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L'Eglise : Jean-Paul II / Science

1994-2024 : 30e anniversaire du rappel à Dieu du Vénérable professeur Jérôme Lejeune

1994-2024 : 30e anniversaire du rappel à Dieu du Vénérable professeur Jérôme Lejeune

Lu dans La Nef cet article d’Aude Dugast, postulatrice de la cause de béatification de Jérôme Lejeune:

Au nom du Professeur Jérôme Lejeune, d’innombrables personnes évoquent avec émotion son extraordinaire regard dont la chaleur et la lumière venues d’ailleurs ont réconforté leur cœur endolori par le handicap. Célébrer aujourd’hui le 30ème anniversaire de sa mort, c’est donc, plus qu’un souvenir, une promesse d’avenir pour les patients, leurs familles et pour tous ceux qui souhaitent comme lui devenir serviteurs de la vie. Jérôme Lejeune avait réussi cette unité du cœur et de la raison qui lui permettait de transcrire dans une sciencemoderne des vérités immémoriales. Il était artiste, savant, médecin et serviteur de la vie… 

Le 3 avril 1994, au matin de Pâques, le Pr Jérôme Lejeune fut rappelé à Dieu. Dès le lendemain de sa mort, Saint Jean-Paul II fit parvenir unmessage au cardinal Lustiger, archevêque de Paris : « […] Nous désirons aujourd’hui remercier le Créateur, “de qui toute paternité tire son nom”(Ep 3, 15), pour le charisme particulier du défunt. On doit parler ici d’un charisme, parce que le Professeur Lejeune a toujours su faire usage de saprofonde connaissance de la vie et de ses secrets pour le vrai bien de l’homme et de l’humanité, et seulement pour cela. »

De son œuvre humaine peuvent aujourd’hui témoigner en maints pays et en France particulièrement des milliers de parents et de professionnelsauxquels il avait pu montrer la voie grâce à sa compassion active. Quelques jours après sa mort le Pr. Lucien Israël écrivait dans Le Figaro-Magazine: « cette double activité de scientifique et de médecin des malheureux et des désavantagés par le sort s’est nourrie, de toujours, à une foicatholique exigeante et brûlante qui devait le mener à défendre avec la même ardeur, dans le droit fil de ses principes, la vie des embryons menacéspar l’avortement médicalisé, légalisé, banalisé et remboursé par la sécurité sociale. Il s’est battu pour faire admettre que dès la conception, la viedu futur bébé a le même prix, la même signification, la même dignité que celle de l’enfant et de l’adulte ; et soit dit en passant, du vieillard malade… » Et il concluait : « Le professeur Lejeune laisse des continuateurs fervents, de toutes philosophies et de toutes confessions. »

Un poète et un savant

C’est en véritable poète que le Professeur Lejeune contemple le monde qui l’entoure. S’ouvrir au mystère de la beauté du monde l’engage à luttercontre les défaillances de la nature surtout quand les victimes de ces dysfonctionnements sont ses « frères humains ». Et quand la médecine propose devaincre la maladie en supprimant le malade elle commet un contresens absolu qu’il ne peut accepter.

Médecin des corps et des âmes

Médecin bouleversé par ses patients « privés de la plénitude de vie qu’on appelle liberté de l’esprit », le Professeur Lejeune leur voue sa vie, «plein cœur, plein temps ». Quand, en 1958, il démontre l’origine de la trisomie 21, il ouvre une voie de recherche originale, qui lui permettra, de découvrir beaucoup d’autres maladies. Ces découvertes capitales font de lui le « père de la génétique moderne ». Il reçoit d’innombrables prix, dont leprestigieux Prix Kennedy, et est nommé membre de nombreux organismes internationaux.

Dans sa consultation à l’Hôpital Necker Enfants Malades, la plus importante au monde en ce domaine, le regard qu’il porte sur chacun de ses9000 malades venus de tous horizons le consulter frappe tous ceux qui le croisent. Ce même regard qui considère tous ses patients comme desêtres uniques. « La compassion vis-à-vis des parents est un sentiment que tout médecin doit avoir, écrit-il. Si un médecin ne l’éprouve pas, il n’est plus qu’une sorte d’ordinateur, une machine à faire des ordonnances.» Aujourd’hui son œuvre continue avec la Fondation Jérôme Lejeune et l’Institut médical qui porte son nom et accueille plus de 12 000 patients, en consultation spécialisée, à Paris et à Nantes, et de nouvelles Fondations Lejeune en Espagne, en Argentine et aux Etats-Unis.

Avocat des sans-voix

De cette inaltérable passion pour la vie, Jérôme Lejeune puise sa vocation de porte-parole des enfants à naître et de tous ceux que l’on voulait supprimer. Incorruptible, il « combattit les idées fausses et non les hommes ». Il a constamment demandé « le respect de la vie, le droit et la liberté de vivre, propriétés intouchables de chaque être, existentiellement, économiquement, biologiquement, absolument, métaphysiquement, et non pas seulementsocialement ou « moralement » (Eugène Ionesco, de l’Académie française, paru dans Le Monde le 19 octobre 1974).

