Il est temps de tout raconter.
« Pendant la commission d’enquête, certaines vérités devaient attendre. Il fallait protéger nos travaux, aller jusqu’au bout et surtout faire adopter le rapport. À une voix près, tout aurait pu disparaître. Ces dernières semaines, je me suis donc tenu à l’écart de la vie médiatique pour tout reprendre et tout écrire. Des pressions, des menaces, des trahisons aussi : de ces six mois est né le premier livre de ma vie. Ces pages n’auraient pas la même histoire sans vous. Vous avez été des milliers à suivre cette enquête, à la défendre, à m’écrire et à m’encourager lorsque les pressions s’accumulaient. Je vous dois maintenant la seule chose qui compte encore : la vérité. »
Je jure de dire toute la vérité.
Le titre fait directement écho au serment réglementaire imposé à chaque témoin auditionné par une commission d’enquête. Charles Alloncle prend le contre-pied de l’exercice en affirmant : « Un serment a ouvert toutes les auditions. Tous l’ont prononcé. Beaucoup l’ont trahi ».
Le livre expose plusieurs révélations majeures et affaires internes qui ont secoué la commission. Menaces, filatures et recours aux services de renseignement, Charles Alloncle affirme avoir subi de lourdes intimidations dès que ses investigations sont devenues dérangeantes. Menaces verbales : « T’inquiète, on va te régler », du député Erwan Balanant. Menaces de mort directes l’obligeant à basculer ses communications sur des messageries hautement cryptées.
Ses sources craignaient également d’être suivies ou écoutées. Il raconte avoir été approché par des membres des services de renseignement venus lui apporter des informations sensibles au péril de leur propre carrière.
Charles Alloncle revient très longuement sur l’affaire Charles Sapin (journaliste dont la situation a provoqué des grèves au sein de la rédaction de Radio France). Le député utilise ce cas précis pour dénoncer une dérive idéologique de fond et un « biais profond » au sein des organigrammes de direction de France Télévisions et Radio France, qu’il estime occupés par d’anciens militants politisés.
Le dossier le plus explosif concerne les témoignages sous serment des hauts dirigeants. Charles Alloncle accuse ouvertement Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, de mensonge devant la représentation nationale. Alors qu’elle affirmait qu’aucun cabinet externe n’avait été sollicité pour « briefer » les salariés avant leurs auditions, l’auteur s’appuie sur des révélations de presse pour soutenir qu’un cabinet privé avait bel et bien été mandaté, évoquant un potentiel délit de parjure passible de sanctions pénales.
« À mesure que l’enquête avançait, je comprenais pourquoi certains avaient peur de parler. J’avais été nommé pour contrôler un service public ; j’avais fini par réveiller tout un système que mes questions dérangeaient. »
Ce livre, témoignage de Charles Alloncle, met en lumière les fractures profondes qui ont traversé cette commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Au-delà des soixante-neuf recommandations drastiques formulées dans son rapport, l’ouvrage dévoile les coulisses d’un affrontement idéologique total entre le rapporteur (UDR) et son président, Jérémie Patrier-Leitus. En qualifiant les auditions de « tribunal d’inquisition », les détracteurs du député ont illustré la violence des débats au sein de l’hémicycle. Finalement, ce récit rappelle à quel point ce rapport explosif a frôlé la censure, n’ayant été validé qu’à quelques voix près. Une publication sur le fil qui démontre, selon l’auteur, la puissance des résistances face à la réforme des médias publics. Une véritable omerta dénoncée par un homme qui n’a pas voulu se mettre à genoux ni courber l’échine !
« À mon tour désormais, avec ce livre, de tenir le serment qui ouvrait chacune de nos auditions : Je jure de dire toute la vérité. »
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Je jure de dire toute la vérité, Charles Alloncle, Editions Fayard, 320 pages, 20.90 €.
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