauveur. Or, aucun moyen ne semble mieux assurer ce résultat que l’institution d’une fête propre et spéciale en l’honneur du Christ-Roi » Quas Primas, § 17.

Cette encyclique est souvent occultée dans les ouvrages qui traitent de la doctrine sociale. C’est le cas du Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église (Les Éditions du Cerf, 2005). Le Compendium, occulte également lalettre de Saint Pie X Notre charge apostolique, publiée en 1910 sur la condamnation du Sillon, le mouvement fondé par Marc Sangnier. La raison de cette condamnation : le Sillon plaçait l’autorité dans le peuple en oubliant qu’elle vient de Dieu.

Le centenaire de l’encyclique Quas Primas permet de rappeler que le Christ doit régner sur les per- sonnes, les familles, la société civile en conformant les lois et les règlements au droit naturel.

La société civile se rapporte à la Cité et donc au monde politique, et englobe aussi le monde économique et donc l’univers du travail. À notre époque de déshumanisation du travail, de démesure de la technique, d’une économie qui n’est plus au service de l’homme mais de la finance et de la marchandisation de tout, y compris de ce qu’il y a de plus sacré, la doctrine de l’Eglise sur le travail doit être rappelée pour espérer un retour de la civilisation chrétienne respectueuse des personnes et des sociétés naturelles (familles, nations).

L’Église a une doctrine sur le travail

Pour parler d’une épidémie de notre temps qui sévit en entreprise, le burn-out, Paul-Antoine Martin a publié un livre : « Le temps des pervers ». Il dit ceci : « L’univers du travail est une enclave dans la République. Les droits élémentaires des citoyens n’y sont pas reconnus. La liberté d’expression ny est, par exemple, pas possible. C’est un fait, non un jugement de valeur. »

On peut ajouter que l’univers du travail est aussi une enclave dans l’Église. L’entreprise se protège du monde extérieur par des tourniquets à badges et le salarié s’autocensure face à la doxa et aux « valeurs » promues par l’entreprise, justifiées par l’idéologie de la productivité et les modes « sociétales ». Dès lors, comment satisfaire la demande que le Christ nous a enseigné dans le Notre Père : « Que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel » et pour que le règne du Christ s’applique aussi à l’univers du travail ?

Les grandes entreprises ne s’occupent plus du personnel comme elles le faisaient naguère, mais gèrent les «ressources humaines ». Ces entreprises pratiquent le management et considèrent le salarié comme une simple ressource dans laquelle il est permis de puiser et qu’il est permis d’exploiter jusqu’à son épuisement.

Les Enseignements Pontificaux (Desclée & Cie, 1960) résument la doctrine chrétienne du travail ainsi :

« Le travail devient un instrument de rédemption s’il n’est pas considéré seulement comme le moyen de pourvoir aux besoins de la vie et de gagner un juste salaire, mais comme un acte personnel intégré dans la vie et accompli dans l’ordre et l’amour comme un moyen d’obéir à Dieu et de rendre service au prochain. »

La subsidiarité, thème de la doctrine sociale de l’Église, doit s’appliquer aussi dans l’entreprise

La subsidiarité a été définie par l’encyclique Quadragesimo anno de Pie XI en 1931. À ne pas con- fondre avec la subsidiarité détournée du Traité de Maastricht de 1992.

Erreurs déjà entendues :

  • « La subsidiarité ne fait pas partie de la phraséologie de l’Église »,
  • « La subsidiarité ne s’applique pas à l’Église catholique elle-même parce que sa nature première est spirituelle »,
  • « L’entreprise qui produit des biens et des services ne peut pas appliquer la subsidiarité ».

Il faut donc rappeler que la vraie subsidiarité est fondée sur le respect des personnes (physiques et morales) et de leurs attributions légitimes.

