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Pays : Etats-Unis

Erika les larmes aux yeux : « Vous n’aurez pas ma haine… ni ma soumission ! »

Erika les larmes aux yeux : « Vous n’aurez pas ma haine… ni ma soumission ! »

Chronique d’Hermine de Rémi Fontaine parue dans la revue Europa scouts :

L’histoire contemporaine n’est pas prête d’oublier le pardon public de la veuve de Charlie Kirk, Erika, à l’assassin wokiste de son époux lors de ses funérailles nationales aux États-Unis, il y a un an déjà (1). Les larmes aux yeux, ses mots étaient difficiles à sortir dans une sorte d’affrontement, de résistance balbutiante de la nature avec la grâce. Mais la grâce finit par l’emporter :

« Sur la croix, notre sauveur a dit : “ Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font.” Cet homme, ce jeune homme… je lui pardonne… Je lui pardonne, car c’est ce que le Christ a fait dans sa vie. Ce que Charlie aurait fait. La réponse à la haine n’est pas la haine. La réponse que nous donne l’Évangile est l’amour. L’amour pour nos ennemis et l’amour pour ceux qui nous persécutent. »

La grâce du pardon est un don sublime de Dieu, analogue à la grâce du martyre. On se rappelle aussi du testament du roi Louis XVI qui emprunta lui-même ces deux voies extraordinaires d’adhésion à la charité, de coopération à la grâce :

« Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en ai donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal. »

L’époux d’une victime de l’attentat terroriste du Bataclan (à Paris en 2015) a répondu pour sa part à la haine islamiste par ces mots dont il est difficile de ne pas penser qu’ils ne sont pas inspirés aussi par la grâce : « Vous n’aurez pas ma haine ! » Quoiqu’on en pense, ils constituent en effet la meilleure réponse chrétienne à la haine et induisent déjà une victoire spirituelle : « Ne t’irrite pas à cause de ceux qui font le mal » (Ps 37,1). Ils supposent in fine l’amour de ses ennemis et leur pardon, comme nous l’a appris le Christ pour le salut de leur âme et la nôtre.

Mais ces mots remarquables n’impliquent pas pour autant, au contraire, l’acceptation de l’erreur idéologique, du mal et de la haine qui les inspirent. Le pardon du pécheur n’implique pas la relativisation, l’oubli ou le déni du péché. Erika en témoigne, qui a repris l’organisation de son mari pour mieux combattre la violence politique et idéologique qui règne aux États-Unis comme en France. Si ajouter de la haine à la haine fait le jeu dialectique de Satan dans une spirale de la vengeance auto-suicidaire à exclure chrétiennement, il est temporellement recommandé, pour le bien commun de nos cités, de mettre de la distance et des obstacles au déchainement de cette haine unilatérale. C’est-à-dire non seulement de bâtir des barrages, des murs plutôt que des ponts (sinon des pont-levis !) à son endroit, mais aussi de répondre parfois par une juste violence, c’est-à-dire une juste force (proportionnée) à cette violence et à ce désordre illégitimes.

« L’homme le plus pieux ne peut pas vivre en paix si cela ne plaît pas à son méchant voisin », dit un proverbe allemand. Si cet homme pieux (comme un saint Louis) a charge d’âmes, responsable d’un bien commun et d’un pouvoir temporel pour l’assumer, au sublime : « Vous n’aurez pas ma haine ! », il doit alors ajouter : « Vous n’aurez pas ma soumission ! » Cela n’est pas contradictoire et relève de la charitable correction fraternelle : « Qui aime bien supporte bien ou châtie bien ! », selon les cas. C’est le principe de la légitime défense et de la juste croisade qui n’empêche pas le prêche au sultan d’un saint François ! Tenir pour vraie sa propre foi ne conduit certainement pas à agresser le croyant d’une autre religion, mais à s’en protéger efficacement si ce dernier attente à notre liberté religieuse.

Soumise à la règle droite de la raison, conforme à la justice et à la prudence, la force défensive n’est pas un mal moral pour celui qui l’exerce sans haine et avec courage, alors qu’une non-violence déraisonnable, aussi bien intentionnée soit-elle, peut constituer un mal politique dommageable au salut (temporel et spirituel) de beaucoup. Sauf grâce particulière, le chrétien n’a pas forcément vocation au martyre et doit cultiver la vertu de prudence politique, comme le rappellent aussi les papes notamment en matière de guerre ou d’immigration invasives. Une nation chrétienne n’a pas le droit de se laisser envahir par un agresseur hostile et destructeur (wokiste ou islamiste) parce qu’elle doit maintenir sa culture, en sachant que c’est cette culture commune qui permet l’épanouissement et le salut de ses habitants.

