Aujourd’hui, l’Assemblée Nationale reprend en deuxième lecture l’examen du projet de loi sur l’« aide à mourir ».
Sous les dehors d’une compassion médiatisée, nous risquons un changement de civilisation radical : la fin de l’interdit de tuer, pilier de notre médecine depuis Hippocrate.
Mais derrière le paravent de l’émotion, il est temps de dénoncer la réalité brutale des facteurs économiques qui poussent à cette dérive. Une société qui commence à calculer le « coût » de sa fin de vie est une société qui abdique son humanité.
L’humain n’est pas une variable d’ajustement
L’argument de l’autonomie masque trop souvent une logique budgétaire cynique. Légaliser l’acte de donner la mort, c’est s’offrir une solution de facilité face au sous-financement chronique des soins palliatifs. La dignité ne peut pas être une variable d’ajustement comptable. En transformant la vie des plus fragiles en une valeur marchande, on condamne les plus vulnérables à la culpabilité d’exister, leur laissant croire qu’ils sont un poids financier pour leur famille ou pour la France. Or, l’économie doit impérativement passer après l’humain.
La conscience soignante prise en otage
Ce texte porte également une atteinte inédite à la liberté des médecins et des pharmaciens. En transformant la mort en une simple prestation de santé, la loi place les soignants dans une impasse éthique insupportable. Le médecin, dont la vocation est de protéger la vie, devient un agent d’exécution ; le pharmacien, un rouage de la chaîne létale. Faire d’eux des fournisseurs de mort pour soulager les comptes de l’État est une violence inouïe. Contraindre leur conscience, c’est transformer le médecin en exécuteur administratif de la mort, faire de l’hôpital le lieu d’une gestion comptable des existences et trahir le pacte sacré qui unit le soigné à son soignant.
Choisir la fraternité réelle
On invoque les « cas limites » pour justifier cette rupture, mais la loi Claeys-Leonetti permet déjà d’apaiser toute souffrance sans donner la mort. Le véritable échec n’est pas législatif, il est moral : offrir la mort faute de moyens humains est un renoncement indigne.
En ce jour de débats cruciaux, la fraternité doit être vainqueur face à l’abandon comptable. Face à la détresse, la réponse ne doit pas être un crime camouflé sous le masque d’une fraternité dévoyée, mais une présence qui ne flanche pas. La dignité ne dépend pas de ce que l’on peut faire, mais de ce que l’on est : elle impose le respect, jamais l’abandon.
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