Son éternel dévouement puise aussi sa force et son courage dans ses patients eux-mêmes. Le lendemain d’une émission télévisée surl’avortement et le diagnostic prénatal, un de ses petits malades s’élance dans les bras de « son » Professeur, le suppliant : « défends-moi ». Comment résister à un tel appel ? Il avertit aussitôt les membres de son équipe : « Si je ne les défends pas, je les trahis, je renonce à ce que je suis devenu de fait : leur avocat naturel […] »

On sait que son engagement lui vaut de violentes oppositions, l’ostracisme des puissants et la perte de son prix Nobel, mais cela lui importepeu. A ceux qui lui demandent « vous n’avez pas peur, vous ne voulez pas contre-attaquer ? », il répond : « tout cela n’a pas d’importance, ce n’est pas pour moi que je me bats, mais pour mes petits patients. »

Scientifique et chrétien ou l’alliance réussie

Au chercheur, au médecin et au défenseur de la Vie, s’ajoute un chrétien nourri à une Foi « exigeante et brûlante » vécue au quotidien. Ne voyant aucune contradiction entre la Foi et la science il répond clairement à ce propos « comment pourrait-il y avoir contradiction entre le vrai et le vérifié ? C’est toujours le second qui tarde ». Il érige toutes ses démonstrations dans le champ de la médecine et de la bioéthique sur des preuves rationnelles et beaucoup, sans partager ses convictions, en arrivent aux mêmes conclusions.

Ami de Jean-Paul II, Jérôme Lejeune en partage le même combat, celui de défendre envers et contre tout, la vie humaine. Le Saint-Père lenomme premier président de l’Académie Pontificale pour la Vie dont il rédige les statuts et l’Attestation des Serviteurs de la Vie.

Serviteur de la Vie

On ne peut comprendre l’œuvre de Jérôme Lejeune si l’on ne mesure pas à quel point il a souffert de compassion. Une souffrance profonde, presque charnelle, pour tous ces enfants que l’on veut empêcher de naître. Pour ces mères qu’on n’a pas su aider à accueillir la vie. Pour la médecine hippocratique dévoyée par les théories eugénistes. Unesouffrance anxieuse devant l’image des millions de morts qu’il entrevoit. Une souffrance quasi prophétique : « Les initiales I.V.G. ont une signification terrible : Interruption d’une Vie Gênante. Et l’âge n’y fait rien. Les vieillards sont aussi menacés que les plus jeunes. » Quel raccourci saisissant de notre actualité française, qui, en l’espace de quelques jours, inscrit l’avortement dans le marbre de la Constitution et annonce l’euthanasie…

Mais face à cette « défaite des enfants de France », le vénérable Jérôme Lejeune n’a pas baissé les bras. Il a rappelé l’évidence : « le droit de vivre n’est pas donné par les gouvernements. De ce fait les gouvernements n’ont pas le pouvoirde retirer ce droit à qui que ce soit. » Il n’est pas inutile de se souvenir ici du message qu’il alla délivrer au nom du Saint-Siège, à Léonid Brejnev, en pleine guerre froide, pour l’alerter sur les risques immenses d’une guerre atomique :« Pour que la civilisation continue d’exister, la politique devra nécessairement se conformer à la morale : à la morale qui transcende toutes les idéologies parce qu’elle est inscrite en nous par le décret impénétrable qui régit à la fois les lois de l’univers et la nature des êtres humains. » Un message de Sagesse, auquel Brejnev répondit “Da (oui)”.

Cette certitude, aujourd’hui, comme hier, nous invite à l’engagement1, selon les propres mots du Vénérable Jérôme Lejeune : «Dans une société pluraliste, c’est le devoir – je ne parle pas de droit, je parle de devoir – c’est le devoir de chaque citoyen d’essayer de faire entrer dans les lois de son pays, autant qu’il le puisse et légalement, la morale qui luisemble supérieure, car s’il ne le fait pas il trahit son devoir démocratique. […] On dit que l’avortement est entré dans les mœurs et qu’on n’y peut plus rien. Mais les mœurs changent aussi. Cela nous en sommes sûrs parce qu’en 1974 il était encore interdit en France de tuer les très jeunes français. Alors le changement peut se produire dans l’autresens et même sans jouer au  prophète on peut être certain qu’il se produira. La santé par la mort est un triomphe dérisoire. C’est la vie qui seule peut gagner. »

1 : Pour nous former et nous engager : Congrès international de bioéthique, les 17 et 18 mai 2024 à Rome : Jérôme Lejeune et les défis de la bioéthique au XXIeme siècle. Pour soignants, scientifiques, philosophes, etc. Informations (français) et inscriptions sur : https://internationalbioethicscongress.org/fr/

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