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Tribune libre

Divorce catho « pire que pire » (2) : du côté des mères

Divorce catho « pire que pire » (2) : du côté des mères

Comme annoncé, voici la suite de l’article Divorce catho : pire que pire.

Plus de 9 000 lecteurs. Des dizaines de réactions.

Un sujet tabou, clivant, mais finalement assez présent dans le monde « catho plutôt tradi ».

Parlons ici du point de vue des mères, tel qu’il nous est parvenu.

Rappel du périmètre : nous évoquons ici les ruptures enfants-père, dues à l’empêchement organisé par la mère, dans le cadre d’accusations de violences, dans un contexte « catho plutôt tradi ».

LES MERES, LEUR SOUFFRANCE… Mais aucun kidnapping de pères cathos recensé

Les réactions montrent la souffrance de mères, face à l’agression qu’elles évoquent avoir subie, de la part de leurs maris.

En revanche, malgré ma demande, il n’y a eu aucun exemple de père ayant « kidnappé » les enfants pendant des mois ou des années pour casser le lien enfants-mère, en milieu catho-tradi. Une personne a évoqué un cas, mais sans vouloir donner aucun détail pour l’instant.

PARTICULARITE DES MERES DANS LE CONTEXTE CATHOLIQUE

Etre mère est une réalité différente dans le monde catho par rapport au reste de la société.

Dans son enseignement traditionnel, l’Eglise enseigne beaucoup de particularités : complémentarité des sexes plutôt qu’égalitarisme, beauté de la maternité et ouverture à la vie, « interdictions » dans Humanae Vitae (avortement, contraception), désignation du père comme « chef de famille », mariage « jusqu’à la mort, pour le meilleur et pour le pire », famille « cellule de base de la société », etc.

St Paul écrit même : « Ne vous refusez pas l’un à l’autre, si ce n’est d’un commun accord et temporairement, pour prendre le temps de prier et pour vous retrouver ensuite », donc avec l’idée plus ou moins exprimée de « devoir conjugal ».

POURTANT, LES MERES CATHOS SONT AUSSI EVIDEMMENT DES FEMMES DE LEUR TEMPS…
… comme les pères cathos sont aussi évidemment des hommes de leur temps.

Entre sermons et code civil. Entre caté et Femme Actuelle.

Arrive la quarantaine : difficultés avec les enfants ados, sentiment d’avoir manqué sa vie professionnelle, perte de libido, etc. Et un mari qui, lui, n’a guère changé, « malheureusement » : lourd dans ses plaisanteries pénibles et récurrentes, faible devant les enfants, insistant dans l’intimité, etc.

Dans certains cas, une difficulté de santé s’y ajoute. Une nouvelle grossesse serait risquée. Quel risque exactement ? Le père aura tendance à minimiser ce risque : « Mon mari me met en danger dans l’intimité ! ».

On essaie Billings, ou autre. Cela peut fonctionner, mais avec un prix rarement évoqué : les unions sont possibles quand l’épouse est le moins disposée. Donc possible souffrance physique, en plus du stress lié à une possible grossesse.

Le père tombe parfois dans des addictions honteuses.

On en parle entre amies.

On évoque les lois, les débats sur le « consentement », etc.

Parfois on en parle à un prêtre. Mais il en existe si peu formés et à l’aise avec ces sujets.

L’ENCHAINEMENT TRAGIQUE INARRETABLE

« Mon mari me met en danger ! » avons-nous écrit. Il s’ensuit « qui s’occupera des enfants, s’il m’arrive quelque chose ? ». Puis : « je n’ai pas le droit de laisser faire, c’est pour le bien des enfants ».

On consulte un avocat, « pour voir ». Lui, ou plutôt elle, l’avocate le plus souvent, c’est 0% sermon, et 100% code civil (et 150% ses honoraires…). C’est le monde contre l’Eglise, avec un juge qui applique les règles du monde.

Mais… ce n’est pas le juge que la mère craint, ce sont ses proches, en famille, à l’école hors-contrat, en paroisse tradi, etc.

Pour que ce soit catho-compatible, il FAUT autre chose qu’un risque. Il faut des accusations graves : violences, viols, etc.

Il faut, cela fait partie de la survie : « je dois survivre pour mes enfants, mais je dois aussi leur assurer leur avenir dans ce monde catho qui est notre référence ». La fessée devient « coups d’une brutalité sans nom », l’intimité tacitement consentie devient contrainte puis viol, une remarque réitérée devient une « humiliation systémique », etc.

