Il est 13h30 ce mardi 24 mars dans la salle d’audience du tribunal judiciaire de Privas lorsque le président fait son entrée, entouré des deux magistrats chargés de rendre collégialement leur verdict dans le procès du père Benard et de la Famille Missionnaire de Notre Dame (FMND). Dans la salle, une petite dizaine de journalistes, quelques curieux et surtout deux groupes que tout oppose : des opposants hostiles à la FMND et une vingtaine d’amis venus soutenir le père Bernard, accompagné de ses deux avocats. Les premiers rêvent depuis des semaines à la fermeture du foyer de Saint Pierre de Colombier, les seconds espèrent une relaxe totale.
La lecture du verdict va durer environ trente minutes. Après avoir rejeté toutes les demandes de nullité formulées par la défense et décrit le fonctionnement de la communauté de manière peu aimable, le président commence à enoncer le verdict. Il s’agit pour le tribunal de se prononcer sur la culpabilité du père Bernard mais aussi de la FMND, accusés d’abus de faiblesse, pour chacun des cinq plaignants. Cela fait donc 10 décisions.
Au fur et à mesure de la lecture du verdict, les dents se serrent du côté des opposants et les machoires se désserrent du côté des amis de la FMND et des membres de la communauté présents. Le président annonce pas moins de 7 relaxes et seulement 3 condamnations : le père Bernard est condamné une seule fois et relaxé pour les 4 autres plaignants tandis que la FMND est condamnée deux fois.
Tout ça pour ça ? Plus de deux années d’instructions exclusivement à charge avec l’ancien évêque des lieux, Mgr Balsa, comme principal instigateur. Un dossier d’accusation de près de 3 000 pages, des plaignants que l’on est allé chercher pour qu’ils portent plainte, des centaines d’articles de presse décrivant un système d’emprise, un procès où les droits de la défense ont été bafoués (9 témoins à décharge entendus sur les 19 présents, une expertise psychologique du père Bernard réalisée sur la base des déclarations des plaigants…sans jamais que l’expert ne reçoive le principal intéressé, un faux témoignage dénoncé en direct par la défense, aucune audition des religieux en amont à part ceux qui ont porté plainte). Le père Bernard a été présenté comme un véritable gourou ayant mis en place un système d’emprise pour, au final, être reconnu coupable d’abus de faiblesse sur une seule religieuse…
Les journalistes présents n’ont visiblement pas compris la signification de ce verdict et insistent devant les caméras ou dans les premiers aticles publiés : le père Bernard est condamné pour abus de faiblesse ! Point barre ! Après tout, c’est leur rôle. Ils n’ont pas vraiment de culture religieuse et continuent à parler d’une communauté traditionnaliste. On leur a dit que la FMND serait condamnée donc ils y croient. Ils vont déchanter une heure plus tard lorsque les avocats de la défense feront une déclaration après avoir interjecté appel et en profiteront pour leur reprocher leur partialité et leur manque de professionnalisme durant les 4 jours de procès où ils ont systématiquement minimisé ou oublié de rendre compte des arguments et témoignages de la défense.
Mais il y a des attitudes qui ne trompent pas. A peine la séance levée, les opposants, habituellement si prompts à provoquer ou insulter les amis de la FMND, disparaissent plus vite que leur ombre mais leurs visages décomposés n’ont trompé personne. Du côté des amis de la FMND, c’est tout d’abord l’expectative. Puis des sourires apparaissent montrant un réel soulagement. Maître Triomphe et maître Gousseau entraînent rapidement tout ce petit groupe à l’étage pour des explications techniques parce qu’il y a tout de même condamnation…
Au-delà de la FMND et de la personne du père Bernard, les enjeux sont en réalité immenses. Cette décision de justice était attendue et scrutée par tous les évêques de France réunis à Lourdes. Mais aussi par toutes les communautés religieuses qui pourraient être poursuivies de la même manière. En effet, ce sont bien les fondements de la vie religieuse qui étaient attaqués à travers une très mauvaise interprétation des voeux religieux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance (voir cet article et cet article). Je renvoie à cette réflexion publiée dans un article récent sur le Salon beige :
Si c’est un abus d’interdire à un jeune religieux de communiquer avec sa famille pendant certaines périodes, faudra-t-il interdire tous les monastères bénédictins ? Bien sûr qu’il est très facile d’utiliser de façon perverse les pouvoirs d’un supérieur religieux ; bien sûr que les conseils évangéliques de pauvreté, chasteté et obéissance, lorsqu’ils ne sont pas librement consentis, sont inhumains – et seraient sectaires s’ils étaient imposés. Mais la vie religieuse est le cœur battant de l’Eglise militante : si nous jetons la suspicion sur toute obéissance, toute chasteté, toute pauvreté, nous détruisons ce cœur.
