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Histoire du christianisme

Léon Harmel, un patron chrétien

Léon Harmel, un patron chrétien

Émeric Saucourt-Harmel, descendant direct de Léon Harmel et auteur d’une biographie récompensée par le prix de l’Académie d’éducation et d’études sociales, évoque son aïeul dans France catholique. Extrait :

La première grande innovation de Léon Harmel consiste à confier des responsabilités aux ouvriers, dans la gestion des œuvres annexes à l’entreprise. Par là, il fait émerger des talents et met en place la logique de subsidiarité : si certains ouvriers ont la capacité de diriger, par exemple, le club de théâtre, il n’y a aucune raison que le patron le fasse. L’idée est d’associer l’ouvrier à son propre relèvement. Ensuite, il intègre certains de ses ouvriers à un conseil d’usine, qui préfigure le comité d’entreprise, à qui il partage des informations stratégiques. De son côté, le conseil d’usine remonte du terrain aussi bien des problèmes éventuels que des idées d’innovations que pourraient avoir des ouvriers. La troisième innovation majeure est postérieure à Rerum novarum. Dans cette encyclique, Léon XIII dit que « le salaire [de l’ouvrier] ne doit pas être insuffisant à faire subsister l’ouvrier sobre et honnête ». De là découle une question pratique : que faire quand l’ouvrier a une famille nombreuse ? Léon Harmel met alors en place la part complémentaire du salaire destinée à faire vivre la famille de l’ouvrier : ce sont les allocations familiales.

Votre livre insiste, dès le début, sur la vie intérieure de Léon Harmel…

La plupart des livres qui lui ont été consacrés ont abordé sa vie par le prisme de la science économique, ou de l’histoire des entreprises. Mais chez Léon Harmel, la primauté revenait à la vie intérieure. Sa vie était nourrie d’un vrai dialogue avec le Christ, dans lequel il parvenait à débloquer certaines situations, notamment durant des nuits d’adoration. Sa vie était baignée par la foi : il allait à la messe tous les jours, se confessait régulièrement… Il avait une grande confiance en la Providence, car il avait été marqué par la lecture du livre du Père Jean-Pierre de Caussade, L’Abandon à la Providence divine, où il est expliqué qu’il faut faire tout ce qui est humainement possible et laisser le reste dans la main de Dieu. […]

Depuis 1905, nous sommes victimes de l’esprit sécularisé où l’on sépare tellement la religion de la vie publique que l’on ne conçoit pas de situation où les deux puissent aller de pair : dès lors, un patron chrétien semble une aberration. Et depuis le Front populaire, le patron est considéré comme un profiteur, un homme méchant qui a forcément une mauvaise idée derrière la tête. Dans les années 1950, il y eut également la crainte que le marxisme ne s’empare de toute la France. Les hommes d’Église ont alors voulu être tellement proches des ouvriers qu’ils en sont parfois venus à dénigrer les patrons en tant que tels. Dès lors, instruire un procès en béatification d’un patron était inimaginable ! Mais le contexte a beaucoup changé : c’est, à mon avis, le bon moment pour relancer la cause de béatification, comme me l’a récemment confié un évêque.

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