De Bruno de Seguins Pazzis :
Les tumultes des répétitions d’une pièce de la Comédie-Française, la première mise en scène de la comédienne Nina. Elle va devoir mener à bien cette mise en scène, d’autant plus que la règle d’or de l’institution est de ne jamais annuler une représentation.
Avec : Pauline Clément (Nina Cardi), Laurent Stocker (Philippe Vialle), Julien Frison (Antoine de Nombel), Marina Hands (Émilie Hamel), Adeline d’Hermy (Suzanne Paturel), Danièle Lebrun (Nadine Guimard), Sefa Yeboah (Issa Diawara, l’ouvreur), Christian Hecq (Jacques Berisset, le régisseur), Serge Bagdassarian (Thibault Fur, l’administrateur général), Séphora Pondi (Mélanie Touré, la maquilleuse), Florence Viala (Fabienne Pastaud, la costumière), Guillaume Gallienne (Stéphane Billot, le gardien), Benjamin Lavernhe (Molière), Françoise Gillard (la ministre de la Culture), Nicolas Chupin (Bastien Feiler, le père de Sacha), Elissa Alloula (la pompière), Nicolas Lormeau (le pompier), Gilles David (Pierre, l’agent de sécurité), Suliane Brahim (Héloïse Colinot), Denis Podalydès (la voix de Radio Molière), Julie Sicard (l’ouvreuse), Éric Ruf (l’homme de l’ascenseur), Noé Griveau Nadal (Sacha, le bébé). Scénario : Bertrand Usclat, Martin Darondeau, Pauline Clément et Clémence Dargent. Directeur de la photographie : Hugo Paturel. Musique : Clément Ducol
Récompenses : Prix spécial du jury, Prix du public, Prix Coup de cœur de la région, Prix Canal+ du meilleur film au (2026).
De la Comédie-Française et de la comédie française… « La mise en scène aussi erre entre couloirs et coulisses, tantôt en caméra collée aux basques de Nina façon Birdman d’Iñarritu, tantôt faisant apparaître Molière en personne pour encourager l’héroïne et parachever un plaidoyer pro domo dont l’institution séculaire n’avait pas besoin. » (Charlotte Garson dans Les Cahiers du cinéma). Cette critique de la revue emblématique de cinéma permet idéalement de rebondir sur tout ce qu’il y a de positif dans cette comédie qui s’avère bien française. Oui, bien française, parce que les scénaristes et les coréalisateurs ont au contraire réalisé une œuvre pouvant attirer un public large dont une partie est très éloignée du théâtre classique. Et ceci, en alliant un esprit précisément classique avec le genre vaudevillesque, même troupier par moment, burlesque et absurde. Ils utilisent toutes les facettes de la comédie, de la plus fine (certaines citations littéraires, certaines réparties) à la plus grossière (« Shakespeare c’est de la merde »). Il faut tout de suite reconnaître que le traitement de la liaison entre Emilie et Antoine aurait pu (même dû) être traitée plus subtilement ce qui aurait permis de rendre le film visible pour tout public. Il n’empêche que cet écart est facilement balayé par l’intelligence de l’ensemble.
Pour la forme, il faut saluer la mise en scène qui est rythmée et virevoltante comme les coulisses d’un théâtre (surtout avant une première ou une générale), qui alterne avec efficacité les plans serrés sur les comédiens qui sont très expressifs et les quasis plans séquences qui suivent dans les couloirs et les étages de l’institution tel ou tel personnage. Il faut enfin pour la forme ne pas oublier de signaler cette scène onirique qui introduit le personnage de Molière, une fulgurance qui ne manque pas de virtuosité, un genre que seul le cinéma peut permettre.
Une scène qui nous amène à évoquer le fond puisque le personnage de Molière, brillamment interprété par Benjamin Lavernhe (au cinéma : Comme un avion de Bruno Podalydès en 2015, Le Discours de Laurent Tirard en 2020, Jeanne du Barry de Maïwenn et L’Abbé Pierre : Une vie de combats de Frédéric Tellier en 2023) déclame la leçon qu’il faut retenir. Certes il ne s’agit pas d’une grande leçon de morale ; simplement du rappel des valeurs immuables de l’institution de la Comédie-Française qu’il n’est pas utile de développer ici et qui sont ici déclamées non sans créer une certaine émotion.
Notons également que les comédiens du Français se mettent en scène sans négliger de poser sur eux un regard critique. Pour quelqu’un qui connaît le monde du spectacle, ce qui est montré au spectateur dans un cadre comique est d’une authenticité parfaite à la limite du docu-fiction sur cette grande maison ! Toutes ces situations et ces dialogues parfois hilarants et mordants sont joués par ces acteurs et actrices forcément merveilleux exceptionnels (jusque dans les rôles les plus courts comme celui de Guillaume Galliene (au cinéma : Les Garçons et Guillaume, à table ! en 2013 également comme réalisateur) en modeste gardien du théâtre) puisque tous du Français, communiquent une énergie débordante, proprement jubilatoire. S’ils sont tous talentueux dans leurs rôles, Laurent Stocker (au cinéma : L’Art d’aimer d’Emmanuel Mouret en 2011, J’accuse de Roman Polanski en 2019, De Gaulle de Gabriel Le Bomin et Adieu les cons d’Albert Dupontel en 2020, Bernadette de Léa Domenach en 2023) et Pauline Clément dominent la situation.
Tout ceci permet de classer cette comédie parmi les belles réussites françaises du genre et de ces dix dernières années : Edmond d’Alexis Michalik en 2019 sur la genèse de Cyrano de Bergerac, Le Retour du héros de Laurent Tirard en 2018, pour ne citer que ces deux-là. Du cinéma qui n’est pas du théâtre filmé mais qui respecte les règles du théâtre classique : unité de temps, de lieu et d’action.Tout simplement français et jubilatoire.
Bruno de Seguins Pazzis
