Dans Le Figaro, Paul Sugy signe un long portrait de Quentin Deranque. Extraits :
[…] Quentin parlait de philosophie et d’histoire. Il lisait les écrits d’Anacharsis Cloots sur la Révolution française, un jacobin tenant d’une République universelle et guillotiné en 1793 par la Convention ; débattait avec acharnement du rousseauisme en pourfendant les thèses du Contrat social ; réfutait l’idée calviniste de double prédestination ou se passionnait pour l’étude de la Somme théologique et des encycliques des derniers papes. Aristote, saint Thomas d’Aquin et saint Augustin étaient-ils ses auteurs de chevet ? Du moins avaient-ils fini par constituer le triptyque intellectuel sur lequel ce jeune homme en perpétuelle recherche voulait fonder sa pensée.
Dans sa quête de vérité, Quentin Deranque avait fini, au seuil de sa vie d’adulte, par prendre conscience d’une profonde soif spirituelle, qu’aucun livre n’avait pu combler. Baptisé enfant dans une famille guère pratiquante, il avait laissé sa foi en jachère : ses lectures l’ont peu à peu convaincu de pousser de nouveau la porte des églises et il s’est rapproché des chapelles traditionalistes lyonnaises, qu’il fréquentait indistinctement : la paroisse Saint-Georges dans le Vieux-Lyon et la collégiale Saint-Just sur les hauteurs de Fourvière, sous la responsabilité des prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, au sein de laquelle il s’était engagé dans la chorale, puis ces derniers temps dans les maraudes du jeudi soir auprès des sans-abri. Séduit par la liturgie de l’ancien missel dont la force d’attraction sur les jeunes catholiques en France ne cesse de croître, il n’y vouait pas une assistance exclusive et fréquentait également la « messe moderne » à la paroisse Sainte-Croix.
Mais pour Quentin, la beauté des formes et des ornements dans la célébration de l’ancien rite constituait aussi un puissant levier d’évangélisation. « C’était un missionnaire, il encourageait les gens autour de lui à l’accompagner à la messe et leur montrait comment suivre le missel », se souvient Vincent, un paroissien devenu un ami proche. « Il avait le souci de la transmission, surtout auprès des plus jeunes », abonde Domitille, une autre amie. « Beaucoup de ceux qu’il a convertis ont continué leur chemin de foi ensuite », confirme un troisième. Fidèle des conférences du Cercle Saint-Alexandre par lesquelles des abbés et des professeurs de philosophie proposent un parcours de formation théologique aux jeunes croyants lyonnais, Quentin avait lu et médité les écrits de saint JeanPaul II sur la foi et la raison et jugeait l’une et l’autre indissociables. Dans la pratique religieuse, il participait volontiers au renouveau que connaît la piété populaire en France depuis quelque temps : habitué du pèlerinage de Chartres, il avait participé l’an dernier à sa réplique provençale, « Nosto Fe », confiant à un ami qui l’accompagnait sa joie de renouer par là avec ses propres racines paternelles.
Après sa propre confirmation, Quentin Deranque fut, il y a deux ans, le parrain de confirmation de son père qui avait fini par être sensible à sa démarche. À l’église Notre-Dame-de-l’Isle de Vienne puis à l’église Saint-Théodore de Jardin, la famille Deranque est devenue un pilier de la paroisse. Aux côtés de ses parents, Quentin a d’ailleurs vécu avec douleur les difficultés causées par le diocèse, au moment où l’assistance à la messe en latin est devenue progressivement suspecte. Qu’à cela ne tienne : il continue de s’y engager, jusqu’à participer récemment à une campagne active de dons pour financer les rénovations de l’église, ou à des activités missionnaires du diocèse dans le sillage de la célébration de l’Immaculée conception si chère aux Lyonnais.
Suspecte aussi, sa démarche de conversion qui associe si intimement la foi et la politique : « Quentin est devenu catholique pour des raisons identitaires : le patriotisme et l’amour de Dieu sont liés chez lui », synthétise Domitille, qui voit dans son cheminement la preuve d’une personnalité « complète, qui aime aller au bout des choses ». Sans être formellement membre d’Academia Christiana, Quentin Deranque participait régulièrement aux activités et conférences de cette organisation identitaire qui prône un catholicisme intégral et refuse toute relégation de la vie chrétienne à la seule sphère intime. Chez Quentin, le christianisme est aussi une profession civique et appelle une certaine idée de l’organisation du corps social. « Il était de droite, tendance nationaliste et illibérale, il aimait son peuple et sa civilisation mais épousait en même temps la modernité », résume Vincent. […]