UN CŒUR ET UNE ÉPÉE

Reste que, même utilisée pour se défendre justement, la force défensive demeure une (autre) violence et qu’on échappe difficilement à sa souillure possible. Celui qui sort l’épée de son fourreau en déclarant une guerre présumée légitime, risque toujours d’en devenir l’esclave, comme on l’a trop vu dans toute notre histoire et récemment encore. “Ultime argument des rois”, on doit faire en sorte de ne jamais y prendre gout et demeurer toujours juste et compatissant au cœur du combat, ouvert héroïquement à un esprit de paix. À l’instar des vrais et saints chevaliers comme Louis IX et Jeanne d’Arc précisément. Ou comme d’Elbée et Bonchamps… (2)

Dans son inévitable “rapport de forces”, la légitime défense (politique ou militaire) est un art du discernement qui implique à la fois de porter les bons coups sans outrance ni escalade et de préserver la paix autant qu’on le peut avec les amis ou ennemis potentiels (hôte et hostile n’ont-ils pas la même racine ?). Aux côtés des derniers remparts de nos citadelles assiégées, voire déjà quelque peu envahies, il faut en effet jeter aussi des ponts et dresser des hôpitaux mobiles de campagne. Aux côtés des guerres défensives nécessaires, il faut sans cesse oser la diplomatie. Sans oublier le combat spirituel pour la vérité, qui est fait aussi d’apologétique et d’évangélisation, de disputes et de dialogues interreligieux, comme l’a si bien manifesté Benoît XVI.

En conclusion, s’il faut les réunir, il ne faut pas confondre mais distinguer la morale surnaturelle et la politique temporelle. S’il faut surnaturellement aimer son ennemi, on doit le combattre politiquement avec discernement sans cesser de l’aimer et de lui pardonner. « Il dépend de nous, comme dit Péguy, que l’éternel ne manque point de temporel. » D’un temporel chrétien si possible. « Que le spirituel ne manque point du charnel. » Que Jésus ne manque point de crèches ni d’églises pour L’adorer. Ni d’hôtels-Dieu pour Le servir. Et que ces édifices et lieux spirituels ne manquent point de “remparts” pour protéger notre culte catholique et sa culture. Que l’Église également ne manque point de nations pour la défendre comme jadis sa “fille aînée”, en tant que bras séculier, bouclier et parfois épée défensive.

Un cœur et une épée. Une épée et un cœur. C’est en somme la première définition de la chevalerie qui parle tant aux scouts. Une épée qui sort du fourreau pour protéger la veuve et l’orphelin, les plus faibles. Pour donner et se donner, sans haine et par amour. Comme celle de saint Martin partageant son manteau pour le pauvre près d’Amiens : « Jamais nul coup d’épée ne plût tant à Dieu ! » L’habit, pour une fois, fera bien le moine, si l’on peut dire ! Car c’est bien l’effet de sa césure qui fera passer Martin du soldat au moine missionnaire. Et c’est à partir d’une chlamyde coupée en deux que Martin va peu à peu habiller spirituellement la Gaule. Il en a couvert le Christ-souffrant en pauvre. Son manteau couvrira métaphoriquement la fille aînée de l’Église « née d’un acte de foi (celui de Clovis en 496) sur un champ de bataille » mais conçue dans cet acte de charité aux portes d’une ville en l’an de grâce 338.

Du manteau de Martin à l’étendard de Jeanne d’Arc en passant par l’oriflamme de saint Denis, m’est avis que c’est tout un ! C’est la même tradition française “sous les enseignes” de Notre Seigneur. La même tradition française originelle de la charité morale et de la charité politique, de l’union du temporel et du spirituel. Les grands gestes qui ont fait la douce et noble France, depuis saint Martin, sont ceux de moines, de chevaliers, de soldats de Dieu. Après la visite apostolique du Saint-Père et son appel vibrant à la sainteté au Stade de France, c’est cette sorte de gestes qu’attend la nation aujourd’hui. Comme celui d’Erika outre-atlantique. Pour renouer avec les promesses de son baptême : Gesta Dei per Francos !

Hermine (Rémi Fontaine)

(1) Charlie a été abattu le 10 septembre 2025 à Orem dans l’Utah où il était venu débattre pacifiquement de sa foi et de ses convictions sur un campus universitaire avec cette invitation : « Prove me wrong » (Prouve-moi que j’ai tort) !

(2) Cf. « Sans haine mais non pas sans ennemi ! » et « Comme nous pardonnons… » dans Parole de Scout, éditions Sainte-Madeleine, p. 77 et p.151.

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