Il est donc très important de ne pas s’arrêter aux premiers titres et articles publiés sans nuance et surtout sans aucune analyse juridique. Il s’agit en réalité d’une quasi relaxe puisque 7 accusations sur 10 ont abouti à une relaxe. Le Père Bernard et la FMND ayant fait immédiatement appel, ils sont donc présumés innocents jusqu’au jugement en appel qui aura lieu à Nîmes sans doute en 2028.
Voici la déclaration de maître Jérôme Triomphe qui considère cette affaire comme une des plus importantes de sa carrière d’avocat, notamment en raison des enjeux pour toutes les communautés religieuses catholiques en France :
Voici des extraits du long communiqué de la FMND qu’il est important de diffuser aux évêques et aux communautés religieuses pour bien qu’ils en comprennent le sens :
Ce 24 mars 2026, le tribunal judiciaire de Privas a rendu son jugement à la suite des poursuites engagées par Madame le Procureur de la République de Privas il y a 2 ans, après une enquête préliminaire menée exclusivement à charge, et sur saisine de deux évêques.
La FMND et son Supérieur général contestent formellement et vigoureusement tout abus de faiblesse. Il est rappelé qu’ils ont dû se défendre dans des conditions contraires aux droits élémentaires de la défense. Ils se sont ainsi vu refuser la copie des 9 000 pages de supplément d’information qu’elle avait pourtant obtenu de la précédente formation. Ils se sont vu refuser de voir l’audience fixée sur un nombre de jours suffisants pour entendre leurs dix-neuf témoins à décharge et ont été contraints, contre leurs droits élémentaires, de renoncer à l’audition de dix d’entre eux. Ils ont versé aux débats près de 3 000 pages de pièces et attestations, démontrant point par point la fausseté et l’inanité des accusations portées contre eux.
Alors que Madame le Procureur avait requis le 22 janvier 2026 une condamnation de deux ans de prison avec sursis contre le Supérieur, cinq ans d’interdiction d’exercice de la prêtrise comme si une juridiction étatique en avait le droit, 100 000 euros d’amende et une fermeture d’un an du site de Saint-Pierre-de-Colombier, dans son jugement rendu ce 24 mars 2026, le tribunal a écarté 90% des accusations initiales et refusé de prononcer les condamnations stupéfiantes qui étaient réclamées.
Sur les cinq plaignants initiaux (sur 160 membres), seulement deux ont été déclarés victimes, ce qui reste évidemment contesté. S’agissant de ces deux plaignantes, l’une a quitté la communauté pour un homme qu’elle avait rencontré à l’extérieur tandis que l’autre avait été refusé aux engagements par le conseil unanime. Ce que ne disent pas les médias, c’est que le Père Bernard n’a été condamné à aucune indemnisation envers quiconque.
S’agissant des 10% d’accusations restantes, le tribunal a prétendu que les deux victimes déclarées auraient été coupées de leurs familles ce qui a été contredit par 360 membres des familles de religieux, et par les 160 religieux de la FMND ; qu’elles auraient été privées de moyens de communication, ce qui a pourtant été radicalement démenti par les pièces. Le tribunal a justifié également la condamnation par le fait que le Père Bernard allait visiter les foyers quand il y avait des difficultés à résoudre, alors que c’est le rôle d’un supérieur ; qu’il faisait des revues de presse faisant état de sa vision de l’actualité, alors que c’est l’usage commun dans les communautés religieuses dont les membres aspirent à se couper volontairement du monde ; que la FMND était hiérarchisée, ce qui est le propre de toute communauté religieuse ; que l’on pouvait y parler de péché d’orgueil, ce qui relève de la liberté de religion ; et encore qu’elle faisait référence aux écrits de la fondatrice, alors qu’il s’agit d’une règle du droit de l’Église rappelée dans les Constitutions approuvées et louées par le Saint-Siège et par l’ancien évêque de Viviers.
Il n’a été tenu aucun compte des contradictions, incohérences et même contre-vérités qui ont été démontrées par la défense de ces cinq plaignants sur 160 membres.
Sur un plan judiciaire, il s’agit d’une quasi-relaxe. Cependant, la FMND et le Père Bernard ne peuvent pas accepter une condamnation sur les 10% d’accusations retenues qui sont toutes fausses et ne résistent pas à l’examen réel des faits, outre qu’il s’agit d’une immixtion dans la vie religieuse et la liberté de religion protégées par la Cour européenne des droits de l’homme.
C’est pourquoi un appel a été immédiatement interjeté contre la condamnation portant sur les 10% d’accusations retenues. Cet appel anéantit le jugement, et tant la FMND que le Père Bernard restent présumés innocents.
Deux évêques ne font pas l’Eglise de France ; deux parties civiles ne font pas un système d’emprise et d’abus de faiblesse. A l’inverse, ce sont 160 religieux qui témoignent de leur engagement libre ainsi que 360 membres de leurs familles qui en sont les premiers témoins.
A ce stade, un seul article de presse semble avoir compris les enjeux et analysé la réalité de ce délibéré.
