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France : Société

Blocage à Sciences Po Strasbourg : lettre ouverte d’un enseignant à son directeur

Blocage à Sciences Po Strasbourg : lettre ouverte d’un enseignant à son directeur

Après trois semaines de blocage à Sciences Po Strasbourg, l’enseignant Nicolas Bauer (docteur en droit, chercheur associé au Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) et chargé d’enseignement à Sciences Po Strasbourg) interpelle son directeur, Emmanuel Droit :

Monsieur le directeur,

Le 7 octobre 2026, les forces de l’ordre ont mis fin au blocage de Sciences Po Paris, après quelques heures seulement. Les libertés d’étudier, d’enseigner et de travailler ont été rapidement restaurées.

À Strasbourg, notre Institut d’études politiques (IEP) est bloqué depuis le 2 octobre et vous anticipez la persistance du blocage et la fermeture du bâtiment jusqu’au 6 novembre. La reprise de nos enseignements reste incertaine au-delà de cette date.

Dès les premiers jours du blocage, vous aviez relevé que des insultes avaient été proférées à l’encontre d’enseignants. Les courriels que vous nous adressez chaque jour relatent d’autres conséquences du blocage : risque de décrochage de nos étudiants, isolement des étudiants étrangers et surcharge de travail pour les équipes administratives. D’après vous, « beaucoup d’étudiants expriment un sentiment d’épuisement, une perte de repères et une inquiétude grandissante quant à la poursuite de leur semestre ».

Une trentaine de bloqueurs pour 1 600 étudiants

Sur 1 600 étudiants inscrits à Sciences Po Strasbourg, une trentaine seulement bloquent l’établissement. Ce groupuscule prend en otage l’ensemble de la communauté éducative, comme il l’avait fait à deux reprises l’année dernière, d’abord contre Israël puis contre le Rassemblement national. La revendication actuelle la plus visible, inscrite sur un grand panneau à l’entrée de l’établissement, est « ACAB », c’est-à-dire « All cops are bastards » (« Tous les flics sont des bâtards »).

Depuis la rentrée de septembre 2026, je n’ai pu donner qu’un seul cours de droit public. Le deuxième devait porter sur le service public. Le sujet prend une résonance particulière : Sciences Po Strasbourg, rattachée à l’université de Strasbourg, assure des missions de service public, dont la continuité constitue un principe fondamental.

La continuité du service public en question

En vertu de la réglementation en vigueur, il appartient à la présidente de l’université de Strasbourg, Frédérique Berrod, de garantir cette continuité, dans le cadre de ses compétences. Ainsi, c’est elle qui « est compétente pour prendre toute mesure utile pour assurer le maintien de l’ordre et peut en cas de nécessité faire appel à la force publique » (Article R. 712-6 du Code de l’éducation). Malheureusement, Mme Berrod a confirmé le 23 octobre son refus d’un déblocage de Sciences Po Strasbourg, privilégiant des « négociations » avec les bloqueurs, dont elle affirme soutenir « certaines » des revendications.

Monsieur le directeur, vous avez réuni l’ensemble de vos enseignants et des membres du personnel afin de leur soumettre une motion pour demander à la présidente de l’université « de prendre les mesures nécessaires pour garantir, dans un cadre proportionné et sécurisé, le libre accès au bâtiment ainsi que la protection des étudiants et des personnels ». Je fais partie des deux seuls enseignants qui ont pris la parole pour soutenir votre motion. Celle-ci a été rejetée par la majorité. Certains de nos collègues ont justifié leur vote en tenant des propos radicalement hostiles aux forces de l’ordre.

À la suite de cette réunion, j’ai encouragé mes étudiants à défendre leur liberté, en écrivant à la présidente de l’université et à leurs autres enseignants, et en échangeant directement avec les bloqueurs. Pour autant, je crois fermement que ce n’est pas sur les étudiants que doit reposer la responsabilité de trouver des solutions.

Envisager des procédures disciplinaires

Monsieur le directeur, depuis trois semaines, vous multipliez les propositions de dialogue et de compromis avec les bloqueurs. Elles se heurtent à des refus répétés, tandis que le blocage continue de pénaliser les étudiants et d’épuiser les personnels. Il ternit par ailleurs l’image de notre école et risque de dégrader la valeur de son diplôme. En tant qu’enseignant, je vous invite désormais à envisager l’engagement de procédures disciplinaires à l’encontre des bloqueurs, dans le respect des textes applicables. La liberté d’étudier ne se défend pas à coups de slogans : elle exige des actes et le courage de la faire respecter.

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