Madame est parfois aidée par des pratiques douteuses, hypnose, PNL, EMDR, ETF, shiatsu, etc. Esotérisme ? Le passé est revisité, puis réécrit : le vécu est diabolisé.

L’état de stress de la mère s’accroit, devient visible, il y a comme un affolement : « il faut en sortir au plus vite ! ». Le triangle de Karpman se met en place : il y a déjà le bourreau (le père), la victime (la mère), surviennent alors des sauveurs, attirés par les pleurs. Des parents, des proches. Pour la suite, pour la fuite, une aide est nécessaire.

Les avocates préparent leurs écritures. Elles font des « copier-coller », on lit les mêmes tournures de phrases. Elles rassurent la mère : « vous êtes au foyer donc les enfants seront chez vous, le père paiera, vous aurez quasiment la même vie qu’avant, débarrassée de votre bourreau ».

Elles ajoutent un peu de « pervers narcissique », de « Monsieur est intégriste » même si c’était la mère qui organisait la vie religieuse de la famille. Elles essaient aussi les autres violences : psychologique, verbale, économique, émotionnelle, le chantage affectif, père toxique, etc.
Internet regorge de descriptions du « pervers narcissique » et affirme que tous les coups sont permis contre lui, y compris le mensonge. C’est une question de vie ou de mort.

MAIS… LES ENFANTS ?

Nous y arrivons enfin.

Certes, les proches peuvent toujours dire : « on ne sait pas ce qui se passe en famille ».

Mais les enfants, comment leur faire accepter que leur monde va s’écrouler ?

D’abord, il faut les isoler du père, et de ceux qui émettent des doutes sur la version maternelle. La loi le permet : tant qu’aucun jugement n’organise la séparation, un parent peut « kidnapper » ses enfants.

La mère fuit, et organise une citadelle. C’est le « no contact », ou le « slow contact » si des échanges sont nécessaires. Le père se heurte à cette citadelle du silence. Cela l’énerve, il commet parfois des violences physiques ou verbales, menaces. Au pied de la citadelle, le père ne peut que “harceler”, souvent piteusement.

Pour les enfants petits, il suffira qu’ils entendent pendant des mois et des années les adultes parler entre eux, cela infusera en eux comme du thé.

Pour les grands, c’est plus compliqué. Certains adhèreront au discours maternel. D’autres auront des doutes : ils seront admonestés, ils devront se soumettre ou être bannis comme le père. Dans les futures conclusions, l’avocate les accusera d’être les « glaives vengeurs » au service du père, et d’être eux les « bourreaux » de leurs petits frères et sœurs.

Dans ce cas, si la mère se coupe de l’enfant rebelle, elle pourra également dire que l’enfant est « kidnappé » par le père, par le discours du père. Elle pourra donc elle aussi dire que le lien enfant-mère est rompu, de la faute du père. La différence cependant, c’est qu’elle pourra en général reprendre facilement contact avec l’enfant, au moment où elle supportera que ce dernier ne reprend pas le récit maternel, voire parfois pose des questions interdites.

Face aux « pressions religieuses », notamment de prêtres tradis, elle va vers des communautés plus « ouvertes ». Elle déscolarise les enfants des écoles hors-contrat. Au moins provisoirement. La vie est longue, l’urgence est à la citadelle. La cohérence est difficile à trouver dans ce domaine, entre la crédibilité devant les proches et celle devant le juge, avec un mari qu’on veut présenter comme « intégriste patriarcal ». C’est parfois ce sujet qui amène les grands enfants à avoir des doutes sur la démarche maternelle.

Souvent, des années après, elle revient vers le monde tradi.

En réalité, et assez objectivement, dans son référentiel, la mère n’a guère le choix. Prise entre sa peur, sa souffrance, et son milieu catholique, elle DOIT agir comme elle le fait.

ALORS QUE FAIRE ?

Nous verrons la suite dans un prochain article.

Suite au premier article, un groupe d’entraide de pères a été créé, déjà une vingtaine de pères : vous pouvez écrire à [email protected] si vous êtes intéressé.

Charles Rosiers, ancien chroniqueur au quotidien Présent, charles.rosiers@gmail.com

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

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