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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Comme le prétexte de cette réforme était pastoral, les héritiers de cette idée de réforme pourraient se prêter à l’exercice du bilan

Comme le prétexte de cette réforme était pastoral, les héritiers de cette idée de réforme pourraient se prêter à l’exercice du bilan

A la suite de la tribune de l’abbé Louis-Emmanuel Meyer, intitulée « Messe en latin : « La difficulté n’est pas le rite ancien, mais son instrumentalisation » », Cyril Farret d’Astiès, laïc et auteur de Un heureux anniversaire ? Essai sur les cinquante ans du missel de Paul VI (Presses de la Délivrance), propose une réponse sur le site de L’Homme Nouveau :

Cher Monsieur l’abbé,

Décidément, depuis cette édition 2023 du pèlerinage de Chartres, les plumes chauffent et les claviers crépitent. C’est une joie de constater que la question liturgique préoccupe à nouveau les catholiques. Que le pape François et son motu proprio Traditionis custodes en soient remerciés. Ce n’était probablement pas l’objectif poursuivi mais c’en est un résultat indéniable, le seul peut-être. Le Bon Dieu est plein d’humour !

Vous estimez en introduction que cette question est une tempête dans un verre d’eau, et bien poursuivons notre navigation en marins d’eau douce si vous le voulez bien.

Commençons par vous demander quelques éclaircissements sur l’idée que vous formulez dans votre premier paragraphe en affirmant que Summorum pontificum permettait d’user du nouveau lectionnaire en célébrant avec le missel traditionnel — je note que vous utilisez l’expression de « missel de Jean XXIII », reflet d’une incompréhension de ce qui oppose les deux liturgies, l’une attribuable et datée : les experts du Consilium, Paul VI, 1969 ; l’autre héritée et immémoriale : la liturgie traditionnelle qui par une lente et complexe maturation nous relie au Jeudi Saint par un chemin parfois sinueux et raboteux.

Revenons à votre idée de calendrier. Où avez-vous donc pêché que cette chimère était autorisée ? Pas étonnant que vous ayez été peu suivi dans cette interprétation fantasmée de l’enrichissement réciproque. Dans sa lettre aux évêques du 7 juillet 2007, le pape Benoît XVI d’heureuse mémoire, précisait sa pensée sur ce point : « les deux Formes d’usage du Rite Romain peuvent s’enrichir réciproquement : dans l’ancien Missel pourront être et devront être insérés les nouveaux saints, et quelques-unes des nouvelles préfaces. (…) Dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte que cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien. »

Vous semblez meurtri de ne pas avoir été suivi dans votre idée. Réaction révélatrice de l’esprit de réforme qui souffle sur la liturgie depuis trop longtemps : des idées pastorales, personnelles, qu’il faudrait imposer, expérimenter, pour être plus ceci ou moins cela. Nous ne parlons pas de la même chose. Nous disons pour notre part que nous sommes héritiers de la longue prière cultuelle de l’Église, que nous en usons dans la louange que nous adressons à notre Père et que nous nous efforçons de la transmettre à nos enfants comme à nos voisins de palier.

Vous poursuivez votre argumentation en justifiant l’autodafé liturgique par le mauvais comportement de catholiques de tradition que vous auriez croisés. Vous écrivez que la liturgie traditionnelle est le « véhicule de doctrines erronées ». Pouvez-vous préciser à nouveau votre pensée ? Quel article du Credo, quel point du catéchisme remettons-nous en cause publiquement et collectivement, de l’abbaye de Lagrasse à l’Institut du Bon Pasteur, qui justifierait de supprimer la liturgie qui subsiste et perdure par notre modeste intermédiaire ?

Vous mettez à nouveau sur la table la question de la concélébration comme preuve de votre suspicion. Mais pourquoi ne pas répondre en détail au père de Blignières ou à l’abbé de Massia qui ont argumenté posément sur ce point d’achoppement. Il me semble que se confrontent sur ce sujet comme sur bien d’autres une approche plutôt sentimentale, participative et une approche plutôt dogmatique, théologique.

Un peu plus loin vous suggérez notre duplicité, nous « contesterions en creux » la capacité de l’Église de changer ses expressions rituelles. Ah non ! Monsieur l’abbé, pas en creux ! En plein air et au grand jour, oui ! Nous contestons. Non pas la validité mais la légitimité qu’avait le pape de chambouler, transformer, réécrire, modifier, bouleverser, réformer en l’espace de cinq ans l’ensemble de l’édifice rituel latin qui venait de si loin et qui ne lui appartenait pas. Oui, cela nous le contestons absolument !

Et comme le prétexte de ce grand chambardement était pastoral et que le résultat est celui que nous constatons partout, nous aimerions bien que les héritiers de cette brillante idée de réforme se prêtent un peu à l’exercice du bilan. Pour nous, nous en restons notamment au Bref examen critique que Renaissance Catholique réédite fort opportunément ces jours-ci avec une préface du cardinal Burke.

Dans votre dernier paragraphe vous tancez les évêques en leur faisant remarquer qu’il serait bon qu’en chaque diocèse soit célébrée « convenablement » dans le nouvel ordo au moins une messe avec toutes les formes requises. Que veut dire « toutes les formes requises » ? Par nature et construction, dans la lettre et l’esprit, la nouvelle liturgie est évolutive, laissée à interprétation, sujette à choix et adaptations… comment savoir ce qui est requis ? Personne, pas même le Bon Dieu n’a cette réponse.

Demandez à Flavigny, à Saint-Martin, à la communauté de Saint-Jean, au séminaire des Carmes ou à l’Emmanuel, vous aurez autant d’avis personnels. C’était l’idée des réformateurs pour répondre aux « hommes de ce temps » et les pousser à participer. Mais les inventeurs sont morts, et les hommes de ce temps-là aussi sont morts, quant à la nouvelle liturgie…

Puis vous précisez qu’une telle célébration devrait comporter orientation, langue sacrée, grégorien  et « pourquoi pas », quelques « parements » ou « apparences » de l’ancienne liturgie. Depuis longtemps l’abbé Barthe propose précisément comme passerelle des points de convergence rituels : orientation vers le Seigneur, reprise progressive de l’usage de la langue liturgique latine, communion sur les lèvres, usage du canon romain, usage de l’offertoire traditionnel. Il y a fort à parier que cette démarche conduira à la redécouverte du reste du patrimoine liturgique traditionnel et facilitera la réforme de la réforme qu’appelait le cardinal Ratzinger.

En conclusion vous appelez à « sauver la doctrine » en « soignant la forme ». Je souscris bien volontiers à votre appel Monsieur l’abbé : la liturgie traditionnelle par sa profondeur théologique et sa poésie est non seulement un rempart fiable pour la doctrine mais un donjon inexpugnable dressé bien droit et planté profond en terre pour chanter la gloire de Dieu et nous approcher du Ciel.

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