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Culture de mort : Euthanasie / Religions : Eglise orthodoxe

Appel des évêques orthodoxes aux sénateurs sur la fin de vie : “le Seigneur est le Maître de la Vie”

Appel des évêques orthodoxes aux sénateurs sur la fin de vie : “le Seigneur est le Maître de la Vie”

Déclaration de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF) sur la fin de vie, adoptée le jeudi 12 janvier :

L’AEOF est interpelée par le grand débat national sur la fin de vie ouvert par le Président de la République et qui pose la question d’une éventuelle légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté en France. Une telle évolution, si elle se précise, constitue un vrai sujet de préoccupation pour les orthodoxes qui y voient un changement de paradigme juridique et du système de valeurs qui est le nôtre.

Plutôt qu’une évolution, il s’agit là d’une rupture. En effet, l’avis consultatif n°139 du comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) du 13 septembre 2022 a envisagé, pour la première fois, même si c’est sous certaines conditions strictes et pour autant que le législateur en décide, la possibilité « d’un accès légal à une assistance au suicide » pour les malades atteints « de maladies graves et incurables provoquant des souffrances réfractaires et dont le pronostic vital est engagé à moyen terme ».

Il est important de rappeler dans ce contexte que les lois actuelles sur le droit des malades et la fin de vie, les lois « Léonetti » de 2005 et « Claeys-Léonetti » de 2016, constituent de l’avis d’un grand nombre de praticiens, des lois sages et d’équilibre, en ce sens qu’elles n’entraînent pas ce changement radical qui nous ferait passer de « l’accompagnement de la fin de vie » vers un système qui « mettrait fin à la vie ».

Qu’on le veuille ou non, l’éthique a une portée métaphysique. Une lame de fond voudrait faire table rase de cette dimension, ce qui ouvrirait la voie à un « droit de donner la mort ». La vie n’est plus considérée alors comme donnée. Cette élasticité des valeurs nous semble dangereuse. Les médecins eux-mêmes se disent soucieux de ce déplacement de curseur et de ses implications éthiques et pratiques. Il est de notre rôle, en tant que pasteurs, de le rappeler. Les évêques orthodoxes de France souhaitent ainsi mettre en relief quelques convictions fondamentales de la foi chrétienne telle qu’elle est enseignée et vécue par l’Église orthodoxe :

• Mourir fait partie de la condition humaine marquée par la chute d’Adam, mais la vie d’une personne humaine ne peut pas se réduire à la mort qui aurait le dernier mot. La condition humaine devrait toujours être envisagée à la lumière de la Résurrection du Christ. La riche Tradition de l’Église orthodoxe ne cesse de le montrer par son enseignement théologique et par l’ensemble des pratiques ecclésiales et liturgiques. Selon la théologie orthodoxe, l’objectif final de toute vie est la communion éternelle avec Dieu, or celle-ci est indissociable de la relation profonde et attentive que tout être humain (peu importe son état de santé mentale, physique ou autre) a avec l’ensemble de la création divine (les autres êtres humains, mais également, avec les animaux, les plantes, etc.). Il est vrai, qu’en considérant la vie comme un don éternel de Dieu, la mort reste un dernier ennemi. Or celui-ci a été vaincu une fois pour toute par la mort et la résurrection du Christ. Depuis, la mort est transformée en un « passage » bienvenu, qui nous guide vers la vie éternelle de communion joyeuse qui ne connaîtra ni fin ni souffrance ni séparation.

• Dieu est le créateur de la vie et toute vie est l’œuvre de Dieu. Dès lors, ni la vie ni la mort ne nous appartiennent. Dans cette perspective, il semble clair qu’il ne faudrait pas s’acharner à prolonger artificiellement la vie par une thérapie médicalisée pour éviter la mort biologique, ni l’abréger afin d’éviter tout contact avec l’angoisse suscitée par la mort. Les questions qui se posent en ces moments difficiles ne sont souvent pas d’ordre purement médical ou biologique, mais touchent à l’ensemble de la condition de vie d’un être humain. L’anthropologie chrétienne ne se lasse pas de répéter que la personne humaine souffrante reste une personne humaine qui transcende les données du mesurable, car elle est « à l’image et à la ressemblance » de Dieu tri-unique, un mystère que la science ne pourra jamais circonscrire dans sa totalité. C’est cette participation à la vie divine instaurée par l’incarnation du Christ et l’Église – son Corps, qui empêche de pétrifier l’homme, de le chosifier en produit moral ou physique et de l’humilier.

• La souffrance, subie ou observée, des personnes qui sont en phases terminales purifie l’éthique abstraite et normative de tous les éléments théoriques et juridiques qui la réduisent à une simple morale, pour en faire essentiellement un acte d’amour et une expérience spirituelle. Selon le philosophe et théologien orthodoxe Nicolas Berdiaev (1874-1948), « en plaçant l’homme au-dessus de la dialectique du bien et du mal, le christianisme accomplit la plus grande révolution de l’histoire, mais (que) la chrétienté n’a pas toujours été capable de l’assumer ».

• Les communautés ecclésiales devraient donc porter une attention particulière aux personnes souffrantes et malades. Elles devraient également rechercher parmi les voies existantes ou en créer de nouvelles pour repenser et renforcer ses pratiques du soin. Elles peuvent non seulement prier pour les personnes malades, mais mettre en place des aumôneries, là où elles n’existent pas, ou renforcer davantage l’action de celles qui existent, où les personnes formées pourraient accompagner de près les personnes souffrantes ainsi que leurs proches. Dans cette perspective, les aumôniers chrétiens pourraient renforcer les rangs de ceux qui œuvrent dans les soins palliatifs. Ils pourraient ainsi être à l’écoute des questions et des peurs qui accablent les personnes en fin de vie et leur épargner le sentiment de solitude et d’abandon. Ils pourraient aider à la préparation à une mort où les valeurs premières, c’est-à-dire spirituelles, seraient respectées, à savoir, que le malade puisse maintenir autant que possible une relation consciente et personnelle avec Dieu et avec le monde qui l’entoure, qu’il puisse se confesser et communier une dernière fois, et qu’il se sache accompagné par la présence, l’amour et la prière de ceux qui le remettent doucement et paisiblement entre les mains de Dieu.

Que nous soyons croyants ou non, la vie demeure un mystère pour tous. La limite de la vie aussi. Toute évolution législative qui supprimerait cette distinction fondamentale entre le laisser-mourir et le faire-mourir constituerait un abîme remettant en cause les convictions fondamentales de nombreuses personnes.

Tout en renouvelant leur confiance dans le développement de l’intelligence scientifique et de l’éthique qui l’accompagne, comme un don de Dieu, les évêques orthodoxes de France rappellent cette conviction fondamentale qui est la leur : le Seigneur est le Maître de la Vie.

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