(3e et dernier article sur ce sujet explosif)
L’existence de la séparation injuste avec « enfants-otages privés de père » en milieu « catho plutôt tradi » semble établie. Des pères nous ont contactés. Des prêtres. Une grand-mère et même une mère. Des dizaines de témoignages. Pas des centaines, ouf, tant mieux. Mais pas négligeable non plus.
Les articles ont suscité de nombreux témoignages : https://lesalonbeige.fr/divorce-catho-pire-que-pire/ et https://lesalonbeige.fr/divorce-catho-pire-que-pire-2-du-cote-des-meres/
Un forum d’entraide s’est monté entre pères : pour en savoir plus, écrire à [email protected] .
Et maintenant, quelles solutions ? Les éléments suivants n’engagent que moi. Ils sont présentés de manière assez tranchées, alors que bien sûr les réalités seront nuancées.
Rappelons que ce 3e article se situe toujours dans le contexte d’une situation injuste, en milieu catho, où la mère empêche durablement et injustement toute relation enfants-père. De nombreux autres contextes existent, comme évoqué lors des articles précédents.
ETRE CONSCIENT QU’IL EXISTE DE TELLES SITUATIONS, MEME EN MILIEU CATHO
Essayez d’en parler avec un père malheureusement concerné, pour comprendre la réalité des choses. Il est formateur de lire les accusations écrites par les mères, par exemple une plainte, ou les « conclusions » d’une procédure juridique : on en reste scotché tant c’est violent.
Si possible, en parler au sein du couple, et se dire : « faisons tout pour que cela ne nous arrive pas, et donnons-nous nos lignes rouges ».
Prendre conscience qu’il n’y a que des perdants. Le père est détruit par son éviction. Les enfants sont détruits par l’absence de père, et aussi par le rejet de leur mère s’ils comprennent ce qui s’est passé. La mère elle-même peut être détruite par cette dernière circonstance, ou « simplement » par les dérives des enfants élevés sans père (apostasie, addictions, etc.).
CONNAITRE LES FACTEURS AUGMENTANT LE RISQUE QUE CELA ARRIVE
Beaucoup de mères concernées par ce problème n’ont pas eu de père, ou bien un père absent physiquement ou psychologiquement. Leur structuration s’est effectuée en l’absence d’un certaine « rugosité » de leur propre père. Maris, dans ce cas, votre éventuelle « rugosité » est un risque.
De même, le phénomène concerne plutôt les mères qui ont peu d’ambition professionnelle. Au contraire, une mère ayant des ambitions professionnelles fortes appréciera que le père s’occupe régulièrement des enfants.
Le risque d’accusations fortes s’accroît selon le comportement du père : « violence » sur les enfants ( = fessées, etc.), mensonges (réputation de menteur), actions illégales (au volant, etc.), pertes financières, etc.
Rappelons ici une évidence : en cas de violence sur la mère (coups, insultes, etc.), le père peut difficilement être défendu…
L’insistance concernant l’intimité est également un risque. Parfois il vaut mieux faire chambre à part.
Pour diminuer les risques, il faut être un père attentif, qui s’occupe des enfants, etc.
QUAND LES MOTS ARRIVENT : SEPARATION, DIVORCE
Le plus souvent, la mère prononce ces mots alors qu’un dialogue existe encore.
Même si cela fait mal, le père doit accepter le choix de la mère, qui est de vous quitter. En effet, la situation dégénère souvent à cause du refus du mari. La réaction de la mère est alors, en substance : « tu ne veux pas me laisser partir ? OK, tu vas dégager de ma vie d’une autre façon… ».
Nous préconisons ici d’envisager le « nesting » (ou « nid pour deux ») : les enfants restent dans la maison, avec présence alternative de chaque parent. Cela offre de nombreux avantages pour les enfants, avec cependant un risque : il est facile pour un parent d’accuser l’autre en cas de saleté, détérioration, etc. Cette situation doit donc être « surveillée » par des amis, si possible.
Si cela doit évoluer ensuite, les juges prendront en compte la situation en cours. Ils seront donc plus enclins à accepter une résidence alternée.
QUAND LA « GUERRE » EST DECLAREE
La « guerre » est vraiment ouverte au début de la judiciarisation : plainte, demandes d’ordonnance de protection et de séparation, etc. (cf les 2 articles précédents).
Pères, vous avez alors 2 choix « extrêmes », et toutes les nuances entre les deux : se laisser faire et tout accepter ; ou bien lutter pied à pied.
Il est très difficile de choisir.
Aucun choix n’assure la réussite. Tout dépendra des juges, de la mère, et parfois des enfants.
