Référence : La Dictature du bien, Jean-Frédéric Poisson, Éditions du Verbe Haut, 2024.
Crédit social : vers une dictature du bien ? – Jean-Frédéric Poisson
L’entretien accordé par Jean-Frédéric Poisson mercredi 8 avril au média Le Verbe Haut à propos de son dernier ouvrage :
constitue une plongée rigoureuse dans les thèses de son dernier ouvrage. Il y dépeint une métamorphose radicale de la souveraineté, où la contrainte physique s’efface au profit d’une normalisation morale des comportements.
1. Le Paradoxe de la « Dictature du Bien »
L’argument central repose sur un paradoxe saisissant : le basculement vers un contrôle total ne s’opère pas par la force brute, mais sous le couvert de la vertu.
• Un pouvoir invisible et moral : Contrairement aux tyrannies classiques, ce pouvoir est diffus. Il ne s’exprime plus par l’interdiction, mais par l’injonction morale. On n’obéit plus par crainte du châtiment, mais par peur de l’exclusion sociale et du jugement de « déviance » civique.
• Le crédit social comme outil : Poisson utilise l’exemple du modèle chinois pour illustrer comment des mécanismes de notation citoyenne s’installent progressivement. En parant la surveillance des atours de la sécurité, de la santé ou de l’écologie, le système désarme toute velléité de résistance.
2. La « Démocrature » ou l’évidement de la politique
L’analyse met en lumière la transition vers une « démocrature », où les formes démocratiques subsistent alors que le fond s’évapore :
• Le règne de la norme : On assiste à une substitution de la Politique (le débat sur le bien commun) par la Police (la gestion administrative des comportements).
• L’identité numérique et monétaire : À travers l’identité numérique et les monnaies programmables, le citoyen devient un usager dont les droits d’accès à la vie sociale sont conditionnés par son « score » de bonne conduite.
3. Une rupture anthropologique et philosophique
Jean-Frédéric Poisson remonte à la généalogie des idées pour expliquer ce basculement. Il identifie les ruptures doctrinales qui ont permis d’ériger la transparence en dogme et la gestion technique en idéal de gouvernement.
• L’étouffement du libre-arbitre : Si l’individu n’agit que pour obtenir une récompense ou éviter une pénalité algorithmique, l’acte moral disparaît. C’est la fin de la responsabilité individuelle et du secret de la conscience.
• La pensée comme résistance : Face à cette attention « animale » et utilitariste imposée par la surveillance de masse, l’auteur appelle à retrouver le sens du loisir intellectuel et de la liberté intérieure.
Conclusion : Préserver l’humain
Jean-Frédéric Poisson souligne ici l’urgence d’une prise de conscience. La Dictature du bien n’est pas seulement un cri d’alarme sur une dérive technologique, c’est une autopsie de la mutation de nos démocraties modernes. La réponse à ce pouvoir redoutablement efficace ne peut être que philosophique : il s’agit de réaffirmer la dignité de l’homme contre sa réduction à une simple donnée statistique ou comportementale.
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