Un hommage national, ou populaire, sera-t-il rendu à Brigitte Bardot, icône médiatique s’il en fut ? Le sujet divise les lecteurs du Figaro, enflamme la toile et réveille les haines recuites de la gauche bobo. Quoi qu’il en soit, l’émotion suscitée par cette disparition est révélatrice de notre époque. Le portrait de « la plus belle femme du monde » y renvoie, plus ou moins consciemment, à un monde disparu dont beaucoup de Français éprouvent la nostalgie. La France des années 60, sûre d’elle-même et joyeuse, ethniquement homogène, confiante en l’avenir et riche de ses enfants. La France des Trente glorieuses, grisée par son décollage économique et « lâchement soulagée » d’être, enfin, débarrassée du bourbier algérien. La France d’Alain Delon, de Jean-Paul Belmondo, de Jean Gabin et de Louis de Funès, des Tontons flingueurs et du Tour de France.
D’étranges paradoxes
L’enthousiasme ne va pas sans quelque malentendu. Beaucoup de ceux qui, peu ou prou, se retrouvent, à droite, dans cette France d’avant la créolisation généralisée et le melting-pot interculturel, chantent les louanges de la vedette iconique de « Et Dieu créa la femme ». Elle serait « Notre flamme. Notre drapeau ». Ils ne semblent pas toujours bien mesurer que si Babette n’est plus en guerre, elle a rejoint au panthéon des « femmes libérées » Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir et Simone Veil, parce qu’elle reste le symbole d’un changement de société qui est à l’origine des maux que, souvent, ils déplorent. La vie et l’œuvre de Brigitte Bardot ne sont-elles pas, en effet, l’exaltation assumée d’un individualisme exacerbé, d’une immoralité triomphante, d’une panne démographique revendiquée et d’une irreligion vécue, à défaut d’être proclamée ? Tout cela n’a-t-il pas débouché sur une vie qui n’a plus guère de sens, car le plaisir est fugace, et sur un appel d’air démographique que l’immigration de masse a irrésistiblement comblé, suscitant, corrélativement, le développement d’une religion, l’Islam, qui, elle, donne un sens à la vie… et à la mort ?
Observons en outre que ceux qui voient, de leur côté, en Brigitte Bardot la figure de l’émancipation de la femme, et la célèbrent comme telle, feignent symétriquement d’ignorer qu’il est parfaitement incohérent d’exalter, ad nauseam, le plaisir sexuel et le corps féminin tout en déplorant les conséquences ultimes de cette esclavagisation de la femme dont témoignent le phénomène Me too comme les frasques sordides de Jeffrey Epstein et de ses commensaux. « Jouir sans entraves » est un programme de vie qui ne peut logiquement déboucher que sur l’exploitation des plus faibles, l’exaltation des plus basses passions de la nature humaine, blessée, et, en définitive, la mort et le néant, pour les personnes comme pour les civilisations.
Notre sympathie devrait, certes, spontanément aller vers celle contre laquelle se déchaine au contraire la gauche morale qui stigmatise « l’amie des Le Pen », la« raciste », « l’islamophobe », la contemptrice des «valeurs républicaines » (Olivier Faure). Mais ce qui est reproché à Brigitte Bardot c’est en réalité de ne pas être allée jusqu’au bout de la logique dont elle avait accepté les principes, d’avoir refusé les ultimes conséquences d’une démolition dont elle avait été un des artisans. Ce n’est pas une raison pour en faire un modèle. La vérité n’est pas le contraire de l’erreur ! Ce serait si simple.
On aura les conséquences
L’hôte de la Madrague est en réalité une parfaite représentante de cette génération des boomeurs, à la fois héritiers et fossoyeurs d’un héritage qu’ils se sont révélés incapables d’assumer, attachés à certaines valeurs comme la nation ou la culture chrétienne mais inaptes à les transmettre parce que, chez eux, cet héritage n’était pas vivant et, qu’après tout, il passait après le plaisir et la jouissance immédiate. Ils laissent la place à des générations qui, elles, n’auront même pas reçu un cadre culturel traditionnel, en harmonie avec le bien commun de la société et la réalité anthropologique de chacun, et la comparaison leur est, de ce fait, parfois favorable. Reste que ces gens-là, ont, inconsciemment, bel et bien fait le lit de l’islam, sans même s’en rendre compte. Issue d’une famille de la bourgeoisie catholique, élevée dans le XVI ème arrondissement de Paris Brigitte Bardot est, ainsi, l’archétype d’une classe sociale qui, s’est ralliée aux valeurs dominantes de l’individualisme consumériste et hédoniste, au détriment des valeurs traditionnelles qui ont fait la grandeur et la prospérité de la France.
