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Culture de mort : Euthanasie

“Ce n’est pas une aide à mourir que nos enfants attendent de nous, mais une aide à vivre”

“Ce n’est pas une aide à mourir que nos enfants attendent de nous, mais une aide à vivre”

La sénatrice de l’Union Centriste Nadia Sollogoub s’est prononcée contre “l’aide à mourir” à la tribune du Sénat :

« Mourir, c’est éteindre le monde », disait Jules Renard. Comme cela semble simple… Pourtant, quoi de plus complexe que la question de notre propre mort ? Chacun fuit la pensée de ce qui le terrorise : la perspective de souffrir.

Tous blessés par des deuils et des expériences personnelles, nous sommes responsables de nos choix devant les générations futures. Le texte sur le droit à l’aide à mourir doit dire son nom : il pose la question globale du suicide et inscrit dans la loi la possibilité de donner la mort, ce qui marque une modification anthropologique majeure.

Manque d’information du public, de formation des professionnels, de moyens palliatifs : il y a un décalage entre le cadre législatif actuel et la réalité. Dès lors, faut-il changer la loi pour donner suite à une promesse de campagne du Président de la République ? L’origine de la réflexion est la persistance, dans des cas rares, de souffrances extrêmes et réfractaires : face à ces situations dramatiques, n’est-ce pas notre système de soins qui prouve son absence de culture et de moyens palliatifs ? N’est-il pas plus simple de faire disparaître le malade plutôt que la souffrance ?

Ce débat fondamental exige une immense humilité, car chacun est porteur jusqu’à son dernier souffle d’une histoire singulière. Aucune loi ne répondra à la multiplicité des situations individuelles. Par ailleurs, les progrès de la médecine entraînent des situations inédites.

Je suis inquiète que ce texte sensible soit étudié dans une société fracturée où le climat social risque d’influencer irrationnellement des positions éthiques. Le Sénat doit retravailler ce texte. Son rejet pourrait certes entraîner son adoption en l’état, ce qui n’est pas mon souhait, mais c’est un risque.

En Belgique, l’objectif en 2002 était d’apporter une solution à des cas exceptionnels de souffrances inapaisables : vingt ans plus tard, on observe une croissance continue du nombre d’euthanasies. La subjectivité et la non-discrimination conduisent à une normalisation juridique de la mort dans des cas inimaginables au moment du vote de la loi. Au Canada, sur 13 000 personnes ayant bénéficié de l’euthanasie en 2023, 3,5 % n’étaient pas en fin de vie. Aux Pays-Bas, devant l’explosion du nombre d’euthanasies, des voix s’élèvent pour réclamer un allègement du protocole.

Ces constats interpellent : l’euthanasie deviendrait une proposition parmi d’autres dans la planification des soins. Pourtant, depuis la nuit des temps, les médecins prêtent serment avec un interdit de tuer. De plus, ce débat se déroule dans un climat qui met en avant le coût de la prise en charge des personnes âgées. Pourrait-on avoir un jour à se justifier de vouloir rester en vie à n’importe quel prix ?

Vous l’aurez compris, je suis contre cette évolution législative. Je repense à ce que disait le professeur Delfraissy : nous n’aurions peut-être jamais dû légiférer sur la fin de vie et rester dans le dialogue singulier patient-soignant. Avec un certain nombre de mes collègues centristes, je refuse fondamentalement que s’ouvre une voie qui serait sans retour. Ce n’est pas une aide à mourir que nos enfants attendent de nous, mais une aide à vivre.

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