La subsidiarité peut se définir ainsi :

Dans toute communauté humaine, la personne qui est hiérarchiquement au-dessus (qu’elle soit personne physique ou personne morale) doit :

  • servir certainement,
  • respecter les attributions de chacun,
  • aider éventuellement,
  • remplacer exceptionnellement.

Le sens chrétien du travail et la vraie subsidiarité font partie de la doctrine de droit naturel et de la doc- trine sociale de l’Eglise. Cette doctrine doit être rappelée, particulièrement dans le cadre du centenaire de Quas Primas.

Contrairement au droit positif (lois, décrets, règlements, accords d’entreprise), le droit naturel est l’ensemble des droits universels et inaltérables, que chaque personne possède du fait qu’elle fait partie du genre humain et non du fait de la société civile ou de l’entreprise dans lesquelles elle vit.

Pour que l’Entreprise ne soit pas une enclave pour l’Église, les salariés fidèles à la foi catholique doivent être instruits de cette doctrine et de ce qu’ils peuvent faire. Cela ramène aux questions des devoirs d’état de chaque personne.

Comment œuvrer pour que le Christ règne dans la Cité et dans l’Entreprise ?

Selon ses charismes et ses disponibilités, dans la cité, le citoyen a le devoir de :

  • participer à la vie de la cité (dans son quartier, son village, sa commune) et accomplir son devoir électoral civique,
  • respecter les lois justes,
  • combattre les lois injustes (atteintes aux libertés individuelles et collectives, spoliatrices par une fiscalité abusive, contraires au respect de la vie humaine : avortement, euthanasie, suicide assisté…),
  • être solidaire avec les plus démunis.

Dans l’entreprise, le salarié a le devoir de :

  • participer à la vie sociale de l’entreprise et accomplir son devoir électoral professionnel,
  • respecter les règlements ou accords d’entreprise justes,
  • combattre les accords injustes (accords salariaux spoliateurs des salariés, de financement des syndicats par l’employeur, qui entérinent le désengagement de la Sécurité sociale de sa branche santé au profit des mutuelles, contraires à la nature humaine et au respect de la vie…),
  • être solidaire avec les salariés en souffrance et sanctionnés d’une façon injuste.

Comment ?

En œuvrant au plan personnel.

Le R.P. Jean Reynaud (1912 – 1997) religieux de St Vincent de Paul, aumônier du MJCF, disait en 1986 à des salariés d’une entreprise réunis après le travail :

« Le rôle du chrétien est de faire passer dans son milieu l’enseignement de l’Eglise. Pour cela, il doit être attentif à sescollègues comme un frère pour les aider et les secourir. Il doit être de bon conseil. Le chrétien doit avoir l’esprit combatif contre le mal, il doit travailler en sachant ce qu’il veut dans sa profession, il doit soigner sa formation morale et religieuse. »

En œuvrant au plan social.

Avoir l’esprit combatif contre le mal ? C’est possible d’agir avec le syndicalisme à condition qu’il soit restauré dans ses missions originelles de représentation et de défense des salariés. Le mot syndicat vient du grec syn qui veut dire avec, ensemble et diké qui veut dire justice. Ensemble pour la justice ? Syndicat est un joli mot !

Quels sont les enjeux en entreprise: exemples de combats à mener

Le travail, c’est la vie. Le travail permet à la famille de trouver sa subsistance. Défendre le travail c’est donc défendre la vie. C’est une des missions du syndicalisme.

Mais à notre époque, d’autres missions doivent être menées à bien.