Concernant les enfants, ils souffriront dans tous les cas. Ils souffriront s’ils suivent leur mère, parce qu’ils se construiront sans père. Ils souffriront s’ils refusent, car ils seront conscients de la manœuvre, et leur mère sera abîmée à leurs yeux.
Conséquences fréquentes pour les enfants : abandon de la religion, difficulté à s’engager dans le mariage ou la parentalité, dépression voire suicide, etc.
SE LAISSER FAIRE ? UN CERTAIN LIEN ENFANTS-PERE PEUT PARFOIS ETRE MAINTENU
Si vous vous laissez faire, la mère pourra vous laisser des miettes, qui pourront permettre de conserver un certain lien avec les enfants. Mais pour ces derniers aussi, vous serez coupable, et donc possiblement rejeté.
Mais la mère n’accepte pas toujours de donner ces miettes. Elle évince parfois totalement le père quoi qu’il fasse : « c’est un pervers narcissique, il dégage ».
LUTTER ? SUR LES PLANS JURIDIQUE, SOCIAL ET RELATIONNEL
Pères, si vous luttez, tout va se durcir très vite : accusations et plaintes en tout genre.
Il faut alors convaincre tout le monde : juges, police, services sociaux, etc. Ainsi que famille, amis, et même parfois les enfants. Cette situation est déchirante. Les proches ont des liens d’affection avec les deux parents. Pourtant, les deux versions étant tellement différentes, il y a nécessairement au moins un menteur. Qui ?
Les moyens dont le père dispose légalement sont les procédures et la communication.
Procédures JAF, pénal si besoin, etc. : au risque de se faire taxer de « procédurier pour se venger du départ de la mère ».
Rappelons que ces procédures blessent les enfants : conflit de loyauté, enquêtes sociales, MJIE, AEMO, MDS, placement en ASE, etc. Lourdes blessures, sans même une garantie de résultat.
Les grands-parents peuvent aussi initier une procédure. Le Code civil précise en effet que l’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants.
Certaines procédures ne nécessitent d’ailleurs pas d’avocat : on peut rédiger ses conclusions seul, avec un ami, un huissier (peu onéreux), etc.
Concernant la communication avec les proches, il faut inviter chacun à écouter les deux parties.
DANS CETTE « GUERRE », IL N’Y A PAS DE BONNE SOLUTION… HORS L’EGLISE
Nous avons vu que toutes les « solutions » détruisent les enfants, le père, et même souvent la mère.
Dans sa sagesse, l’Eglise propose l’article 1153 du Droit Canon : « se séparer en vertu d’un décret de l’Ordinaire » et « à moins que l’autorité ecclésiastique n’en ait décidé autrement ». « Décider », donc un jugement, donc une enquête, pour démêler le vrai du faux.
Littéralement, cet article évoque la décision concernant la séparation des époux. Or l’Eglise ne s’engagera évidemment pas sur ce terrain, dans notre société. Mais cette enquête pourrait au moins juger l’éventuel degré de protection des enfants face au père, le cas échéant.
Malheureusement, dans notre France laïque, aucun évêque n’ordonnera une telle enquête, et aucun prêtre ne s’y risquera sans l’accord des 2 parents.
NOUS SOMMES L’EGLISE ?
Une solution pourrait alors être que cette enquête soient menée par des proches : une sorte de « conseil des sages » informel. Même en l’absence de l’accord d’un des parents.
Les éléments d’appréciation sont nombreux : écoute de la famille, conclusions devant le juge, plaintes, attestations, courriers, etc. Dans la réalité, il est facile de constater certains mensonges ou contradictions, et de demander des explications.
EN PRATIQUE
Clairement, je préconise de ne pas baisser les bras, pour 3 raisons : éviter une injustice sans fin contre les enfants s’il est bon pour eux de fréquenter leur père ; améliorer le climat général, quand la relation des enfants avec les 2 parents s’est équilibrée ; éviter que ce mode d’action se propage, s’il produit une victoire systématique.
Dans cette lutte, la partie juridique et sociale doit être menée avec les éléments cités au début : zéro violence, zéro mensonge, zéro illégalité, etc.
Le « conseil des sages » doit se former au plus vite, et être connu. Cela évite que chacun veuille se faire enquêteur et juge, propage des rumeurs, etc.
Point essentiel : ce « conseil » doit d’abord déterminer si la relation enfants-père peut reprendre sans risque. Il ne s’agit pas d’aider un père qui serait objectivement dangereux pour les enfants.
Sous cet œil amical et attentif, il est probable que les procédures juridiques et sociales seront elles aussi plus saines. En effet, il sera beaucoup plus difficile de mentir et de risquer une réprobation des proches.
Charles Rosiers, ancien chroniqueur au quotidien Présent, charles.rosiers@gmail.com
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