Sylvain Roussillon, passionné d’histoire, vient de publier chez Via Romana Saints et saintes : les cultes supprimés, interdits et confinés, préfacé par le père Jean-François Thomas. À la suite du concile Vatican II, l’Église a réaffirmé la vocation universelle de la sainteté et réformé le calendrier liturgique en supprimant ou confinant une liste de saints jugés trop légendaires ou trop locaux. Le paradoxe consiste alors à vouloir éclairer la foi en se défiant d’une certaine piété populaire, créant ainsi une opposition entre dépôt de la foi et merveilleux chrétien.
Les papes Jean-Paul II et François ont depuis lors assoupli les dispositions conciliaires relatives au culte des saints. Les épisodes de suppression, d’interdiction ou de confinement menés contre certains cultes éclairent l’histoire et l’inconscient collectif de notre époque. Ils nous renseignent sur la nature de la sainteté des origines, sur le merveilleux chrétien, sur la continuité entre héritage païen et dévotion chrétienne, sur le modèle monastique et sur la dévotion populaire échappant à la canonisation formelle. La vox populi s’avère souvent plus proche que l’on croit de la vox Dei.
Dans ce dictionnaire, on trouve le calendrier de ces figures tantôt reconnues, tantôt reléguées par le clergé ou les autorités ecclésiales. Tels les saints papes Lin et Clet, pourtant cités dans le canon romain, canon jamais utilisé par le pape Léon XIV, dont les fêtes ont été supprimées. Le 14 février 1969, le pape Paul VI a publié un motu proprio sur l’année liturgique et le nouveau calendrier romain universel qui prend acte de la suppression d’un certain nombre de fêtes :
Afin d’appliquer cette décision du Concile œcuménique, les noms de certains saints ont été retirés du calendrier universel, et la possibilité a été accordée de rétablir, dans les régions concernées, si on le souhaite, la commémoration et le culte d’autres saints. La suppression de la référence à un certain nombre de saints peu connus a permis l’insertion, dans le calendrier romain, des noms de certains martyrs de régions où la proclamation de l’Évangile est parvenue plus tardivement. Ainsi, en tant que représentants de leurs pays, ceux qui se sont illustrés par le sacrifice de leur sang pour le Christ ou par leurs vertus exceptionnelles jouissent de la même dignité dans ce même catalogue.
Mais la liste établie par Sylvain Roussillon des saints supprimés ou confinés est assez impressionnante.