Dans Mémoire et identité publié en 2005 après sa mort, Jean-Paul II nous dit page 64 :

« Si, d’un côté, l’Occident continue à donner un témoignage de l’action du ferment évangélique, d’un autre côté les courants de l’anti-évangélisation n’en sont pas moins forts. Cette dernière ébranle les bases mêmes de la morale humaine, impliquant la famille et propageant la permissivité morale : les divorces, l’union libre, l’avortement, la contraception, la lutte contre la vie dans sa phase initiale comme dans son déclin, sa manipulation. Ce programme se développe avec d’énormes moyens financiers, non seulement dans chaque nation, mais aussi à l’échelle mondiale. »

Parmi « les courants de l’anti-évangélisation », comment ne pas penser aux entreprises multinationales qui prônent « l’inclusion et la diversité ». Comme cet ancien PDG de Renault qui publie en 2015 : « En tant que grande entreprise mondiale, l’on doit se préoccuper de ce qui se passe autour de nous. Il est de notre responsabilité de nous impliquer dans les enjeux environnementaux, ainsi que dans la vie sociale et sociétale des pays où nous sommes implantés». Le MEDEF (Mouvement des entreprises de France) publie en 2014 un guide : Manager les singularités, qui comporte comme sous-titre « Identité de genre et orientation sexuelle en entreprise».

Dans les accords d’entreprise négociés par les représentants de l’employeur et les représentants des salariés, on trouve les thèmes suivants :

  • Théorie du genre : « Les dispositions de cet accord s’appliquent aux salariés de genre féminin »,
  • Transition de genre : « Notre syndicat a demandé et obtenu deux jours de congés pour les salariés en transition de genre »,
  • Mutuelle obligatoire : « A la demande des syndicats négociateurs, l’Accord complémentaire santé couvre les frais de pilules contraceptives prescrites non remboursées par la Sécurité sociale »,
  • Sécurité sociale : « Désengagement de la Sécurité sociale par la prise en charge des frais de santé ».

Et demain, pour satisfaire le marché important des opérateurs de la santé, avec la loi sur « la fin de vie » qui veut pouvoir administrer la « mort miséricordieuse » pour les personnes qui souffrent, ou pour celles « qui coûtent trop cher à la société » des mutuelles poussent à la loi sur la fin de vie, comme la MGEN qui soutient, selon Wikipédia, l’Association pour le droit de mourir dans la dignité.

Il en résulte que le programme de lutte contre la vie et sa manipulation dénoncé par Jean-Paul II dans Mémoire et identité, passe dorénavant aussi par les entreprises avec la caution des syndicats que ces entreprises financent. Manifester et marcher contre la PMA sans père et la GPA comme certains l’ont fait en 2013, c’est bien, mais cela ne suffit pas. Il s’agit de rendre le pouvoir aux salariés leur permettant de participer aux négociations d’accords d’entreprise pour y apporter, aussi sur ces questions vitales, une voix conforme au droit naturel. Cela ne peut se faire qu’avec des syndicats indépendants du patronat et des confédérations ou unions syndicales subventionnées, donc dépendants des salariés.

Personne ne peut demeurer passif, ni renoncer à changer le monde. Chaque personne doit agir dans son milieu, y compris dans son milieu professionnel. Individuellement c’est déjà bien, mais cela ne suffit pas : il faut le faire aussi collectivement. Agir collectivement et donc militer dans l’entreprise ? Mais c’est pour cela que les syndicats ont été créés !

La question qui nous est posée est celle de savoir si nous voulons survivre, si nous voulons trans- mettre notre héritage culturel qui doit beaucoup au christianisme. Y compris sur notre lieu de travail et dans nos entreprises.

Les lois de l’État français et les accords de nos entreprises ne cherchent plus à être des applications concrètes de la loi naturelle et se détournent du Décalogue. La doctrine de Quas Primas doit inspirer dans la Cité ET dans l’Entreprise toutes les personnes de bonne volonté (y compris les catholiques) pour restaurer la loi naturelle dans nos lois civiles ET dans nos accords d’entreprise.

Travaillons ensemble à cela.

www.travaillonsensemble.org

« Puissent les chefs des nations vous honorer par un culte public ; puissent les maîtres et les juges vous vénérer ; puissent les lois et les arts être l’expression de votre Royauté » (6e strophe de l’Hymne des 2e vêpres de la Fête du Christ-Roi, dernier dimanche d’octobre).

 

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