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France : Politique en France

République nominale et République réelle ou la parodie de Lycurgue – en finir avec l’idéologie républicaine

République nominale et République réelle ou la parodie de Lycurgue – en finir avec l’idéologie républicaine

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Hormis durant les années 1940-1944, le régime dans lequel vit la France depuis la fin du Second Empire est officiellement une république. Cette république revendique sa filiation directe avec la Révolution, et c’est ce qui lui confère son nom. L’ambition première et revendiquée de la Révolution fut en effet d’établir enfin une véritable res publica, sur la ruine de la royauté, que les féaux de la Révolution concevaient comme inapte à l’incarner, et en revenant à l’idéal antique. Qui dit république dit en effet chose du peuple, selon la définition concise qu’en donnait Cicéron. Comment donc peut-elle être incarnée sinon par la souveraineté populaire ? Et donc en retirant cette souveraineté au monarque qui en serait l’usurpateur ?

Toute l’imposture républicaine de la France moderne réside dans ce bref raisonnement.

Pour qu’il y ait chose du peuple, chose publique, il faut en effet qu’il y ait un peuple. Donc que la multitude soit une par quelque côté. On suppose donc, en républicanisme, que la souveraineté populaire, qui concrètement se réduit à l’expression d’une volonté dans un vote, suffit à faire un peuple. Mais c’est là l’erreur, ou plutôt l’hypocrisie.

La définition d’un peuple par l’identité et la tradition ne peut suffire, car ce ne sont pas des critères politiques. Les nations de l’ancienne France avaient chacune leur identité et leurs traditions, leur langue même. Elles ne formaient pas cependant autant de peuples, mais un seul du fait de l’unité opérée en la personne du Roi. Mais comment le simple vote pourrait-il parvenir à une telle unification ? Quelle portée symbolique peut bien revêtir la soit disant division d’un pouvoir de décision sur chaque membre de la multitude ? Le problème est connu : c’est exactement celui de Rousseau dans le Contrat social, et il est certain qu’il ne faut pas moins que l’opération magique de la volonté générale pour le résoudre. Mais si l’on est sérieux, il est clair que cette division du pouvoir est par définition impuissante à faire une unité. L’impossibilité est inscrite dans les termes mêmes du problème. L’atteste de manière irrécusable l’incapacité d’attacher à l’action de voter la moindre signification morale. C’est une pure technique de décision, en apparence, de contrôle de l’opinion en réalité.

Pour peu donc que l’on cesse de se goberger du mythe fade du citoyen de Genève, force est de constater que la souveraineté populaire ne fait pas un peuple, lequel suppose pour exister le consentement à un droit et une communauté d’intérêts, si l’on en croit à nouveau Cicéron. Mais précisément, la souveraineté populaire étant la négation même d’une communauté, elle entraîne avec elle la négation du droit, au vrai sens du terme, c’est-à-dire de la mesure du juste et de l’injuste, qui est soit naturelle, soit conventionnelle, selon les cas. Qu’il en soit ainsi, c’est ce qu’atteste le fait on ne peut plus clair que la République en France est « en état d’insurrection permanent contre sa propre légalité »[1]. En fait de consentement à un droit, c’est la détestation du droit en vigueur comme de tout droit qui est la norme, et la subversion continue de la loi. Et telle est là encore l’imposture de la République historique : avoir fait croire qu’elle était le règne de la loi, contre l’arbitraire supposé du monarque, alors qu’elle n’a jamais eu de cesse de détruire sa propre loi, et de n’être à nouveau, en réalité, qu’un règne de l’opinion.

Absence du peuple, évacuation de la justice et subversion continuelle de la loi : la République n’est que nominale et non réelle. Réellement, elle est le jeu d’une oligarchie qui s’efforce de dompter l’opinion en maintenant le peuple sous le joug de la fiction, et pour cela s’appuie sur des formes – les institutions – dont aucune n’est à proprement parler républicaine, mais l’invention des régimes qui l’ont précédée, et qu’elle est toujours prête à sacrifier pour sauver ses intérêts s’il le faut. Mais cela même est encore en partie un jeu d’apparence, car l’apothéose de la souveraineté populaire serait son assomption en anarchie, ce qui signerait la fin de la République. Tout le travail de celle-ci est donc de maintenir le plus longtemps en vie la fiction qui la justifie, et pour cela de brider cette fiction, par un jeu d’alternance subtil entre démagogie et autoritarisme. Ainsi en guerre perpétuelle contre ses propres principes, éternelle bâtarde de l’utopie anarchiste et de la nostalgie monarchique, la République n’est pas un régime politique mais un « ectoplasme » dont les contours sont toujours à redéfinir, et qui use toute son énergie à se maintenir au milieu des sables mouvants sur lesquels elle est posée, aux dépends de ce qui subsiste du vrai peuple de France.

[1]Claude Polin & Claude Rousseau, Les illusions républicaines, PSR Editions, 1995, p. 156.

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