Une vie chaotique
Pour nous chrétiens, l’essentiel est pourtant ailleurs. Mgr François Touvet, évêque de Fréjus-Toulon, diocèse dans lequel vivait et s’est éteinte Brigitte Bardot, a publié un communiqué dans lequel il demandait à « Dieu d’accueillir Brigitte dans son Royaume éternel de paix et de lumière ». Pieuse pensée, certes, mais qui fait, une fois de plus (après Johnny Halliday, Jacques Chirac), l’impasse sur le fait que si la miséricorde de Dieu est infinie elle n’est pas sans conditions et qu’il serait du devoir de la hiérarchie catholique de le rappeler. L’une de ces conditions est de regretter ses péchés. Cela relève, bien sûr, du secret des âmes et nul ne peut en juger à la place de Dieu. Il est, pourtant, pour l’Eglise, imprudent (et c’est un manque de charité pour les survivants, à qui est due la vérité, comme à l’égard de l’âme de la défunte, pour laquelle il faudrait appeler à prier) de tenir pour acquis, sans autre forme de procès, le salut éternel de la plus célèbre des tropéziennes au vu de sa vie pour le moins chaotique. Depuis « Et Dieu créa la femme » tourné avec Roger Vadim en 1956 Brigitte Bardot n’a cessé, selon des modalités diverses, comme l’écrira un critique du Canard enchaîné de travailler avec des producteurs dont le rôle consistera à « déshabiller BB de manière à faire admirer toutes les fesses de son talent ». La « ravissante idiote » est devenue, partant, le symbole de la libération de la femme enfin maîtresse de son corps et libre d’en disposer comme il lui plaît. Elle multiplie les amants prestigieux : Roger Vadim, Jean-Louis Trintignant, Sacha Distel, Gilbert Bécaud, Serge Gainsbourg, pour finir, dans sa superbe propriété de la Madrague à Saint Tropez, entourée de ses animaux : chats, chiens, pigeons et accompagnée de son mari, Bernard d’Ormale, rencontré par l’intermédiaire de Jean-Marie Le Pen. Celle que l’on voudrait présenter comme modèle aux femmes françaises n’a eu en 1960 qu’un fils de l’acteur Jacques Charrier, Nicolas, dont elle n’a pas eu la garde. Agée de 25 ans elle avait, alors, déjà avorté deux fois et aucun médecin n’avait voulu prendre le risque d’un troisième avortement, alors illégal. Dans son autobiographie, Initiales B.B. la star avait évoqué son fils en des termes très durs. « J’aurais préféré accoucher d’un petit chien », comparant sa grossesse à « une tumeur » et « un cercueil ». Rien-là qui permette de la proposer en modèle.
Une démarche de foi
Rien, pourtant n’est impossible à Dieu, dont la grâce souffle où elle veut. Or, il semble qu’à la fin de sa vie Brigitte Bardot ait renoué avec la foi de son enfance. Dans sa propriété de la Madrague, elle avait fait construire une petite chapelle en l’honneur de la Très Sainte Vierge Marie qu’elle appelait « ma petite vierge ». Elle confiait en septembre 2024 au site Aleteia : « J’ai la foi (…) Je trouve que la messe a perdu de son mystère, une certaine chaleur d’âme. Quand j’étais enfant, j’allais à l’église avec mes parents tous les dimanches. J’ai le souvenir d’un mystère qui sortait de cet endroit magnifique. Le prêtre célébrait dos à nous, en latin. C’est dommage que l’on ait modernisé cela. La célébration face aux fidèles me donne l’impression d’une représentation théâtrale ». C’est cette Bardot là pour laquelle il nous appartient, aujourd’hui, de prier. Une autre artiste française de renommée internationale, à la vie tout aussi chaotique, Edith Piaf, nous a laissé un émouvant testament dans lequel elle regrettait sa vie absurde et dissolue, et en appelait à la miséricorde de Dieu. Qui sait si dans le secret de son cœur, Brigitte Bardot, n’a pas accompli la même démarche ? C’est donc, au-delà du tumulte médiatique, d’abord à la miséricorde de Dieu, par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, refuge des pécheurs et consolatrice des affligés, que nous confions l’âme de Brigitte Bardot. Puisse-t-elle, par la grâce de Dieu, avoir recouvré au seuil du grand passage une part de l’innocence qui fut celle de son baptême !
